Le Hamas a obligé les ONG présentes à Gaza à désigner des « garants » en leur sein – étude
Selon l'ONG pro-Israël NGO Monitor, le groupe terroriste surveillait le personnel d'organisations internationales, utilisant des administrateurs comme agents de liaison
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Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Selon un rapport rendu public mercredi, le Hamas surveillait le personnel des organisations étrangères à but non lucratif présentes à Gaza et désignait des « garants » locaux approuvés par le groupe terroriste afin de les manipuler.
D’après le rapport de l’ONG pro-Israël NGO Monitor, le Hamas conservait des notes détaillées sur le personnel des ONG, ou organisations non gouvernementales, qui se trouvaient à Gaza, notamment sur leurs finances, leurs relations familiales, leur foi, ainsi que leur degré de sympathie ou leurs liens avec le groupe terroriste.
Pour la rédaction de ce rapport, l’ONG s’est appuyée sur des documents internes du Hamas datant de 2018 à 2022 – avant la dernière guerre à Gaza -, que l’armée israélienne a obtenus dans l’enclave côtière et qu’elle a déclassifiés, a expliqué NGO Monitor.
Ces documents proviennent du Mécanisme de sécurité intérieure de Gaza, qui fait partie du ministère de l’Intérieur administré par le Hamas, et qui supervise la police de l’enclave ainsi que d’autres organismes de sécurité intérieure.
Ces documents, selon le rapport, indiquent que les organisations humanitaires étrangères présentes à Gaza « ne fonctionnent pas de manière indépendante ou neutre ».
« Elles sont intégrées dans un cadre institutionnel de coercition, d’intimidation et de surveillance, un cadre au service des objectifs terroristes du Hamas », a souligné NGO Monitor.
Les organisations internationales à Gaza doivent se conformer aux dispositions du Hamas en matière de sécurité. Elles ne peuvent en outre travailler qu’avec l’accord du groupe terroriste, d’après le rapport.
Afin de faciliter ce contrôle sur les groupes internationaux, le Hamas désigne des « garants » — des Gazaouis approuvés par le ministère de l’Intérieur de Gaza —, qui occupent des postes de haut niveau au sein des organisations et qui servent d’agents de liaison entre celles-ci et le groupe terroriste. Les garants, pour la plupart, étaient des employés existants des organisations choisis et nommés par le Hamas. Certains ont toutefois été nommés à leur poste alors qu’ils n’appartenaient pas initialement à ces groupes, a précisé NGO Monitor.
Les garants constituent un niveau intermédiaire entre les organisations à but non lucratif et le groupe terroriste, permettant ainsi aux groupes humanitaires occidentaux d’opérer à Gaza malgré les sanctions contre l’organisation terroriste qui règne sur la bande de Gaza. Les garants permettent d’autre part au Hamas de surveiller les activités des groupes humanitaires et d’influencer leurs décisions, selon le rapport.
Les agents de liaison ont contribué à l’établissement de listes de bénéficiaires de l’aide à Gaza, qui ont été approuvées par le Hamas, puis utilisées par l’ONU et les organisations humanitaires pour distribuer l’aide, y compris de l’argent liquide, a poursuivi le rapport.
Certaines organisations internationales ont fait appel à des garants qui étaient membres du Hamas ou qui étaient décrits dans des documents du Hamas comme étant « affiliés » au groupe terroriste, a souligné le rapport, citant un document du Hamas de 2022.
Plusieurs groupes cités dans le rapport — CIVITAS, International Medical Corps et MAP-UK — ont démenti avoir traité avec le Hamas comme le prétend NGO Monitor. Si l’organisation humanitaire Mercy Corps a admis avoir connaissance des incidents décrits dans le rapport, notamment les menaces proférées par le Hamas à l’encontre d’un membre de son personnel, elle a toutefois fait savoir qu’elle « rejetait la description faite dans le rapport », ajoutant ne pas coordonner ses actions avec le Hamas.
Le Hamas surveillait les employés des organisations humanitaires comme s’il s’agissait de menaces potentielles. Un document du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité nationale du Hamas datant de 2020 révèle que, pour le groupe terroriste, certaines organisations à but non lucratif locales et internationales constituaient des « dangers pour la sécurité ».
Le Hamas a par ailleurs ordonné à son personnel de sécurité interne de classer les garants des organisations internationales de manière à pouvoir « les utiliser », de créer des rapports de sécurité sur eux, de placer les organisations sous « surveillance technologique permanente » et « d’infiltrer les sièges des organisations internationales », indique ainsi le rapport.
Le Hamas a rassemblé des informations personnelles sur les garants, selon des documents que NGO Monitor a communiqués au Times of Israel. Ces documents, datant de 2022, comprenaient des enregistrements en arabe du ministère de l’Intérieur de Gaza ainsi que des traductions en anglais, les noms des garants ayant été édités.
Dans ces documents se trouvaient des notes sur 55 garants provenant de 48 organisations à but non lucratif internationales. Les garants occupaient tous des postes administratifs dans les groupes humanitaire. Certains d’entre eux étaient même directeurs. Le Hamas autorisait les garants à remplir des demandes d’invitation de visiteurs étrangers dans la bande de Gaza, une pratique qui lui permettait d’exercer une influence sur l’identité des personnes autorisées à pénétrer dans l’enclave.
