Les Juifs britanniques inquiets face à l’ascension des Verts et de candidats accusés d’antisémitisme
Les résidents juifs de Hackney, dans l'est de Londres, expriment leur trouble alors que le parti écologiste a remporté la mairie et pris le contrôle du conseil municipal ; d'autres candidats mis en cause pour haine antijuive ont été élus ailleurs
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Certains Juifs britanniques ont exprimé leur inquiétude alors que des partis appartenant aux deux extrêmités du spectre politique ont remporté des victoires majeures lors des élections locales qui ont eu lieu à travers tout le Royaume-Uni, portant au pouvoir plusieurs candidats qui ont tenu des propos antisémites et qui ont défendu des théories du complot anti-israéliennes.
Le borough de Hackney, dans l’Est de Londres, a entraîné une préoccupation particulière, les Verts d’extrême gauche et anti-israéliens ayant gagné dans la course à la mairie et ayant pris le contrôle du conseil municipal. Des dizaines de milliers de juifs ultra-orthodoxes vivent dans le quartier de Stamford Hill à Hackney – qui accueille la plus grande concentration de Juifs haredim en Europe.
Le parti anti-immigration Reform et les Verts ont tous les deux fait une percée lors des élections de jeudi – au détriment principalement du Parti travailliste au pouvoir et du principal parti d’opposition, le Parti conservateur, à un moment de l’Histoire où les Juifs du Royaume-Uni sont de plus en plus menacés.
Le leader juif du parti des Verts, Zack Polanski, a consacré une partie importante de sa campagne à s’opposer à Israël. Il avait « liké » une publication, sur les réseaux sociaux, qui laissait entendre que le Premier ministre Keir Starmer était à la solde des sionistes.
« La Palestine est l’un des enjeux du scrutin », avait dit Polanski à la BBC le jour des élections. Alors qu’il lui était demandé s’il pensait qu’Israël avait le droit d’exister, il avait répondu : « Je ne pense pas qu’un pays ait le droit d’exister. Ce sont les personnes qui ont le droit d’exister ».
Il avait également affirmé que débattre de la question du droit à l’existence d’Israël « revient, en définitive, à faire du gatekeeping – ce qui explique en partie comment nous nous sommes retrouvés dans ce pétrin en premier lieu, avec la déclaration Balfour », faisant référence à la déclaration qui avait été faite par le gouvernement britannique en 1917, quand il s’était déclaré en faveur d’un foyer national juif en Palestine.
Le parti de Polanski a été impliqué dans une série de scandales antisémites et de nombreux candidats issus de sa faction ont tenu des propos antisémites et anti-israéliens sur les réseaux sociaux. A l’approche des élections, les Verts auraient ouvert une enquête sur une trentaine de leurs propres candidats, mis en cause pour antisémitisme.
Les Juifs britanniques ont dû faire face à une vague d’attaques terroristes et antisémites à l’échelle nationale, avec notamment l’agression à l’arme blanche de deux hommes juifs qui s’est produite dans le quartier londonien de Golders Green, la semaine dernière, et une série d’incendies criminels qui ont visé des synagogues et d’autres lieux juifs. Au mois d’octobre, un agresseur avait projeté son véhicule dans un groupe de personnes qui étaient rassemblées devant une synagogue de Manchester, poignardant mortellement un homme.
Polanski a critiqué la police pour son recours à la force lors de l’arrestation d’Essa Suleiman, le suspect qui a été mis en examen pour l’attentat terroriste survenu à Golders Green. Ses propos ont entraîné une réplique cinglante du chef de la police londonienne, Mark Rowley.
Le parti populiste Reform UK, dirigé par Nigel Farage, fervent défenseur du Brexit, a remporté 1 442 sièges au conseil et il a pris le contrôle de 14 conseils municipaux, a signalé la BBC. Les Verts ont gagné 374 sièges et ils ont pris le contrôle de 4 conseils municipaux. Ils ont aussi été victorieux dans le cadre de deux élections municipales.
Les Travaillistes et les Conservateurs ont perdu respectivement 1 406 et 557 sièges.
Résultats à Hackney
Dans la course à la mairie de l’arrondissement de Hackney, au nord de Londres – où vivent quelque 30 000 résidents juifs ultra-orthodoxes – la candidate du parti des Verts, Zoe Garbett, a remporté le siège après 24 ans de domination du Labour au sein du conseil, a signalé le Jewish Chronicle.
Dans son discours de victoire, où elle a remercié ses électeurs, Zoe Garbett a dit que ces derniers en avaient « assez des politiciens… qui soutiennent le génocide », faisant référence aux accusations généralisées qui laissent entendre qu’Israël aurait commis un génocide dans le cadre de la guerre menée contre le Hamas à Gaza, une guerre qui avait été déclenchée par le pogrom perpétré par le groupe terroriste en Israël, le 7 octobre 2023.
Au cours de son mandat de conseillère municipale, Garbett avait soutenu une motion appelant à rompre les liens avec Israël, affirmant : » Je veux être très claire sur ce dont nous parlons… un génocide, l’apartheid, un système d’oppression et de domination appliqués à l’encontre du peuple palestinien ». Une motion visant à modifier la politique du parti, qui aurait permis d’assimilier le sionisme au racisme, n’avait finalement pas été adoptée lors de la conférence de printemps de la formation politique, au mois de mars dernier. Israël nie avec véhémence les allégations de génocide à Gaza.
