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Les donateurs, acteurs de la défense de la biodiversité grâce au modèle de crowdfunding d’une ONG israélienne

Ces dix dernières années, TiME a acheté 13 km carrés de terres dans des zones sensibles abritant des espèces menacées, affirmant que chaque dollar donné rapporte 200 fois plus

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

L'ours andin (à lunettes) (photographié ici au Pérou) parcourt la région amazonienne du Putumayo en Colombie, dont TiME tente d'acquérir une partie cette année. (Crédit : BluesyPete, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)
L'ours andin (à lunettes) (photographié ici au Pérou) parcourt la région amazonienne du Putumayo en Colombie, dont TiME tente d'acquérir une partie cette année. (Crédit : BluesyPete, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

Une ONG israélienne qui s’est donné pour mission de collecter des fonds afin d’acheter des terres accueillant une biodiversité menacée a, au cours de la dernière décennie, permis de protéger 100 espèces en danger dans six pays.

Ces neuf dernières années, les projets menés par l’organisation This Is My Earth (TiME) ont permis de réunir plus de 580 000 dollars et de sauver plus de 13 kilomètres carrés de terres d’une importance essentielle à travers le monde, contribuant à agrandir ou à relier des zones protégées, à créer des couloirs pour la migration des animaux, ainsi qu’à préserver de vastes territoires dans lesquels peuvent évoluer différents prédateurs, comme des aigles et des grands félins.

L’acquisition de terres participe à réduire la déforestation, ainsi qu’à dissuader les bûcherons, chasseurs et occupants illégaux. Un projet marin mis en place, il y a quelques années, sur un atoll proche de Belize City, en Amérique centrale, a ainsi contribué à décourager les pratiques de pêche non durables et l’extraction des ressources, ainsi que le développement et le dragage.

Chaque année, plusieurs projets sont soumis au vote des adhérents, qui peuvent ainsi choisir quels habitats menacés pourront être sauvés. Pour adhérer à l’organisation, il faut régler au minimum 1 dollar par an. Aujourd’hui, l’organisation compte plus de 7 000 membres et mène sa 10e campagne.

« Enseigner sans agir concrètement n’est pas logique » 

L’organisation TiME est une création originale d’Uri Shanas, titulaire d’un doctorat en zoologie de l’université de Tel Aviv qui, après un stage postdoctoral à l’université Columbia, a rejoint le département de biologie et d’environnement de l’université de Haïfa-Oranim.

Shanas a commencé à enseigner la préservation de la nature il y a environ 25 ans, choqué par le rythme des extinctions.

« J’ai fini par prendre conscience des choses, et par me dire : ‘Attends, ce n’est pas logique que j’enseigne sans rien faire pour remédier à ce que je dénonce’, » se souvient Shanas.

Uri Shanas, lors d’une excursion avec le peuple autochtone Higa-onon de la forêt tropicale du mont Sagyaan aux Philippines, le 20 juillet 2025. (Crédit : Autorisation d’Uri Shanas)

En 2015, il a fondé TiME, la première organisation internationale, démocratique, bénévole, à financement participatif et à but non lucratif au monde, avec l’objectif d’acheter des terres riches en biodiversité, mais menacées par les extinctions en cours.

Selon des informations du Fonds mondial pour la nature (WWF), la taille moyenne des populations d’animaux sauvages suivies par la Zoological Society of London a chuté de 73 % en seulement 50 ans, entre 1970 et 2020.

C’est la biodiversité – ou diversité des organismes vivants – qui permet à la Terre de préserver la pureté de l’air et de l’eau, de produire des ressources alimentaires et de réguler le climat. Mais la pollution menace gravement l’air et l’eau, certains pollinisateurs sont en déclin et le changement climatique est en cours, entraînant l’apparition de phénomènes extrêmes parmi lesquels des incendies, des canicules et des inondations.

Le changement climatique est dû à des activités humaines telles que la déforestation, l’agriculture et notamment l’élevage, ainsi que d’autres modifications dans l’emploi des terres, libérant dans l’atmosphère le carbone stocké dans des environnements comme les forêts. Sont également responsables l’utilisation de combustibles fossiles (pétrole, charbon et gaz) pour la production d’électricité, dans les transports et dans l’industrie.

Le déclin des populations animales est quant à lui favorisé par le changement climatique, ainsi que par la perte et la dégradation des habitats fauniques, par la surexploitation des ressources, par les espèces invasives et par les maladies.

L’espèce d’orchidée Dracula lemurella de Colombie, classée comme en danger critique d’extinction sur la Liste rouge de l’UICN, pousse dans la réserve naturelle colombienne de Los Magnolios. (crédit : Autorisation de SalvaMontes, Colombie)

« Ce qui est extraordinaire et assez incroyable, c’est que chaque dollar donné à TiME permet de sauver environ 24 mètres carrés de forêt. C’est un excellent taux de conversion, et c’est grâce à notre modèle. Si vous vous souciez de la nature, vous ne trouverez pas de meilleur investissement. »

Le choix du public

Chaque année, le site Internet de TiME propose trois projets. Les adhérents peuvent alors voter pour le projet de leur choix jusqu’au 31 décembre à minuit. Toutes les voix ont le même poids, quel que soit le montant versé par chaque membre. Les fonds collectés sont ensuite répartis entre les projets en fonction de la proportion des votes remportés par chacun. Si les fonds réunis sont insuffisants pour acheter des terrains pour les projets les moins populaires, ceux-ci peuvent être mis en attente jusqu’à ce que le montant minimum soit atteint, ou bien versés dans le pot commun pour un projet choisi par la majorité.

