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Analyse

Le nouveau « Superman » parle-t-il de la guerre à Gaza ? Les spectateurs sont mitigés

Le réalisateur James Gunn affirme avoir écrit le scénario avant le 7 octobre - ce qui n'empêche pas le public anti-israélien d'y voir une métaphore et les défenseurs d'Israël de nier la comparaison

Un enfant du pays fictif de Jahranpur brandit un drapeau improvisé de Superman lors d'une attaque des soldats du pays fictif de Boravia, dans "Superman", un film réalisé en 2025 par James Gunn. (Crédit : DC Studios/Warner Bros. via JTA)
Un enfant du pays fictif de Jahranpur brandit un drapeau improvisé de Superman lors d'une attaque des soldats du pays fictif de Boravia, dans "Superman", un film réalisé en 2025 par James Gunn. (Crédit : DC Studios/Warner Bros. via JTA)

JTA – Evan, critique de cinéma amateur, a donné cinq étoiles – la meilleure note – à « Superman ». Sur la plateforme Letterboxd, il a salué « l’identité visuelle unique » du long-métrage, qualifiant le réalisateur et scénariste James Gunn de « meilleur réalisateur de comics« . Et il a ajouté : « Le film est très défavorable à Israël, ce qui est génial à voir dans une superproduction faite par un grand studio ».

Quand la critique d’Evan a été partagée par au moins un internaute sur X, elle a recueilli plus de onze millions de vues et 36 000 mentions « J’aime ».

Evan n’est pas le seul à avoir laissé entendre que ce nouveau blockbuster véhiculerait un message anti-israélien implicite (voire explicite). Un grand nombre d’usagers, sur les réseaux sociaux, ont ainsi avancé une théorie : celle que l’un des principaux points de l’intrigue du film – la mission de Superman qui doit empêcher la prise d’assaut par les « Boraviens », soutenus par les États-Unis, d’un pays pauvre, totalement fictif, qui s’appelle Jahranpur – serait une allégorie du conflit entre Israël et le Hamas.

« Le fait qu’Israël soit clairement le méchant dans un film hollywoodien à gros budget est un moment culturel majeur », a ainsi écrit la commentatrice politique Krystal Ball, qui critique fréquemment Israël, sur X. « En y allant, je m’étais dit que ce serait subtil, mais cela ne l’est pas du tout ».

Des messages qui ont été amplifiés par les médias arabes et progressistes.

Sur Reddit, certains partisans d’Israël ont reproché à Gunn et à D.C. Studios d’avoir imprégné le film d’un message anti-israélien. « Je trouve si irrespectueux, si affligeant qu’un super-héros créé par deux artistes juifs soit aujourd’hui utilisé pour promouvoir des messages anti-israéliens dans le monde entier », a écrit une personne sur r/Israel, un « subreddit » qui rassemble les soutiens de l’État juif. Un message qui a été suivi par une longue discussion sur les intentions de Gunn, les intervenants se demandant si le prétendu parti pris pro-palestinien du film existait vraiment – ou s’il n’était qu’une interprétation subjective de la part des spectateurs attachés à la cause.

De son côté, Gunn a catégoriquement nié tout lien entre le film et la guerre en cours à Gaza. « Lorsque j’ai écrit le scénario, il n’y avait pas encore de conflit. J’ai aussi tenté de faire de petites choses pour prendre des distances et le film n’a rien à voir avec le Moyen-Orient », a confié Gunn au site Comicbook.com.

A LIRE : Le dernier Superman ne va pas à l’encontre des conventions, et c’est une bonne chose

Gunn a indiqué que le film dépeignait « l’invasion, par un pays beaucoup plus puissant dirigé par un despote, d’un pays problématique en matière d’histoire politique, mais qui est absolument sans défense contre son agresseur. Et il s’agit véritablement d’une fiction ».

David Corenswet dans « Superman ». (Autorisation : Warner Bros. Discovery)

Bien entendu, aucun spectateur n’a besoin de la permission d’un réalisateur ou de qui que ce soit d’autre pour interpréter un film comme il l’entend. Et si le film n’est pas une tribune politique, il contient suffisamment d’éléments de ce type pour que de tels débats puissent avoir lieu. Le méchant, Lex Luthor, est un milliardaire et un entrepreneur militaire à la Elon Musk qui espère créer une sorte de paradis technologique sur les décombres de Jahranpur. Superman, qui est arrivé sur Terre depuis la planète Krypton quand il était enfant, prend la défense d’immigrés de toutes sortes, notamment d’un vendeur de falafels nommé Malik Ali qui aide Superman lors de son duel avec un super-vilain pro-boravien – ce qui a également été considéré comme une preuve que le film est pro-palestinien.

