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Les abris publics israéliens redeviennent des lieux de convivialité face au danger imminent

Les Israéliens, épuisés par la guerre, attendent avec impatience la fin du conflit, sans pour autant perdre leur sens de l’humour, alors qu’ils célèbrent Pourim sous les tirs incessants de missiles iraniens

Des Israéliens se réfugient dans un abri public à Tel Aviv alors qu’une sirène retentit pour avertir de l’arrivée de missiles balistiques tirés depuis l’Iran vers Israël, le 1er mars 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)
Des Israéliens se réfugient dans un abri public à Tel Aviv alors qu’une sirène retentit pour avertir de l’arrivée de missiles balistiques tirés depuis l’Iran vers Israël, le 1er mars 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

JTA – L’ambiance est étonnamment joyeuse dans ce grand abri public de Jaffa – avec des conversations animées, des chants et même des vœux ironiques de « joyeuses fêtes iraniennes ». Une bande-son qui paraît quelque peu incongrue alors que les États-Unis et Israël mènent leur attaque conjointe contre l’Iran et que des centaines de missiles ont été tirés en riposte.

L’abri semble beaucoup plus accueillant que la plupart des autres. Avec sa piscine à balles et ses matelas Gymboree aux couleurs vives, il rappelle sa fonction habituelle en temps de paix, lorsqu’il sert de maternelle.

La veille, il s’est également transformé en lieu de célébration improvisé : une bar-mitsva s’y est tenue lorsque les fidèles de la synagogue située de l’autre côté de la rue s’y sont réfugiés au moment d’une alerte.

Dans l’abri, les résidents du quartier – une grande partie ayant la double nationalité américaine et israélienne – forment un groupe particulièrement bruyant. Parmi eux, Steph Graber affiche une bonne humeur surprenante malgré l’épuisement causé par les courses répétées vers le refuge, en pleine nuit.

« Je ne sais pas trop pourquoi, c’est peut-être l’adrénaline de la guerre ou un truc comme ça », confie-t-elle en cette matinée de dimanche. « Mais en tout cas, c’est incroyable de voir les États-Unis et Israël, deux alliés, unir leurs forces pour contrer la menace iranienne. »

Graber ajoute qu’elle s’était d’abord réfugiée dans un autre abri, mais qu’elle a ensuite profité d’une courte accalmie entre deux sirènes pour rejoindre celui-ci. Elle explique qu’elle n’a pas voulu manquer ce qui se passait avec ses amis – anxieuse de savoir si elle allait rater quelque chose.

Martine Berkowitz, une amie de Graber, indique parvenir, elle aussi, à tenir le coup grâce à la communauté qui l’entoure. Les sirènes perturbent les gestes les plus simples du quotidien, dit-elle, y compris prendre une douche. Elle a essayé à cinq reprises – en vain.

Steph Graber, au premier plan, assise dans un abri public à Jaffa, en Israël, le 1er mars 2026. (Crédit : Deborah Danan/JTA)

« Mes amis vivent tous dans mon quartier, donc ça va. Nous sommes ensemble tout le temps », s’exclame-t-elle. Lors de la dernière escalade avec l’Iran, au mois de juin dernier, elle ne disposait pas d’un tel cercle d’amis à proximité. « Être seule à ce moment-là, ça a été très difficile », a-t-elle ajouté.

Cette ambiance ne se limite pas à Jaffa. Des scènes similaires se déroulent dans des abris à travers tout le pays, et elles ont été largement partagées sur les réseaux sociaux. À Nahlaot, à Jérusalem, des habitants ont entonné l’une des chansons de Pourim, La-Yehudim hayta ora ve-simcha ve-sason vi-kar (« Pour les Juifs, il y eut lumière, joie, allégresse et honneur »), qui célèbre ce moment de bascule de l’Histoire, alors que le complot d’Haman, qui cherche à exterminer les Juifs, est mis en échec. Le parallèle avec la situation actuelle, alors que les Juifs se retrouvent une fois encore confrontés à un dirigeant perse ayant appelé à leur mort, n’échappe à personne.

Dans un vaste parking souterrain transformé en refuge au centre Dizengoff, au cœur de Tel Aviv, les prières de Shabbat laissent place à des danses et à des chants comme Al tira Yisrael (N’aie pas peur, ô Israël), ou encore, Am Yisrael Chai (Le peuple d’Israël vit). Saul Sadka, qui se trouve sur place, diffuse une vidéo des fêtards accompagnée de la légende « Joie et stoïcisme ».