La liste incluait les noms des garants, leurs numéros d’identification, leurs adresses, le groupe pour lequel ils travaillaient, leur classement en « catégorie de sécurité » et le degré de coopération du groupe. Y figuraient également des informations personnelles sur la foi des garants, leurs relations familiales, leur emploi, leur personnalité, la couleur et la marque de leur véhicule, ainsi que leurs finances personnelles, notamment les montants précis des transferts d’argent qu’ils recevaient de l’étranger.
Ces informations montraient que nombre des garants étaient très instruits, enseignaient et obtenaient des diplômes dans des universités étrangères, en littérature anglaise, génie civil, comptabilité, chimie, architecture et sciences politiques.
Beaucoup avaient des relations à l’étranger et voyageaient dans d’autres pays dans le cadre de leur travail, de leurs études et pour leurs loisirs.
Les garants travaillaient pour certaines des organisations humanitaires les plus importantes de Gaza. La plupart d’entre elles étaient classées comme « neutres » ou non coopératives avec le Hamas.
Plusieurs étaient toutefois signalées comme « coopératives ». Il s’agissait notamment d’El Baraka, Rahma Worldwide, Aisha, Culture and Free Thought Society, Palestine Association for Education and Environment Protection et Society of Women Graduates. Ces organisations n’ont pas répondu à nos demandes de commentaires.
D’après les documents, certaines femmes étaient surveillées en raison de leur tenue vestimentaire ou de leur pudeur. Ainsi, sur le dossier d’une journaliste, on pouvait voir la mention « Elle porte des vêtements à la mode à cause de son travail ». Une autre a été signalée pour des « photos embarrassantes » trouvées sur son téléphone. Le dossier d’une femme comportait la remarque « Elle quitte son domicile dans des vêtements provocants qui enfreignent la charia ». Une autre était félicitée pour ses tenues « conformes à la charia ».
Le Hamas a également passé au crible les réseaux sociaux des garants, écrivant à propos d’une administratrice : « Elle n’a pas d’activité hostile sur Facebook ».
D’autres informations concernaient la solidité des « relations sociales » des garants, leur situation financière ainsi que leurs affiliations politiques.
Certains groupes étaient considérés comme une menace pour le régime. Dans une note datant de 2021, le ministère de l’Intérieur administré par le Hamas affirmait que les organisations américaines représentaient une menace par leur refus de coopérer avec le Hamas, déplorant « le manque de contrôle des services de renseignement sur les associations états-uniennes ».
« Les fonds sont destinés à renouveler et à renforcer ces associations dont les opinions s’opposent à l’idéologie de la résistance », indiquait la note, qui demandait aux responsables du Hamas de mettre en place des sources de renseignements au sein des groupes américains.
Selon une note de 2022, « l’infiltration » par les garants constituerait « une réussite remarquable en matière de sécurité et de renseignement », a rapporté NGO Monitor.
D’autres documents montraient que le Hamas faisait pression sur les différents groupes pour qu’ils lui communiquent leurs finances, selon le rapport. En 2019, les services de sécurité interne du Hamas ont ainsi écrit que Save the Children « refusait de se plier » aux inspections financières, réclamant des responsables du Hamas qu’ils « imposent des restrictions » au groupe en réponse.
Le Hamas a par ailleurs pris des mesures pour influencer les projets des groupes humanitaires à Gaza.
Oxfam, notamment, a collaboré avec un partenaire local affilié au Hamas sur un projet d’irrigation d’arbres fruitiers à proximité de la frontière avec Israël, selon un document du Hamas datant de 2021 qui affirmait que les arbres « servaient de couverture pour des activités de résistance ». Rien n’indique qu’Oxfam était conscient que le projet était lié au Hamas.
Interrogé sur le sujet, Oxfam a répondu qu’il s’agissait d’une « organisation impartiale, appliquant des contrôles rigoureux ».
« Nous suivons des procédures strictes de diligence raisonnable et de vérification pour tous les contractants, incluant un contrôle approfondi, notamment par le biais du système LSEG World-Check, qui bénéficie de la reconnaissance internationale », a déclaré un porte-parole d’Oxfam.
Le Hamas a en outre ordonné à deux organisations humanitaires de ne pas poser certaines questions lorsqu’elles menaient des enquêtes auprès des Gazaouis, les réponses risquent de révéler des activités terroristes, et notamment d’identifier des membres du Hamas.
Les organisations internationales mentionnées dans le rapport sont en grande partie financées par des donateurs américains, européens et des Nations unies.
Les employés juifs des organisations humanitaires ont également été signalés par le Hamas. Une note de service datant de 2020 stipule ainsi qu’un employé juif chargé des relations avec les médias chez Oxfam constituait une « menace ».
En septembre, NGO Monitor a publié un rapport basé sur une autre série de documents, détaillant la manière dont le Hamas exploitait les installations médicales de Gaza à des fins militaires.
D’après ce rapport, les organisations humanitaires passaient souvent sous silence les activités du Hamas, tout en condamnant Israël, créant ainsi un discours médiatique partial et de nature à profiter au groupe terroriste.
la Communauté du Times of Israël !







