Le ministère de l’Éducation déclare surveiller les publications des employés qui critiquent le gouvernement
Sa « commission de lutte contre les provocations » a fait un rapport sur 160 employés en raison de leurs prises de position politiques, dont 52 ont fait l'objet de mesures disciplinaires, rapporte Haaretz
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Sous prétexte de lutter contre l’incitation à la haine, un mystérieux service du ministère de l’Éducation serait chargé de surveiller les publications des enseignants et conseillers scolaires qui, sur les réseaux sociaux, critiquent ouvertement le gouvernement, a rapporté Haaretz mercredi.
Selon le quotidien israélien, le ministère se serait doté d’un organe appelé « Comité de lutte contre l’incitation à la haine », qui serait chargé de faire des rapports et de recommander des mesures disciplinaires à l’encontre des employés dont les propos, en classe et ailleurs, sont jugés inappropriés.
Bien que le gouvernement ait déclaré l’existence de cet organe dès 2016, Haaretz a cité des membres anonymes du ministère de l’Éducation qui ont assuré que l’essentiel de son activité se concentrait sur ces trois dernières années, soit avec la recrudescence des manifestations contre le plan de refonte radicale du système judiciaire avancé par la coalition au pouvoir.
Le comité serait dirigé par Lior Tuvia, un ancien haut responsable du Shin Bet qui occupe désormais le poste de chef du département de la sécurité du ministère de l’Éducation.
Le ministère de l’Éducation, dirigé par Yoav Kisch, membre du Likud, a déclaré dans une réponse à Haaretz que cet organe n’enquêtait sur les employés qu’en cas de suspicion d’« incitation à la violence, identification au terrorisme ou non-respect de la loi ».
Mais les activités de cet organe, comme l’illustre Haaretz, semblent porter principalement sur l’expression politique, et surtout sur les critiques envers l’actuel gouvernement et ses décisions.
L’un des rapports de la commission qui a été obtenu par le quotidien israélien concerne Yaron Avni, conseiller scolaire âgé de 59 ans qui a fait l’objet d’une enquête en 2023 suite à une plainte anonyme déposée contre lui pour « incitation à la haine contre le gouvernement ».
Le rapport de la commission comprend 24 captures d’écran de la page Facebook du conseiller, sur laquelle il appelle les Israéliens à descendre dans la rue pour manifester contre le gouvernement.
Avni a qualifié le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’« ennemi du peuple ». Parmi ses messages les plus virulents figure un message qui affirme que « des criminels et des psychopathes ont pris le contrôle de la Knesset » et qu’ils « auront une guerre civile en retour ».
La commission a conclu qu’Avni avait publié « des messages provocateurs à l’encontre des Haredim, du gouvernement, de ses ministres et du Premier ministre » et il a demandé au directeur de son établissement de le convoquer à un entretien à l’issue duquel il a accepté de rendre sa page Facebook privée.
Selon l’article, la commission aurait recueilli des informations sur 160 enseignants depuis le début de l’année 2023 ; un quart des personnes placées sous enquête sont juives, les autres sont arabes.
Dans un autre cas rapporté par Haaretz, une enseignante arabe de la région de Jérusalem a été temporairement suspendue de ses fonctions suite à une publication sur Instagram, quelques jours après le pogrom du 7-octobre commis par le Hamas. Sur cette publication, on voyait une jeune fille en pleurs, avec cette légende : « Arrêtez la guerre » en arabe et en hébreu.
Selon Haaretz, la commission aurait recommandé des mesures disciplinaires à l’encontre de 52 employés du ministère de l’Éducation avec sept cas de licenciements à la clé et dans le reste des cas, une suspension ou la tenue d’une audience disciplinaire. Dix-neuf de ces cas sont toujours en cours d’examen.
En réponse à une demande de Haaretz, le ministère de l’Éducation a déclaré que les activités de la commission de lutte contre l’incitation à la haine avaient été réglementées en septembre 2025. Auparavant, celui-ci fonctionnait sur la base d’un document interne que le ministère a refusé de divulguer.
En vertu de ces nouvelles directives, la commission examine les plaintes concernant « l’identification des enseignants au terrorisme » et passe au crible « toutes les déclarations des enseignants, qu’elles soient faites dans le cadre de leur travail ou en dehors, y compris dans leurs publications sur les réseaux sociaux », a déclaré le ministère au journal.
Les détracteurs de Netanyahu et de sa coalition accusent régulièrement le gouvernement de profiter des lois anti-incitation à la haine pour réprimer les dissidents politiques.
En mars dernier, la Cour Suprême a gelé les activités d’un organisme policier créé par le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, pour lutter contre l’incitation à la haine, après qu’il a été établi que celui-ci se livrait à une « surveillance proactive » de l’activité de la population sur les réseaux sociaux afin de détecter des infractions verbales.
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