Le Grand Rouleau d’Isaïe, le plus ancien ouvrage biblique presque complet, exposé en entier pour la première fois depuis 1968
Remontant à 2 100 ans et long de sept mètres, le rouleau est exposé au Musée d'Israël à Jérusalem, dans une pièce climatisée qui ne peut accueillir plus de 25 personnes à la fois
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Le Grand Parchemin d’Isaïe, le plus ancien ouvrage presque complet de la Bible hébraïque, est visible en entier pour la première fois depuis 1968.
Ce rouleau de plus de sept mètres de long, revêtu de textes anciens, exerce depuis plus de 2 000 ans une forte influence sur la vie spirituelle de millions de personnes.
Le vernissage de cette exposition unique a eu lieu lundi dans les locaux du Musée d’Israël, à Jérusalem, en présence du président Isaac Herzog.
Le rouleau est exposé dans une vitrine spéciale de huit mètres de long spécialement fabriquée en Belgique, qui permet aux curieux d’admirer chaque centimètre du rouleau, chacune de ses feuilles de vélin ornées de points et de taches, de trous et de lettres fanées, littéralement millénaires. Tous ces signes témoignent de l’usage qui a été fait de ce rouleau – et des soins qui lui ont été prodigués – avant son installation dans une grotte du désert de Judée, au IIe siècle de notre ère, où il fut redécouvert à l’époque moderne.
« Devant de tels fragments de parchemin, petits ou grands, revêtus d’une écriture ancienne, on prend conscience que tout ne commence pas avec nous », a souligné Herzog. « Il y a une continuité, une tradition, des racines ; une longue chaîne de générations, une histoire écrite et transmise, génération après génération, au fil de l’histoire de notre peuple. »
Selon les spécialistes, le Rouleau d’Isaïe, qui date d’environ 125 avant notre ère, reproduit en grande partie le Livre d’Isaïe, au sein du canon biblique juif, à quelques exceptions près liées à l’orthographe ou des mots isolés. Il se compose de 17 feuilles cousues ensemble, mais devait sans doute, à l’origine, se présenter en deux parties.
Comme l’explique le court métrage projeté dans cette exposition, ce rouleau a été découvert par des bergers bédouins dans une grotte, non loin de l’ancienne Qumran, en 1947, avec les manuscrits de la mer Morte. Vendu à un antiquaire, puis à l’archevêque syrien de l’Église syriaque orthodoxe de Jérusalem, Athanase Yeshue Samuel, le manuscrit fut racheté anonymement par Israël, en 1954, lorsque l’archevêque le rapporta à New York dans l’espoir de lui trouver un nouvel acquéreur.
Le rouleau a été exposé dans sa totalité lors de l’inauguration du Musée d’Israël, en 1965, mais les conservateurs ont vite compris qu’il devait faire l’objet d’une conservation des plus précautionneuses et depuis lors, le Sanctuaire du Livre du musée en exposait une réplique fidèle.
L’exposition actuelle permet aux visiteurs d’admirer le véritable parchemin dans une salle climatisée, qui ne peut accueillir que 25 personnes à la fois.
« Nous respectons [le rouleau] et essayons autant que possible de ne pas l’endommager et, bien sûr, de le préserver pour les générations futures », explique la commissaire de l’exposition, Hagit Maoz, en soulignant le travail préparatoire à cette exposition.
Maoz ajoute que l’exposition est aussi l’occasion de réunir les nombreuses personnes rattachées à l’histoire de ce rouleau, à commencer par des représentants de certaines communautés et organisations chrétiennes, dont l’École française de recherche biblique et archéologique de Jérusalem, qui a mené la première fouille dans les grottes de Qumran au début des années 1950, et l’Église syrienne, qui a proposé d’exposer une copie du XVe siècle du Nouveau Testament en araméen.
« [Le rouleau] parle pour l’essentiel de l’importance du Livre d’Isaïe pour le monde chrétien », poursuit Maoz. « Isaïe est cité 66 fois dans le Nouveau Testament, et il est considéré comme l’un de ceux qui annoncent vraiment la venue du Messie. »
L’exposition donne par ailleurs à voir des céramiques et tissus, découverts par les archéologues de l’École française, qui servaient à envelopper les rouleaux, mais aussi des photos des fouilles.
Maoz et Herzog ont rappelé qu’un grand nombre de versets d’Isaïe faisaient partie intégrante de l’éthique moderne juive et israélienne, que ce soit « La nation ne lèvera pas l’épée contre la nation », gravée dans le bureau d’Herzog, à « Réconforte, ô réconforte mon peuple. »
La dernière salle de l’exposition permet d’admirer une reproduction du rouleau, agrémentée de commentaires sur ses passages les plus célèbres ou ses caractéristiques les plus intéressantes, comme la ligne révélatrice du point de couture des deux parties ou encore la pièce de cuir placée dans l’Antiquité pour le réparer.
« Un parchemin raconte deux histoires entremêlées : l’histoire qui y est écrite, et la sienne propre, son épopée pour parvenir jusqu’à nous et nous permettre de le lire », a déclaré Herzog. Il n’en va pas autrement pour ce parchemin unique en l’honneur duquel nous sommes ici réunis : le rouleau d’Isaïe, et ses milliers d’années, racontent une histoire inimaginable. »
L’exposition, qui fait partie des célébrations du 60e anniversaire du Musée d’Israël, est ouverte jusqu’au 6 juin 2026. Il est nécessaire de réserver son accès à la salle du parchemin.
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