Le gouvernement tente de contenir les retombées de la sortie des haredim
Netanyahu envisagerait de modifier le seuil électoral alors que la coalition est confrontée à l'incertitude et à la diminution de ses effectifs - même si les vacances parlementaires la sauvera probablement
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Le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu traverse une période d’incertitude croissante après le départ du gouvernement des partis ultra-orthodoxes, la semaine dernière. Une sortie qui a entraîné une vague de démissions ministérielles et qui a laissé en suspens un projet de loi très attendu par les politiciens haredim , un texte qui aurait ancré dans le marbre de la loi l’exemption de service militaire des jeunes hommes de la communauté.
Face à l’affaiblissement de son bloc, le Premier ministre envisagerait des réformes électorales dont l’objectif serait d’améliorer ses chances lors du prochain scrutin national. De leur côté, ses députés s’efforcent de finaliser la législation avant les vacances parlementaires qui commenceront le 27 juillet et qui dureront trois mois.
Le ministre de l’intérieur Moshe Arbel, élu sous l’étiquette de la faction haredi du Shas, a officiellement démissionné dimanche pour la deuxième fois – une sortie qui a marqué le point culminant de journées entières de manœuvres politiques alors que son parti achevait son départ du gouvernement, furieux de l’incapacité de ce dernier à faire adopter la fameuse législation consacrant l’exemption militaire des étudiants en yeshiva. Mais contrairement au parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah, le Shas restera au sein de la coalition.
Le député Moshe Gafni de Yahadout HaTorah, qui a également démissionné de son poste la semaine dernière, a toutefois brièvement pris la tête de la commission des Finances de la Knesset dans la journée de dimanche – même s’il n’en est plus le président – tentant de faire approuver un plan d’aide économique avant la fin de la session d’été du Parlement.
Dans l’ensemble, l’évolution récente de la situation met en exergue un gouvernement sous haute tension, pressé de faire adopter des lois urgentes tout en gérant au mieux les retombées politiques du départ de ses partenaires ultra-orthodoxes – et de la perte de sa majorité à la Knesset.
Dans le sillage de la sortie du Shas – une sortie qui avait été ordonnée, la semaine dernière, par le Conseil des Sages de la Torah de la faction – les dirigeants du parti s’efforcent de conserver leur influence dans les ministères les plus déterminants. Arbel, qui avait présenté sa démission en même temps que deux autres ministres du Shas, est revenu temporairement sur sa décision, la semaine dernière, apparemment pour superviser la nomination d’Israel Uzan, un fidèle de longue date de la formation, qui viendra remplacer le directeur général sortant du ministère de l’Intérieur.
Dimanche, alors qu’il se trouvait dans son bureau à l’occasion d’une réunion consacrée à un plan de développement pour la ville de Nazareth, Arbel a soutenu que les motivations qui ont entraîné son départ étaient nobles.
« Peu de gens croient réellement que la raison pour laquelle j’ai retiré ma lettre de démission est la situation dans laquelle se trouve Nazareth. La mission de redressement de la ville est urgente et c’est une question de principe », a-t-il affirmé, précisant que c’était là la raison pour laquelle il avait décidé de rester encore – temporairement – à son poste.
Anat Laxner a depuis été désigné directrice-générale par intérim du ministère, jusqu’à la confirmation officielle de la nomination d’Uzan.
Les démissions de plusieurs députés du Shas dans le cadre de la loi norvégienne – ces députés ont renoncé à leurs sièges à la Knesset pour laisser la place aux ex-ministres, redevenus simples parlementaires – vont également provoquer le départ des législateurs Erez Malul et Semion Moshiashvili, ce qui va entraîner un nouveau remaniement de la composition de la Knesset.
La loi norvégienne permet aux ministres et aux vice-ministres des grandes factions de démissionner de la Knesset. Les sièges qu’ils laissent vacants sont alors occupés par d’autres membres de leurs partis situés plus bas sur la liste.
Aujourd’hui, ces ministres veulent récupérer leurs fauteuils.
Entre-temps, la réapparition inattendue de Gafni à la commission des Finances – qu’il dirigeait jusqu’à sa démission, lundi dernier – a semé la confusion parmi les personnes présentes lors d’une session qui a été consacrée aux indemnisations économiques accordées aux entreprises dont les activités ont été mises à mal par la guerre qui a opposé Israël à l’Iran, le mois dernier.
Au grand désarroi des membres de la commission, Gafni a fait savoir que le président intérimaire, Yinon Azoulai, un député du Shas, lui avait demandé d’occuper temporairement son siège, ajoutant qu’il participait à la séance en tant que membre ordinaire de la commission.
Depuis la démission de Gafni, la commission parlementaire de la Knesset a approuvé la nomination d’Ofir Katz, membre du Likud, à la présidence de la commission des Finances, dans le sillage de désaccords entre le Likud et le parti Hatzionout HaDatit de Smotrich à ce sujet.
