Le ministère public met la pression sur Netanyahu pour son influence présumée sur les médias
La procureure souligne les efforts du Premier ministre pour obtenir une couverture favorable, tandis que ce dernier cherche encore à réduire le rythme de ses audiences
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La procureure chargée du procès du Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est attachée, lors des troisième et quatrième jours de son contre-interrogatoire dans l’affaire 4000, à démontrer l’intérêt marqué du Premier ministre pour une couverture médiatique favorable.
Le Premier ministre est jugé pour corruption, fraude et abus de confiance dans l’affaire 4000, également appelée affaire Bezeq-Walla, qui porte sur les accusations selon lesquelles Netanyahu aurait autorisé des décisions réglementaires ayant profité financièrement à Shaul Elovitch, actionnaire du géant des télécommunications Bezeq, à hauteur de plusieurs centaines de millions de shekels.
En échange, Netanyahu aurait bénéficié d’une couverture favorable sur le site d’information Walla, également contrôlé par Elovitch.
Mardi, la procureure Yehudit Tirosh avait tenté de démontrer l’intérêt marqué du Premier ministre pour sa couverture médiatique. Elle avait également établi un lien entre les plaintes de Sara Netanyahu concernant un traitement injuste dans les médias et l’obtention d’un bijou d’une valeur de 10 000 shekels en 2016.
Se référant au témoignage d’Arnon Milchan, témoin dans l’affaire 1000, Tirosh a affirmé que Netanyahu avait appelé le magnat hollywoodien pour se plaindre que sa femme était « massacrée dans les médias », ce qui aurait conduit le Premier ministre à solliciter son aide pour obtenir le bijou.
« Les éléments confirmés par Milchan montrent que vous êtes conscient de la gravité de ses accusations dans cette affaire, et que cela vous pousse même à agir, à lui demander de l’aide pour offrir le bijou », a déclaré Tirosh à Netanyahu, qui a rejeté cette version.
La procureure a également interrogé Netanyahu au sujet d’une réunion qui s’est tenue en 2013 à la résidence officielle du Premier ministre, rue Balfour, en présence de Netanyahu, de son épouse Sara, de Sheldon et Miriam Adelson, ainsi que de Milchan, qui a décrit la scène dans son témoignage.
Netanyahu a affirmé ne pas se souvenir de la réunion telle que la décrit Milchan. Ce dernier a déclaré que le couple s’était plaint de la couverture médiatique du quotidien Israel Hayom, propriété d’Adelson.
« Bibi et Sara, surtout Sara, qui est plus sensible, se sont plaints qu’on lui faisait couler le sang. Elle a proposé de remplacer le rédacteur en chef d’Israel Hayom. La situation a dégénéré au point que Miri et Sheldon sont partis », a raconté Milchan, appelant Netanyahu par son surnom.
« C’était une conversation factuelle et amicale », a affirmé Netanyahu mardi devant le tribunal. « Je me souviens qu’il y a eu un dîner. S’ils s’étaient levés et étaient partis, je m’en serais clairement souvenu. »
Alors que Tirosh insistait sur le fait que Sara Netanyahu s’était plainte à plusieurs reprises de la couverture médiatique dont elle faisait l’objet et avait demandé des « articles flatteurs », Netanyahu a rétorqué que ses préoccupations ne portaient pas sur sa propre couverture, « mais sur le changement de ton et de virulence du journal face aux allégations mensongères [d’autres médias] concernant l’Iran, un État palestinien et les arguments économiques populistes ».
« Il était important de pouvoir contrer quotidiennement ce lavage de cerveau », a expliqué Netanyahu.
Mercredi, Tirosh a tenté de démontrer l’importance que Netanyahu accordait au site d’information Walla comme plateforme médiatique durant les élections de 2013 et 2015, en l’interrogeant sur sa connaissance des chiffres de fréquentation du site.
Netanyahu a affirmé qu’il ne s’intéressait pas au trafic du site et a déclaré qu’il considérait deux des interviews qu’il avait accordées à Walla comme « mauvaises et hostiles ».
« J’ai pensé que [ces interviews] n’apporteraient rien de bon », a déclaré Netanyahu, qualifiant Walla de « site nord-coréen » et affirmant l’avoir surnommé « Walla Hamas ».
« À votre connaissance, Walla a-t-il enregistré un trafic très élevé durant la période concernée ? », a demandé Tirosh.
« Je ne me souviens pas du trafic. Cela ne m’intéressait pas », a répondu Netanyahu.
« Quasiment impossible » de témoigner trois fois par semaine
Netanyahu a également déclaré aux juges au début de l’audience de mercredi qu’il lui était « quasiment impossible » de témoigner trois fois par semaine dans le cadre de son long procès pour corruption.
Il a expliqué qu’il avait « fait de très grands efforts pour tenir trois audiences par semaine, efforts qui ont nécessité le report de discussions cruciales sur des questions dont le public n’a pas connaissance ».
« Je n’exagère pas le moins du monde, c’est quasiment impossible », a-t-il insisté.
Le mois dernier, le tribunal a statué que Netanyahu serait tenu de témoigner trois fois par semaine, au lieu de deux, afin d’accélérer un procès débuté en 2020 et qui ne devrait pas s’achever avant 2027.
Depuis cette décision, l’équipe de défense du Premier ministre a présenté plusieurs demandes visant à réduire ou à annuler certaines audiences, invoquant des raisons de santé, des réunions de sécurité ou des visites diplomatiques.
La chaîne N12 a rapporté la semaine dernière qu’il n’y avait pas eu une seule semaine où le Premier ministre avait réellement témoigné trois fois.
Outre l’affaire 4000, Netanyahu est accusé de fraude et d’abus de confiance dans les affaires 1000 et 2000. Les procureurs ont terminé la semaine dernière leur contre-interrogatoire du Premier ministre dans l’affaire 1000.
L’affaire 1000 porte sur des accusations selon lesquelles Netanyahu et son épouse, Sara, auraient reçu illicitement de Milchan des cadeaux d’une valeur d’environ 700 000 shekels, et que Netanyahu aurait enfreint les règles de conflits d’intérêts en aidant Milchan à renouveler son visa de résidence de longue durée aux États-Unis et en tentant de l’aider dans ses démarches fiscales.
Dans l’affaire 2000, le Premier ministre est accusé de fraude et d’abus de confiance pour avoir prétendument tenté de conclure un accord de contrepartie avec l’éditeur du journal Yedioth Ahronoth, Arnon (Noni) Mozes, selon lequel Yedioth offrirait au Premier ministre une couverture plus positive en échange d’une législation affaiblissant son principal concurrent, le journal gratuit Israel Hayom.
Netanyahu nie toute malversation et affirme que les accusations ont été fabriquées dans le cadre d’une tentative de coup d’État politique menée conjointement par la police et le ministère public.
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