Le Hezbollah compterait sur d’importants fonds iraniens quand l’accord avec les US sera scellé
Selon un responsable américain, les fonds destinés au groupe terroriste chiite libanais ne seront pas débloqués ; des analystes estiment que l'issue de la guerre constituera un atout politique pour le Hezbollah et renforcera son discours de résistance
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L’accord provisoire qui a été conclu entre l’Iran et les États-Unis semble destiné à renforcer l’influence politique et financière du Hezbollah. Téhéran aurait en effet promis d’accroître ses financements à son proxy dès que les fonds commenceront à affluer, selon quatre sources bien informées des relations entre Téhéran et le groupe terroriste chiite libanais.
Cet apport de liquidités pourrait aider le Hezbollah à se remettre de ses lourdes pertes subies pendant la guerre et porter un coup à Israël, qui avait infligé de lourdes défaites à ce groupe terroriste lors de la guerre de 2024 et qui s’est opposé avec férocité à tout allègement des sanctions à l’encontre de Téhéran.
Le protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran doit mettre fin aux hostilités sur tous les fronts, a déclaré le Pakistan, qui joue le rôle de médiateur, bien que ses termes n’aient pas été rendus publics.
La cessation des combats, obtenue à la demande de l’Iran, inclut le Liban, d’où le Hezbollah avait tiré en direction d’Israël en signe de solidarité avec Téhéran le 2 mars, déclenchant une offensive israélienne dans le sud du pays.
Ce conflit s’était déroulé parallèlement à la confrontation plus large entre les États-Unis et le régime iranien.
La situation dans le sud du Liban reste instable.
Téhéran avait averti Jérusalem mardi de s’attendre à une riposte militaire iranienne si l’État juif ne mettait pas fin à ses attaques dans le sud, où l’armée israélienne compte maintenir ses troupes, et où les violences, bien que nettement réduites, se poursuivent.
Le cessez-le-feu au Liban renforce la position politique du Hezbollah après deux années de revers, avec notamment la chute de son allié syrien Bashar al-Assad en décembre 2024.
Cela met également au pied du mur le gouvernement libanais soutenu par les États-Unis, qui a échoué dans ses propres efforts visant à obtenir un cessez-le-feu plus large lors des pourparlers directs qui ont eu lieu avec des responsables israéliens à Washington au cours des deux derniers mois, afin de mettre un frein aux attaques du groupe terroriste chiite libanais contre Israël.
Ces attaques ont bouleversé la vie de dizaines de milliers d’habitants du nord d’Israël, contraints de se réfugier à maintes reprises dans des abris antiatomiques, jour et nuit, chamboulant leur quotidien. Beaucoup de ces habitants avaient déjà fui leurs villes lors d’une précédente vague d’attaques du Hezbollah, qui avait débuté en octobre 2023 et pris fin en novembre 2024.
Ces pourparlers, dont Israël affirme qu’ils visent à conclure un accord de paix complet, tandis que le Liban affirme qu’ils ne portent que sur la désescalade, se heurtent à de nombreuses difficultés. Le Hezbollah a en effet juré de ne reconnaître ni respecter aucun accord conclu, ce qui fait planer la menace d’une nouvelle guerre civile au Liban.
Le Hezbollah, un groupe terroriste chiite libanais, est armé et financé par Téhéran depuis sa création par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, en 1982.
Les États-Unis affirment qu’aucun déblocage de fonds n’est prévu pour « les groupes terroristes »
Deux diplomates de la région, informés par Téhéran, ont déclaré que l’Iran avait donné l’assurance au groupe terroriste qu’il recevrait davantage de fonds une fois ses avoirs débloqués. Une source libanaise de haut rang a indiqué que l’Iran avait promis des fonds « dès que possible », tandis qu’une autre source libanaise a précisé que l’Iran devrait renforcer son soutien. Aucune de ces sources n’a fourni de chiffres.
Le service de presse du Hezbollah a déclaré que l’Iran avait publiquement annoncé son soutien au groupe terroriste chiite libanais et que cette aide se poursuivait.
Alors qu’il lui était demandé si le groupe terroriste allait recevoir une part des fonds iraniens débloqués, le service de presse a répondu à Reuters que Téhéran continuerait à soutenir le Liban « quelles que soient les modalités de récupération de ses fonds ».
Un responsable américain a déclaré que Washington avait fait savoir à l’Iran que « les fonds ne seraient pas débloqués s’ils étaient destinés à une quelconque organisation terroriste ».