Un proche de la coalition a confié au Times of Israel que les discussions, à ce stade, sur la renégociation des portefeuilles ministériels jusqu’alors détenus par les députés ultra-orthodoxes ou sur l’attribution des présidences des commissions de la Knesset laissées vacantes par les parlementaires des partis haredim étaient « purement spéculatives ».
Il est probable, a-t-il poursuivi, que de nombreux différends seront négociés à huis-clos pendant les vacances de la Knesset, qui durent près de trois mois.
Les ministres du Shas et de Yahadout HaTorah continueront sans doute à conserver un certain degré de contrôle sur leurs portefeuilles ministériels, même après leur démission, dans la mesure où les directeurs-généraux des ministères qu’ils avaient eux-mêmes nommés conserveront en grande partie leurs fonctions.
L’impasse de la loi sur l’enrôlement militaire paralyse la coalition
Alors que la Knesset entame sa dernière semaine de travail avant les congés d’été, le projet de loi sur l’exemption de service militaire des jeunes hommes ultra-orthodoxe est encore gelé, et la sortie du parti Yahadout HaTorah et du député d’extrême droite Avi Maoz – le seul député représentant le parti anti-LGBTQ Noam – laisse Netanyahu sans majorité à la Knesset, avec une coalition de 60 membres. 120 législateurs siègent au parlement israélien.
Si cette situation n’entraîne pas en soi l’effondrement du gouvernement, le Premier ministre serait en train d’explorer toutes les options possibles pour maintenir la cohésion de son bloc politique.
Netanyahu aurait proposé d’écarter le député Yuli Edelstein – qui a refusé d’accéder aux demandes des partis ultra-orthodoxes concernant le projet de loi sur l’exemption de service militaire des étudiants en yeshiva à plein-temps – de la présidence de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, la commission chargée de rédiger le texte. Edelstein aurait ainsi pu être évincé avec pour objectif d’apaiser le Shas, qui a quitté le gouvernement parce que le texte n’avait guère avancé.
Toutefois, la proposition de limoger Edelstein a été rejetée par le Shas – qui a estimé qu’une telle mesure n’était pas suffisante et qu’elle était trop tardive – et le parti haredi a insisté pour que le texte de loi sur l’exemption soit adopté immédiatement.
Après que la chaîne publique Kan a signalé, ce week-end, que Yuli Edelstein avait décidé de ne pas soumettre la loi sur la conscription en séance plénière de la Knesset, le bureau de Yuli Edelstein a dit au Times of Israel qu’il n’y avait « rien de nouveau » et que son positionnement était depuis longtemps qu’il ne soumettrait pas le texte dans sa forme actuelle à un vote sans le soutien total de la coalition, ce qui n’était pas le cas.
Au cours du week-end, Edestein a réaffirmé dans une interview accordée au quotidien Maariv que le projet de loi était toujours « une chose sérieuse » et qu’il se basait « sur des principes dont nous avons sans cesse débattu » – principes qui comprennent notamment des sanctions strictes pour les réfractaires et des quotas élevés d’enrôlement. « Sans cela », a-t-il ajouté, « ce texte ne serait pas un projet de loi mais une simple partie de poker menteur. »
Compte-tenu des différends apparemment infranchissables entre Edelstein et les partis ultra-orthodoxes, Netanyahu s’efforce de renforcer les rangs de ses derniers alliés d’extrême-droite.
Les médias israéliens ont annoncé, jeudi, que Netanyahu envisageait d’adopter une loi visant à abaisser le seuil électoral qui permet à une faction politique de siéger à la Knesset. Alors que les observateurs ont évoqué une « loi pour sauver Smotrich », il est vrai que cette proposition vise principalement à venir en aide à la formation du ministre des Finances Bezalel Smotrich, Hatzionout HaDatit. Selon des sondages récents, cette dernière échouerait à franchir le seuil électoral actuel, fixé à 3,25 % des voix.
Si un tel échec devait se produire, les faibles chances de Netanyahu de conserver le pouvoir seraient considérablement réduites, comme l’indiquent les sondages.
Néanmoins, une baisse du seuil électoral pourrait également favoriser les petits partis du camp adverse.
Un proche de la coalition a déclaré au Times of Israel qu’aucune législation à cet effet ne sera présentée avant le mois d’octobre, lorsque la Knesset se réunira à nouveau après ses trois mois de vacances.
Ce seuil – alors de 2 % – avait été relevé à son niveau actuel en 2014 par le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Avigdor Liberman, qui avait affirmé qu’une telle initiative dynamiserait la gouvernance et la stabilité en aidant à réduire le nombre de petits partis à la Knesset.
À l’époque, en tant que chef d’un gouvernement majoritaire en bonne santé, Netanyahu avait soutenu cette mesure. Aujourd’hui, à la tête d’un gouvernement minoritaire de plus en plus fracturé et en constante diminution, il semble avoir changé d’avis.
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