Les Houthis peuvent-ils se permettre de rejoindre la guerre au Moyen-Orient ?
Le groupe terroriste chiite yéménite a choisi son camp, mais n'a pas encore pris part aux hostilités, malgré sa position stratégique dans le Golfe
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Fusils d’assaut, affiches du défunt guide suprême iranien Ali Khamenei et slogans « Mort à l’Amérique », « Mort à Israël » : Le groupe terroriste chiite des Houthis soutenu par la République islamique d’Iran, a choisi son camp dans le conflit au Moyen-Orient, mais n’a pas encore pris part aux hostilités, malgré sa position stratégique dans le Golfe.
Ces terroristes, qui contrôlent de larges pans du Yémen et sa capitale, Sanaa, depuis 2014, vont-ils se joindre à leur allié iranien dans la guerre contre les États-Unis et Israël ?
Depuis le déclenchement du conflit le 28 février, ils organisent régulièrement des manifestations à Sanaa, où leurs partisans défilent pour soutenir la République islamique en scandant « mort à l’Amérique, mort à Israël ».
« En ce qui concerne l’escalade et l’action militaire, nous avons le doigt sur la gâchette et nous sommes prêts à répondre à tout moment si les événements l’exigent », a assuré début mars leur chef, Abdel Malik al-Houthi.
Depuis leurs positions montagneuses dominant la mer Rouge, les Houthis pourraient facilement s’en prendre aux navires, alors que le détroit d’Ormuz, de l’autre côté du golfe d’Oman, est bloqué quasiment totalement par Téhéran, dans une région stratégique pour le pétrole mondial.
Un tir de leur part pourrait encore davantage secouer les marchés mondiaux.
« Les Houthis se maintiennent en position, affichent leur disponibilité et gardent leurs options ouvertes tout en évitant une riposte immédiate des États-Unis ou d’Israël », analyse Mohammed al-Basha, du cabinet américain de conseil en risques Basha Report, auprès de l’AFP.
Éviter Ormuz
Selon une carte de la société d’analyse Kpler, de nombreux pétroliers évitent Ormuz et se précipitent vers les terminaux d’exportation du port saoudien de Yanbu, sur la mer Rouge, pour remplir leurs cales gigantesques.
Un réseau de pipelines part de là pour traverser la péninsule arabique et relier les réservoirs, les raffineries et les champs pétrolifères à la mer Rouge, fournissant jusqu’à sept millions de barils de pétrole par jour au marché mondial.
En réaction à la guerre contre le Hamas dans la bande de Gaza, déclenchée par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien le 7 octobre 2023, les Houthis avaient ralenti le trafic en mer Rouge et dans le canal de Suez à coup de drones et missiles.
Ces opérations avaient fait grimper les coûts d’assurance, incitant de nombreux transporteurs à privilégier la navigation par la pointe sud de l’Afrique.
« Quand les Houthis commenceront-ils à attaquer les infrastructures pétrolières le long de la mer Rouge, à la demande de l’Iran ? », s’interroge Malcolm Davis, de l’Australian Strategic Policy Institute, sur le réseau social X.
Les calculs des Houthis restent complexes, relèvent des analystes.
S’ils sont certes soutenus par la République islamique d’Iran, ils sont issus d’un courant différent du chiisme et sont moins idéologiquement liés au groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah et à certaines milices armées chiites irakiennes. Ils jouissent également depuis longtemps d’une plus grande indépendance vis-à-vis de Téhéran.
Et s’ils ont constitué, sur fond de guerre civile débutée il y a plus de dix ans, un arsenal de missiles sophistiqués et des drones capables de frapper des cibles situées à des centaines de kilomètres des frontières du pays, ils ont été durement touchés par des séries de frappes aériennes américaines et israéliennes après le 7-Octobre.
Surtout, alors qu’une trêve avec le gouvernement yéménite est en vigueur depuis 2022, elle reste fragile : toute attaque en direction de la mer Rouge signifierait une rupture dans les relations avec l’Arabie saoudite, qui soutient les autorités yéménites.
Cela impliquerait également de renoncer aux milliards que le royaume saoudien pourrait apporter pour reconstruire le Yémen, ainsi qu’à un éventuel futur accord avec le gouvernement.
S’impliquer dans le conflit déclencherait également une nouvelle riposte des États-Unis et d’Israël.
Or après plus d’une décennie de guerre, les Yéménites « sont épuisés et à bout », confie à l’AFP un avocat de 32 ans à Sanaa, qui a requis l’anonymat.
« Ils n’ont pas les moyens d’acheter des vêtements, de se soigner, ni même de se nourrir et de boire, et ils ne peuvent absolument pas supporter une nouvelle guerre », ajoute-t-il.
« Ce sont les gens qui paieraient le prix d’une telle implication », estime une mère au foyer de 40 ans originaire de Hodeida, une ville portuaire stratégique située sur la mer Rouge, qui craint « destruction, peur et vies innocentes perdues sans raison ».
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