Le Mémorial de la Shoah rend hommage à Edgar Hilsenrath avec une lecture théâtralisée de « Nuit »
Cette lecture survient à l’occasion du centenaire de la naissance de l’écrivain juif allemand, survivant de la Shoah et maître de la satire et de la Nuit européenne des musées
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Le 23 mai prochain, au Mémorial de la Shoah, l’iconoclaste Edgar Hilsenrath sera mis à l’honneur à travers une lecture théâtralisée de Nuit, son roman le plus emblématique, à l’occasion du centenaire de la naissance de l’auteur.
L’événement s’inscrit dans le cadre de la Nuit européenne des musées, durant laquelle de nombreux établissements culturels ouvriront gratuitement leurs portes au public jusqu’à minuit.
Pour cette occasion, le Mémorial de la Shoah propose une lecture de Nuit, assurée par le comédien Bastien Bouillon, accompagné de la musicienne et comédienne Louise Bouillon Holt ainsi que des musiciens Azeddine Benamara et Tristan Chevalier.
Publié pour la première fois en 1964, Nuit est considéré comme le point de départ de l’œuvre d’Edgar Hilsenrath. Le roman s’inspire directement de l’expérience vécue par l’auteur dans un ghetto de Transnistrie, région alors sous administration roumaine, où il survit entre 1941 et 1945. Le livre suit Ranek, un protagoniste tentant de survivre au quotidien dans un ghetto. À travers cette œuvre, l’auteur décrit des personnages « réduits à des ombres… comme s’ils n’avaient plus ni âme ni corps », peut-on lire sur le site du Mémorial de la Shoah. Mais au cœur de cet univers déshumanisé subsistent encore des gestes d’amour ou des scènes d’accouchement, autant de traces d’une humanité qui refuse de disparaître.
Longtemps censuré en Allemagne en raison du ton cru et dérangeant qui caractérise ses romans, Nuit finit pourtant par s’imposer comme l’un des grands romans consacrés à la Shoah. Plus largement, l’œuvre d’Edgar Hilsenrath occupe une place singulière dans la littérature de l’après-guerre par sa manière d’aborder l’extermination des Juifs d’Europe à travers la satire.
Né à Leipzig (Allemagne) en 1926 dans une famille juive allemande, Edgar Hilsenrath fuit l’Allemagne nazie avec ses proches en 1938 pour rejoindre un ghetto en Roumanie avant d’être déporté, en 1941, dans un ghetto en Ukraine. Libéré par l’Armée rouge en 1944, il mène ensuite une vie marquée par l’exil : la Palestine, la France, puis les États-Unis, où il commence à écrire en allemand tout en multipliant les petits emplois.
Malgré le succès rencontré à l’étranger, notamment aux États-Unis où Nuit devient un best-seller, l’écrivain peine longtemps à être reconnu en Allemagne. Son roman Le nazi et le barbier paraît aux États-Unis en 1971, mais ne sera publié en Allemagne qu’en 1977 en raison de son traitement satirique de la Shoah. Le livre existerait d’ailleurs en deux versions distinctes : l’une américaine, l’autre allemande.
Installé à Berlin à partir de 1975, Edgar Hilsenrath finira toutefois par être salué comme l’une des grandes voix littéraires de langue allemande. Lauréat du prestigieux prix Alfred-Döblin en 1989, il est notamment l’auteur de Fuck America, Le conte de la dernière pensée ou encore Le retour au pays de Jossel Wassermann.
L’écrivain meurt à Wittlich (Allemagne) en 2018, à l’âge de 92 ans, des suites d’une pneumonie. Son œuvre, marquée par l’expérience de la Shoah, l’exil et une liberté de ton radicale, continue aujourd’hui d’être redécouverte par de nouveaux lecteurs.
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