Plusieurs candidats à des postes de conseillers municipaux des Verts qui avaient écrit des messages extrémistes sur les réseaux sociaux ont également été élus à Hackney.
L’une des élues, Ifhat Shaheen, avait estimé que les atrocités commises par le Hamas, le 7 octobre 2023, étaient une tentative de « se défendre » de la part des Palestiniens.
4. The trouble with the Green party’s Ifhat Shaheen | The Spectator https://t.co/TTJtZN5S8n
— Badger (@badger617873) April 29, 2026
Zehava, une résidente juive de Hackney, confie au Jewish Chronicle : « Je m’inquiète beaucoup de ce qui va se passer ensuite. Malheureusement, la majorité des gens qui se trouvent autour de moi préfèrent faire l’autruche. J’ai vraiment l’impression que nous allons vivre quelques années difficiles ».
Elle note que la nouvelle maire de Hackney, « Garbett, a déclaré qu’elle n’était pas satisfaite de la manière dont la police a pris en charge le droit de manifester contre le ‘génocide à Gaza' », et elle dit craindre une recrudescence de l’antisémitisme. « Je suis très inquiète. Cette idée que le sionisme serait équivalent au racisme va, à mon avis, aggraver considérablement les crimes de haine ».
Un habitant ultra-orthodoxe de Hackney fait part au Chronicle de ses inquiétudes face au fait que la politique locale est actuellement dominée par « des débats clivants sur le Moyen-Orient », qui font entrer les conflits internationaux au sein de la communauté.
Un autre candidat des Verts, Mohammed Suleman, qui avait été suspendu du parti à l’approche des élections, a néanmoins été élu à Newcastle. Suleman avait été sanctionné après avoir partagé, sur des réseaux sociaux, des propos qui laissaient entendre que « Israël tue des bébés pour le plaisir » ainsi qu’une vidéo TikTok qui prétendait que des prisonniers de guerre juifs pendant la Seconde Guerre mondiale avaient été prêts à enterrer vivants des prisonniers soviétiques sur ordre des nazis.
Dans la course au conseil municipal de Barnet, dans une banlieue du nord de Londres, c’est Charli Thompson qui a remporté le seul siège des Verts, tandis que les Conservateurs et les Travaillistes ont gagné 31 sièges chacun.
Selon Jewish News, Charli Thompson avait qualifié ce média « d’ignoble » lorsque ce dernier lui avait demandé de clarifier ses publications sur les réseaux sociaux concernant l’antisémitisme.
Deux autres candidates des Verts,Sabine Mairey et Saiqa Ali, en lice pour des sièges dans le borough de Lambeth à Londres, avaient été arrêtées par la police métropolitaine le mois dernier, « soupçonnées d’incitation à la haine raciale en ligne », une infraction au titre de la loi britannique sur l’ordre public, en raison de leurs publications sur internet.
Mairey avait écrit un post qui affirmait que « percuter une synagogue n’est pas de l’antisémitisme, c’est de la vengeance », et Saiqa Ali avait partagé l’image d’un homme armé portant un bandeau du Hamas avec le slogan « La résistance, c’est la liberté ».
Ali a été élue au conseil. Le siège de Mairey faisait l’objet d’un recomptage au moment de la rédaction de cet article.
Le négationniste de Reform UK
Des inquiétudes ont également été exprimées concernant certains candidats élus du parti Reform, qui ont été accusés d’antisémitisme et de racisme.
Dans le Merseyside, au nord-ouest de l’Angleterre, le candidat du Reform UK Jay Leslie Cooper, négationniste et adepte des théories du complot, a remporté un siège dans la circonscription de Bootle West du conseil municipal de Sefton, a rapporté Jewish News.
Cooper aurait écrit, l’année dernière, sur Facebook que « la Shoah [sic] est un canular. Il n’y avait même pas [sic] 6 millions de Juifs en Europe à l’époque. De la propagande ».
Dans l’Essex, dans l’est de l’Angleterre, le candidat de Reform UK, Stuart Prior, a remporté un siège au conseil municipal de Rochford. Le mois dernier, Stuart Prior avait été accusé d’avoir fait l’éloge du viol de femmes sikhes, d’avoir qualifié les musulmans de « rats » et d’avoir écrit des messages sur « la race supérieure » sur les réseaux sociaux.
Farage, 61 ans, et son parti populiste sont depuis longtemps accusés de flirter avec le racisme – ce que lui et son parti ont nié. D’anciens camarades de classe ont affirmé que Farage avait fait le salut nazi, qu’il avait plaisanté sur les chambres à gaz et qu’il avait déclaré « Hitler avait raison », entre autres expressions de soutien au nazisme. Il a nié ces faits.
Le chef de la police métropolitaine de Londres a expliqué dimanche que les Juifs britanniques étaient confrontés à la plus grande menace de leur Histoire, évoquant une « épidémie » d’antisémitisme.
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