Sur le nouvel album de U2, un poème de Yehuda Amichai en hommage à un Palestinien assassiné
A l'occasion de la sortie de « Days of Ash », Bono a dénoncé le regain d'antisémitisme, condamné le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 et critiqué la gestion de la guerre par Netanyahu
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Composé de six titres, le nouvel album du groupe de rock irlandais U2, sorti mercredi, comprend pas moins de trois titres en rapport avec Israël. Intitulé « Days of Ash », il constitue la première sortie d’un album par le groupe depuis 2017.
Un des morceaux, intitulé « Wildpeace », est une reprise du poème éponyme du célèbre poète israélien Yehuda Amichai. Lu par l’artiste nigérian Adeola Fayehun, il commence ainsi : « Pas la paix d’un cessez-le-feu / même pas la vision du loup et de l’agneau / mais plutôt ce qui se passe dans le cœur quand la tension retombe / et que l’on ne peut parler que d’une grande lassitude. »
Un autre morceau, intitulé « The Tears of Things », s’inspire du livre éponyme de Richard Rohr, consacré aux prophètes de la Bible, pour inventer une conversation entre Michel-Ange et « David », sa sculpture, sorte de reflet du « conflit » à Gaza, lit-on dans Rolling Stone.
Les paroles ne font pas explicitement allusion à la guerre de Gaza mais on y trouve une mention de la Shoah : « Six millions de voix réduites au silence en seulement quatre ans, la chanson silencieuse de la chrétienté, si forte que tout le monde entend. »
Lors d’une interview publiée dans Propaganda, le fanzine du groupe consacré à la sortie de ce nouvel album, le chanteur de U2, Bono, a évoqué l’antisémitisme, dénoncé le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, déclencheur de la guerre à Gaza, et critiqué la gestion du conflit par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
« C’est la force morale du judaïsme qui a contribué à façonner la civilisation occidentale », a-t-il déclaré.
« Nous n’avons jamais eu autant besoin de la force morale du judaïsme, et pourtant, elle a rarement été aussi mal en point. De mon point de vue forcément limité, le judaïsme, l’une des plus grandes et nobles religions, est calomnié au sein de sa propre communauté par des fondamentalistes d’extrême droite… Je pourrais en dire tout autant au sujet de la chrétienté ou de l’islam », a-t-il dit avant d’ajouter que l’antisémitisme avait « augmenté bien avant le 7-octobre et la guerre qui s’en est suivie à Gaza. »
« Tout comme l’islamophobie, il faut lutter pied à pied contre l’antisémitisme, à chaque fois que nous en sommes témoins. Les viols, les meurtres et les enlèvements d’Israéliens le 7-octobre sont de pures expressions du mal mais la légitime défense ne justifie pas la brutalité généralisée de la riposte de Netanyahu. »
La guerre a entraîné des « conséquences profondes pour la diaspora juive et sa sécurité… Comme si tous les Juifs étaient responsables de ce que font Netanyahu, Smotrich et Ben Gvir », a déclaré Bono en parlant des politiciens israéliens d’extrême droite, le ministre des Finances Bezalel Smotrich et le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir.
« C’est insensé, mais toutes les lignes se brouillent lorsque ceux qui s’élèvent contre la folie de l’extrême droite en Israël sont taxés d’antisémitisme », a-t-il ajouté.
Interrogé sur le reproche qui a pu lui être fait de ne pas s’être exprimé plus fermement contre la situation à Gaza, Bono a déclaré : « J’ai écrit sur Israël et Gaza, mais en termes d’actions, je me suis concentré sur ce que je connais le mieux. »
Un troisième morceau, intitulé « One Life at a Time », fait allusion au documentaire oscarisé « No Other Land » pour parler des démolitions orchestrées par les autorités israéliennes dans le village de Masafer Yatta, en Cisjordanie, mais aussi de la mort d’Awdah Hathaleen, qui a joué dans ce film.
Les paroles ne font pas explicitement référence à Hathaleen, mais le clip vidéo donne à voir la barrière de sécurité israélienne en Cisjordanie, le Dôme du Rocher et le visage de Hathaleen.
Dans cette vidéo, Hathaleen est présenté comme un « mari aimant, père de trois enfants, militant non violent et co-réalisateur du documentaire ‘No Other Land’. » Il y est dit qu’il n’y a « pas eu de justice ni de poursuites contre son meurtrier, malgré la large diffusion des films de l’incident. »
Dans une autre chanson de ce nouvel album, « American Obituary », U2 évoque l’assassinat de Renee Good par des agents de l’immigration américains, le mois dernier. Une autre encore, « Song of the future », rend hommage à un jeune manifestant âgé de 16 ans, tué lors des manifestations en Iran en 2022. Une autre encore, « Yours Eternally », évoque la guerre en Ukraine.
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