La Boravie elle-même est clairement présentée comme un pays slave, avec son chef à la chevelure sauvage et ses sous-fifres qui parlent le russe. Ce qui pourrait donner lieu à des comparaisons avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie, à l’exception des informations qui ont laissé entendre que les producteurs avaient cherché à confier les rôles des Jahranpuriens à des « des Moyen-Orientaux » et à des acteurs originaires du Sud-Est asiatique. Les combats entre les deux pays – les envahisseurs lourdement armés, les défenseurs brandissant des fourches et des pelles – sont, sans aucun doute, représentatifs d’une guerre entre un Occident caucasien et un Orient à la peau brune. Ce qui a laissé penser à certains que la comparaison israélo-palestinienne était intentionnelle – et ce même s’il est également possible d’imaginer qu’un réalisateur ait estimé qu’un affrontement entre un monde blanc et un monde racisé aurait plus de résonance émotionnelle et de cohérence à l’écran qu’une bataille entre Slaves à l’apparence similaire et que le scénario en serait d’autant plus pertinent. Il avait été écrit à l’époque du meurtre, par un policier, de George Floyd, un meurtre qui avait bouleversé tous les États-Unis.

La bataille qui marque l’apogée du long-métrage, lorsque les chars et les soldats boraviens franchissent une clôture et qu’ils pénètrent dans une foule immense de Jahranpuriens, ne ressemble pas à la guerre de Gaza – ou du moins à la guerre urbaine qui a caractérisé le conflit, ces deux dernières années. J’ai plutôt pensé aux manifestations qui avaient eu lieu à la frontière de l’enclave côtière, en 2018 et en 2019, quand les habitants de Gaza avaient organisé un mouvement de protestation hebdomadaire dans le no man’s land qui sépare Israël et Gaza. Ces affrontements avaient souvent tourné à la violence ; Israël avait réagi avec force, affirmant que le Hamas utilisait ces rassemblements comme couverture pour commettre des attaques à l’encontre d’Israël.

« Superman » ne serait pas le premier film à susciter l’indignation – ou, a contrario, la satisfaction – en raison des messages véhiculés dans l’œuvre, même s’ils sont involontaires. Ces dernières années, un certain nombre de films ont utilisé ce qui est apparu, aux yeux de certains spectateurs, comme des tropes antisémites : les banquiers gobelins dans la saga « Harry Potter », le méchant des « Schtroumpfs » qui tourmente les petites créatures à la peau bleue, le Pingouin de Danny DeVito dans le film « Batman: Le défi » en 1992, entre autres.

Rien ne prouve que les auteurs de ces films aient sciemment voulu répercuter de tels échos – ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils n’existent pas. La culture populaire est un mélange constant de tropes et d’archétypes, souvent tirés de récits familiers – thématiques bibliques, épopées homériques, légendes arthuriennes. Superman lui-même, le super-héros créé par deux Juifs, Jerry Siegel et Joe Shuster, vient, en quelque sorte, résumer l’histoire de Moïse, l’histoire d’un enfant surdoué envoyé par ses parents dans un pays étranger pour sa sécurité, où il devient un héros. Ses créateurs lui ont même donné un nom kryptonien – Kal-El – qui a non seulement une consonnance hébraïque mais qui peut être traduit par « la voix de Dieu ».

« Superman » s’appuie aussi fortement sur l’idée, aussi vieille que David et Goliath, d’un voisin plus faible qui parvient à repousser les assauts d’un ennemi plus puissant. S’il avait été réalisé il y a 50 ans, le public aurait sans doute vu, dans le long-métrage, des parallèles avec la guerre du Viêt Nam ou avec l’une des nombreuses luttes postcoloniales de l’époque. Et ce n’est pas comme si les États-Unis n’avaient jamais soutenu des despotes, du Salvador au Nicaragua en passant par les Philippines.

Pour de nombreux spectateurs, le conflit israélo-palestinien s’inscrit parfaitement dans ce paradigme, même si les partisans d’Israël le nient avec férocité. Après tout, c’est le Hamas qui a envahi Israël, et non l’inverse, et c’est Israël qui se trouve isolé parmi des pays qui aspirent à sa disparition. Dans « Superman », les États-Unis semblent soutenir la Boravie en partie pour pouvoir vendre et tester des armes sophistiquées qui ont été conçues par Luthor, qui représente le complexe militaro-industriel. Dans la réalité, affirment les partisans d’Israël, les États-Unis sont les amis les plus proches d’Israël en raison des valeurs démocratiques qu’ils ont en commun.

« Superman » a été accueilli par des critiques majoritairement positives, en partie parce que le film allie la sensibilité des dessins animés du samedi matin à des réflexions plus larges sur le pouvoir et sur le populisme. Je comprends la raison pour laquelle les soutiens des Palestiniens ont rattaché le film à leur cause, et je comprends pourquoi les partisans d’Israël n’apprécient pas la comparaison – ni même le fait d’avoir à penser à la guerre en regardant une superproduction estivale qui permet d’échapper un peu à un triste quotidien. Mais si cela peut vous apporter du réconfort – et je ne suis pas persuadé que ce soit le cas – la guerre réelle ne se réglera pas dans les fils de discussion sur les réseaux sociaux ou par des hommes portant un collant. Elle se règlera par les actions et par les décisions des soldats, des politiciens et de tous ceux qu’ils représentent.

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