Sadka explique avoir été frappé par le « sentiment de solidarité » qui règne dans l’abri. Il rappelle également qu’il s’agit de Shabbat Zachor, ce jour où les Juifs lisent le passage biblique évoquant Amalek, l’ennemi juré qu’ils ont pour devoir de ne jamais oublier. « Les gens semblent prêts à supporter cela pendant un certain temps si cela peut conduire à la défaite du CGRI », déclare-t-il.

Des familles se préparent à passer la nuit dans un abri public dans le centre de Jérusalem, alors que la guerre avec l’Iran fait rage et que les tirs de missiles vers Israël se poursuivent, le 1er mars 2026. (Crédit : Rachel Alroey/Flash90)

Dans un autre abri anti-bombe à Tel Aviv, la tonalité est moins pieuse. Il s’est transformé, en effet, en discothèque improvisée avec des lumières rouges, un DJ et des gens qui dansent.

Dans l’une des nombreuses vidéos humoristiques circulant en ligne sur la vie dans les abris, un comédien plaisante : « Le peuple d’Israël vit », mais seulement tant que l’abri « a du WiFi et que les iPad ont encore de la batterie ».

Natalie Silverlieb se trouve, quant à elle, dans le mamak, la salle sécurisée commune renforcée qui est située à l’étage de son immeuble. Elle explique que la logistique des alertes répétées est devenue bien plus difficile depuis qu’elle est mère.

« Faire ça avec un bébé, c’est de la folie », confie-t-elle dans la pièce bondée de bébés et des chiens des habitants. Elle et son compagnon ont essayé de mettre en place un système pour que leur enfant se rendorme rapidement après chaque alerte.

« Je suis tellement, tellement épuisée », s’exclame-t-elle. « La dernière fois que j’ai vécu ça seule, je pouvais au moins rentrer chez moi et m’allonger sur le canapé. Mais maintenant, c’est impossible. C’est du non-stop. »

Pour Silverlieb, l’incertitude des dernières semaines n’a pas disparu. Elle a simplement changé de forme.

« Attendre que cela se termine est plus stressant qu’attendre que cela commence », dit-elle. « J’espère juste que cela se terminera rapidement. C’est beaucoup, tout simplement. »

Dans une épicerie voisine, une nouvelle sirène, la trentième environ en autant d’heures, fait fuir les clients. Dans l’immeuble résidentiel voisin, l’abri situé au rez-de-chaussée est délabré et dépourvu de porte. Des enfants jouent au limbo avec un morceau de tissu rouge.

Une femme se met à vanter les mérites de HAAT, un nouveau service de livraison principalement géré par des Arabes israéliens qui, selon elle, fait concurrence à Wolt. Plusieurs personnes sortent leur téléphone pour télécharger l’application, tout en plaisantant : Le service livrera-t-il dans les abris, pendant les sirènes ?

En raison du ramadan, les musulmans d’Israël sont eux aussi particulièrement éprouvés, entre jeûne et tirs de missiles.

Dans un abri situé dans un immeuble de Jaffa, les résidents discutent pour savoir si le nouveau service de livraison livrera pendant les sirènes, le 1er mars 2026. (Crédit : Deborah Danan/JTA)

Sasha, qui vit dans l’immeuble, dit être « à moitié soulagée » que l’attente soit enfin terminée. Elle plaisante en expliquant que les allers-retours répétés dans les escaliers lui permettent au moins d’atteindre son objectif quotidien de 10 000 pas. Mais, ajoute-t-elle, « cela ne servira à rien si le régime [iranien] ne tombe pas ».

Ukrainienne d’origine, elle explique que grandir sous le régime soviétique lui a appris ce que signifie vivre sans liberté. « Nous voulons voir le peuple iranien libre et un Moyen-Orient meilleur pour tous. »

Evyatar estime, pour sa part, qu’il est peu probable que le régime tombe « à moins que les citoyens iraniens eux-mêmes ne finissent le travail ».

Maor, un autre voisin, indique qu’il serait « heureux de rester dans mon abri anti-bombes si cela pouvait donner à mes amis iraniens, en Iran comme à l’étranger, une chance de mener une vie normale ». Il évoque l’exemple d’un ami tatoueur à Téhéran, un métier interdit sous le régime.