Cette année, les adhérents devront élire un projet parmi plusieurs aux Philippines et en Colombie.

L’un des projets concerne le mont Sagyaan, aux Philippines, une zone menacée par les mineurs, les bûcherons, les propriétaires de plantations en monoculture et les promoteurs immobiliers. Le projet prévoit l’achat de 50 hectares de forêt tropicale montagneuse vierge. L’objectif est de contribuer à sauver ce lieu où vit le peuple autochtone Higa-onon, de préserver sa culture fondée sur la nature, ainsi que de protéger la faune locale en danger. Le risque, si ce terrain n’est pas acheté à des fins de conservation, est que des étrangers tentent de persuader les tribus locales de le vendre.

Un tarsier des Philippines, l’un des plus petits primates, classé comme quasi menacé sur la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature, photographié dans la forêt tropicale du mont Sagyaan aux Philippines. Les chasseurs et les trappeurs secoueraient ces petites créatures pour les faire tomber des arbres ou couperaient les branches. (Crédit : Irit Shanas)

Un autre projet prévoit d’acquérir 246 hectares dans la réserve naturelle de Los Magnolios, en Colombie. L’objectif est d’agrandir la réserve et de créer un couloir pour les espèces menacées et endémiques comme l’opossum de Handley, en danger critique d’extinction, et le pinché brun argenté, vulnérable. L’exploitation de la forêt aux fins d’extraction du bois, de production de charbon et d’extension des pâturages pour l’élevage bovin sont les principales causes de la fragmentation importante et de la disparition progressive de cet habitat. À défaut d’achat de ces terres, les forêts seront encore dégradées et fragmentées au cours des dix prochaines années, rendant impossible à l’avenir la survie de certaines espèces endémiques menacées.

Un membre du peuple Embera Chami dont les terres en Colombie sont vendues pour des contrats pétroliers, miniers ou forestiers. (Crédit : Autorisation du peuple Embera Chami)

Un troisième projet concerne une jungle dense de 20 à 80 hectares, à la frontière du site riche en biodiversité des Andes équatoriales, en Colombie. Cette jungle fait partie du couloir du jaguar des Andes équatoritales, et constitue l’un des derniers domaines vitaux de l’ours andin, une espèce vulnérable. Elle abrite environ 8 803 espèces endémiques. On y recense au moins 20 espèces classées comme menacées ou vulnérables. Dans certaines de ses zones, la région amazonienne du Putumayo a connu un taux de déforestation annuel de 16 % dû à des activités légales et illégales, notamment l’extraction pétrolière, l’exploitation minière, l’exploitation forestière et le trafic de stupéfiants. Les chefs autochtones de la région ont demandé que l’aide soit accordée au groupe indigène des Embera Chami, dépossédé de ses terres, afin qu’il puisse acquérir des terrains pour créer une réserve. Ces terres, si elle ne sont pas achetées, seront vendues aux enchères dans le cadre de contrats pétroliers, miniers ou forestiers.

Un meilleur retour sur investissement

En 2024, TiME a lancé un projet avec l’université de Haïfa. L’objectif est de calculer la valeur économique de ses activités, afin d’une part de s’assurer que ses ressources limitées seront réellement affectées aux domaines où elles seront les plus utiles, et d’autre part de toucher de nouveaux publics peut-être pas encore conscients de la valeur de la conservation pour les êtres humains.

Les conclusions, inflation incluse, démontrent que, globalement, chaque dollar américain investi par TiME dans un habitat génère une valeur de 212,80 dollars, dont 120,60 dollars reviennent à la communauté locale.

Les particuliers et les organisations étrangers souhaitant acquérir des terres à des fins de préservation de l’environnement doivent remplir des formulaires détaillés, et se soumettre à l’examen approfondi d’un comité consultatif scientifique composé d’experts internationaux.

Les jaguars, comme celui photographié ici dans le Pantanal brésilien, sont une espèce quasi menacée à l’état sauvage. L’un des trois projets de TiME cette année consiste à acheter une parcelle de terrain dans la région amazonienne du Putumayo, qui abrite des jaguars et où vit un groupe autochtone dépossédé de ses terres, les Embera Chami. (Crédit : Charles J. Sharp de Sharp Photography, sharpphotography.co.uk, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)

Selon l’organisation, le succès d’un projet à long terme dépend de l’implication des personnes vivant dans et autour des forêts. Das cette optique, les terres sont donc achetées au nom de populations ou d’organisations locales – une caractéristique essentielle de l’organisation.

Des enfants de l’école primaire Bi’ne B, près de Deir el-Asad, dans le nord d’Israël, se pressent autour d’un iguane, le 28 novembre 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Outre l’acquisition de terres, TiME propose aux élèves et aux étudiants des programmes de cours sur le changement climatique et la préservation de la nature.

Tous les dons sont affectés aux projets. TiMe ne dispose d’aucun budget pour les déplacements, a expliqué Shanas, ajoutant avoir financé avec ses propres fonds ses récents voyages aux Philippines et à Bornéo, où il s’était rendu pour découvrir les sites des projets. Les autres dépenses, telles que le site Internet, sont financées par les membres du conseil d’administration, ainsi que par des fonds externes collectés à cette fin. Des conférences, ainsi que les règlements versés par les autorités locales pour les activités éducatives, permettent de récolter des fonds supplémentaires.

« En principe, nous ne nous rendons pas sur place pour visiter les régions concernées, et nous n’encourageons pas les voyages. Nous faisons confiance aux bénévoles et aux organisations locales que nous avons soigneusement sélectionnés », explique Shanas. « J’essaie de me rendre sur l’un des projets une fois par an, à mes propres frais. »

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