« Le protocole d’accord incite également l’Iran à contrôler ses proxys, car s’il ne le fait pas, il ne pourra bénéficier d’aucun des avantages de l’accord», a ajouté le responsable.
Le bureau du Premier ministre israélien et le ministère iranien des Affaires étrangères n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.
Malgré des années de sanctions américaines paralysantes, l’Iran a maintenu son soutien financier au Hezbollah : il lui a transféré un milliard de dollars au cours des dix premiers mois de 2025, selon le département du Trésor américain.
Le prix de la guerre
La guerre a engendré des coûts énormes au Liban : les troupes israéliennes ont déplacé un cinquième de la population et rasé des villages du sud, faisant valoir que le Hezbollah mène des opérations depuis des zones civiles.
Témoignant de ses difficultés financières, le groupe terroriste avait indiqué, au mois de mai, qu’il devait réduire ses versements en espèces. Au début du mois, le Hezbollah a proposé une aide de 200 dollars aux familles déplacées, ce qui a constitué la première aide financière qu’il a accordée depuis le début de la guerre, selon les bénéficiaires.
Selon Mohanad Hage Ali, du Carnegie Middle East Center, un groupe de réflexion, un apport massif de liquidités iraniennes changerait la donne pour le Hezbollah, lui permettant de venir en aide à ses partisans et de réparer les alliances politiques fragilisées au Liban.
Il estime que la question du désarmement du Hezbollah « passera au second plan », car le groupe terroriste pourrait invoquer la présence israélienne pour justifier le maintien de son armement. Il a qualifié le Hezbollah d’atout stratégique pour l’Iran, atout que Téhéran n’est pas près de céder.
L’Iran exerce des pressions pour obtenir le retrait d’Israël du Liban ; son ministre des Affaires étrangères a déclaré mardi que le maintien de la présence militaire israélienne dans ce pays serait considéré comme une violation du protocole d’accord.
Le Hezbollah estime que l’Iran ne signera pas d’accord nucléaire définitif avec Washington tant qu’Israël ne se sera pas retiré du Liban.
La pression exercée par l’Iran en faveur d’un cessez-le-feu au Liban, ainsi que ses exigences relatives au retrait israélien, portent atteinte aux efforts déployés par Beyrouth pour affirmer sa souveraineté et négocier la fin de la guerre.
Au début du mois, le président libanais, Joseph Aoun, avait vivement critiqué l’Iran, l’accusant d’utiliser le Liban comme monnaie d’échange dans ses négociations avec les États-Unis. Cependant, lundi, il a eu un entretien avec le ministre iranien des Affaires étrangères et il a salué le protocole d’accord.
Andreas Krieg, de l’École d’études sur la sécurité du King’s College de Londres, a déclaré que le retrait israélien « ne peut, de manière réaliste, être obtenu que par la voie diplomatique », ce qui soulève la question des concessions que le Hezbollah pourrait être prêt à consentir.
Israël souhaite le démantèlement du Hezbollah, mais le groupe terroriste exclut tout désarmement.
Krieg estime qu’une formule plus plausible pour sortir de cette impasse consisterait en une forme de démilitarisation du sud du Liban en échange du retrait israélien.
Les cessez-le-feu précédents exigeaient que le Hezbollah ne déploie aucun terroriste dans la zone située entre Israël et le fleuve Litani, qui traverse le sud du pays d’est en ouest. Le service de presse du groupe terroriste chiite libanais a déclaré que le Hezbollah ne pouvait pas discuter de ses armes tant que les troupes israéliennes se trouveraient au Liban.
Renforcer le discours de la résistance
Selon des responsables du groupe terroriste, le Hezbollah a estimé que son entrée en guerre placerait le Liban à l’ordre du jour des pourparlers entre les États-Unis et l’Iran, et que l’Iran pourrait obtenir un cessez-le-feu plus solide que celui qui avait mis fin au conflit précédent en novembre 2024.
Israël a continué à cibler les terroristes du Hezbollah après ce cessez-le-feu, tandis que le groupe s’abstenait de riposter.
Le service de presse du Hezbollah a déclaré qu’Israël ne pourrait pas revenir à la situation d’avant le 2 mars « sans qu’il y ait de riposte ».
Il a également réitéré sa demande au gouvernement de revenir sur sa décision d’interdire ses activités militaires.
Nick Blanford, chercheur senior au sein du groupe de réflexion Atlantic Council, a déclaré que la présence israélienne avait redynamisé « le discours de résistance du Hezbollah et qu’il serait désormais très difficile pour le gouvernement de s’opposer à lui, en particulier si les combats reprenaient ».
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