« Je veux dire, il ne peut même pas tatouer quelqu’un ouvertement sans devoir travailler dans la clandestinité », dit-il. « Je suis stupéfait par les gens qui applaudissent le CGRI. Ceux qui affirment que cette guerre est illégale ont perdu la tête. »

Evyatar raconte avoir commencé la journée de samedi en ressentant une grande nervosité, ajoutant qu’il s’est calmé au fil des heures, en observant le rythme des frappes. Les alertes sont beaucoup plus fréquentes que pendant la guerre de douze jours, mais les explosions semblent moins intenses.

« Au début, j’avais peur, comme si c’était à nouveau le mois de juin. » Avec le temps, dit-il, il a appris à distinguer les bruits des interceptions, des éclats d’obus et des impacts directs.

Alors qu’il parle, une forte détonation retentit à l’extérieur, faisant trembler l’abri et interrompant la conversation.

« Ça, par exemple, c’était un bruit du mois de juin », dit-il.

Il s’agit en réalité d’un éclat d’obus tombé non loin de là. L’impact est entré dans le cadre d’une série d’attaques plus larges à travers tout le centre d’Israël – une a été particulièrement meurtrière à Beit Shemesh, à l’ouest de Jérusalem, où un abri public a été touché.

Neuf personnes ont été tuées, dont plusieurs membres de différentes familles. Des dizaines d’autres ont été blessées et certaines personnes sont toujours portées disparues.

Des secouristes et des militaires interviennent sur les lieux où plusieurs personnes ont été tuées par une frappe de missile iranien à Beit Shemesh, le 1er mars 2026. (Crédit : Leo Correa/AP)

À Beit Shemesh, la frappe a profondément changé l’atmosphère d’une ville qui, jusque-là, n’avait connu que des sirènes occasionnelles, tant lors de cette série d’attaques que lors de la précédente.

Netanel Alkoby, habitant de Beit Shemesh et ancien réserviste pendant douze ans au sein du commandement du Front intérieur, explique qu’il a toujours pris les alertes au sérieux, mais qu’avec le temps une certaine forme de relâchement s’est installée. La frappe, dit-il, « a profondément changé notre perception des choses », nous obligeant à être plus prudents, plus vigilants et à traiter chaque alerte « avec le plus grand sérieux ».

Dans l’abri souterrain de l’hôpital Wolfson à Holon, une pancarte indique : « L’abri le plus sûr qui existe ». Les patients y entrent en boitant, certains avec des plâtres et des béquilles. Les médecins s’y réfugient également, et plusieurs patients en profitent pour les aborder et leur poser des questions.

Une employée raconte avoir vu une file de femmes se former pour parler à un médecin. « Le pauvre, il ne peut même pas profiter de la sirène en paix », plaisante-t-elle.

De retour dans l’abri central de Jaffa, un couple vêtu de cuir noir et portant des lunettes de soleil se tient à l’écart de l’ambiance légère et des plaisanteries qui se font entendre.

Des Israéliens se réfugient dans un abri public à Tel Aviv, alors qu’une sirène retentit pour avertir de l’arrivée de missiles balistiques tirés depuis l’Iran vers Israël, le 1er mars 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

« La peur et la terreur que ressentent actuellement les citoyens israéliens sont le résultat direct de ce gouvernement fasciste, violent, raciste, islamophobe, avide de pouvoir et cupide », déclare la femme, qui refuse de donner son nom, faisant référence à la coalition dirigée par Netanyahu.

Interrogée sur l’attaque contre l’Iran, elle répond : « Je pense que c’est une mauvaise idée d’attaquer qui que ce soit en 2026. Nous apprenons aux enfants à ne pas se battre, et pourtant ce sont des hommes adultes qui font cela, nous entraînant tous dans cette situation. »

« Il est temps que nous retirions le pouvoir à ces hommes blancs vieillissants », ajoute-t-elle.

À proximité, Martine Berkowitz se montre en partie d’accord.

« Oui, ils se comportent comme des enfants en bas âge. Et ce sont des hommes blancs vieillissants qui combattent des hommes bruns diabolisés. Si cela apporte la liberté à l’Iran, alors cela en vaudra peut-être la peine. Mais si ce n’est pas le cas, alors tout cela n’aura servi à rien. »

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