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Le patient travail des restaurateurs égyptiens sur les trésors de Toutânkhamon

Plus de 150 conservateurs et 100 archéologues ont travaillé dans le plus grand secret pendant plus d'une décennie pour restaurer des milliers d'objets en vue de l'ouverture du Grand Musée égyptien

Illustration : Le masque en or massif du roi Toutankhamon dans sa vitrine, au Musée égyptien près de la place Tahrir au Caire, en Égypte, le 30 octobre 2013. (Crédit : Nariman El-Mofty/AP)
Illustration : Le masque en or massif du roi Toutankhamon dans sa vitrine, au Musée égyptien près de la place Tahrir au Caire, en Égypte, le 30 octobre 2013. (Crédit : Nariman El-Mofty/AP)

Adolescent, Eid Mertah passait des heures à lire des livres consacrés au roi Toutânkhamon, traçant les hiéroglyphes du doigt, rêvant de tenir un jour entre ses mains le célèbre masque d’or du jeune pharaon.

Il fait aujourd’hui partie des 150 restaurateurs professionnels égyptiens qui travaillent dans les laboratoires de conservation du Grand musée égyptien (GEM) et traitent, entre autres, la précieuse collection d’objets funéraires découverte en 1922 dans une tombe de la vallée des Rois épargnée par les pillards.

« C’est grâce à Toutânkhamon que j’ai choisi d’étudier l’archéologie », confie à l’AFP cet expert de 36 ans.

« Je rêvais de travailler sur ses trésors – et ce rêve s’est réalisé. »

Le public devra patienter encore quelques mois pour découvrir le fruit de son travail : à l’origine prévue le 3 juillet, l’inauguration officielle du GEM et de l’exposition permanente réunissant pour la première fois les quelque 5 000 objets du trésor de Toutânkhamon, a été reportée à la fin de l’année.

Après plusieurs reports liés aux bouleversements politiques et à la pandémie de Covid-19, les autorités égyptiennes ont expliqué ce nouveau délai par les tensions géopolitiques dans la région.

Un archéologue égyptien, équipé d’un équipement de protection individuelle, effectue des travaux de restauration sur le sarcophage en or du pharaon égyptien Toutânkhamon (qui a régné entre 1342 et 1325 avant J.-C.) dans le laboratoire de restauration du Grand Musée égyptien (GEM) nouvellement construit à Gizeh, dans la banlieue sud-ouest de la capitale Le Caire, le 13 avril 2020. (Crédit : Khaled Desouki/AFP/Archives)

« Je pense que nous sommes plus impatients de découvrir le musée que les touristes eux-mêmes », raconte Mohamed Moustafa, un restaurateur lui aussi âgé de 36 ans.

Le bâtiment ultramoderne construit à proximité des pyramides de Gizeh pour un budget de plus d’un milliard de dollars offrira aux visiteurs une expérience rare : observer derrière une paroi vitrée la vie d’un laboratoire de conservation et le travail des experts sur le bateau solaire du pharaon Khéops, vieux de 4 500 ans, selon les informations obtenues auprès de la direction du musée.

« Lorsque les visiteurs parcourront le musée, ils admireront la beauté de ces artefacts. Mais pour nous, chaque pièce est le rappel d’heures innombrables de travail, des débats passionnés et des formations intensives », explique Moustafa.

Le trésor de Toutânkhamon comprend son emblématique masque funéraire en or, des cercueils dorés, des amulettes en or, des colliers de perles, des gants en lin, des statues, des sanctuaires miniatures, des chars cérémoniels, ainsi que deux fœtus momifiés, présumés être ses filles mort-nées.

Nombre de ces objets n’avaient pas été restaurés depuis leur découverte par l’archéologue britannique Howard Carter. Les techniques de conservation employées à l’époque visaient à protéger les objets, mais plus d’un siècle plus tard compliquent leur restauration.

« Immense puzzle »

L’application de cire sur les surfaces en or a permis « de préserver les objets à l’époque », explique Hind Bayyoumi, « mais elle a ensuite masqué les détails que nous souhaitons aujourd’hui révéler au monde ».

Pendant plusieurs mois, cette professionnelle de 39 ans et ses collègues ont minutieusement retiré la cire qui avait, au fil du temps, emprisonné la saleté et terni l’éclat de l’or.

Un archéologue égyptien, équipé d’un équipement de protection individuelle, effectue des travaux de restauration sur le sarcophage en or du pharaon égyptien Toutânkhamon (qui a régné entre 1342 et 1325 avant J.-C.) dans le laboratoire de restauration du Grand Musée égyptien (GEM) nouvellement construit à Gizeh, dans la banlieue sud-ouest de la capitale Le Caire, le 13 avril 2020. Crédit : Khaled Desouki/AFP/Archives)

La restauration a été le fruit d’une coopération étroite entre l’Égypte et le Japon, Tokyo apportant un financement de 800 millions de dollars sous forme de prêts ainsi qu’un soutien technique pour la restauration, le transport et la gestion muséale.

Les restaurateurs égyptiens, formés pour beaucoup par des experts japonais, ont conduit leurs travaux de pointe dans dix-neuf laboratoires spécialisés – bois, métal, papyrus, textile…

La restauration du cercueil de Toutânkhamon – transféré directement depuis sa tombe – s’est révélée une des opérations les plus délicates.

Au laboratoire du bois, la restauratrice Fatma Magdy, 34 ans, a mobilisé loupes et archives photographiques pour réassembler avec soin les fines feuilles d’or.

« C’était comme reconstituer un immense puzzle », confie-t-elle.

« La forme des cassures, le tracé des hiéroglyphes – chaque détail comptait. »

« Strict minimum »

La collection Toutânkhamon a longtemps été éparpillée dans plusieurs sites, notamment le Musée égyptien de la place Tahrir, le musée de Louxor, ainsi que la tombe elle-même, dans la Vallée des Rois. Certains objets ont fait l’objet d’une restauration légère avant leur transfert pour un transport sécurisé.

Une vue aérienne (en bas à gauche) de la grande pyramide de Khéops et (en haut à gauche) du Grand Musée Égyptien (GEM) en construction, dont l’inauguration est prévue dans le courant de l’année, à la périphérie de Gizeh, la ville jumelle de La Cité, capitale de l’Égypte, sur une photo prise le 22 avril 2022. (Crédit : Amir Makar/AFP/Archives)

Avant toute manipulation, les équipes ont procédé à une documentation photographique, à des analyses aux rayons X et à différents tests pour évaluer l’état de chaque pièce

« Nous devions comprendre l’état de chaque objet – les couches d’or, les adhésifs, la structure du bois – absolument tout », explique Mertah, qui a travaillé sur les sanctuaires cérémoniels du jeune pharaon au Musée de la place Tahrir.

La philosophie qui a guidé l’équipe tout au long du processus est de « faire le strict minimum nécessaire – tout en respectant l’histoire de l’objet », explique Moustafa.

« Chaque objet raconte une histoire. »

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