« Épidémie » d’antisémitisme : les Juifs britanniques confrontés à la plus grande menace de leur histoire
Le chef de la police de Londres réclame des fonds pour recruter 300 agents, dont certains armés, pour protéger la communauté juive ; Starmer envisage d'interdire certaines manifestations anti-Israël
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Le chef de la police britannique a fait savoir dans un entretien qui a été diffusé samedi que les Juifs britanniques devaient faire face à la plus grande menace de toute leur histoire, les réseaux sociaux alimentant une « épidémie » d’antisémitisme. Il a appelé au déploiement de 300 agents armés qui seront chargés d’assurer la protection de la communauté juive du nord de Londres.
« Si on superpose trois éléments aujourd’hui — les crimes de haine, le terrorisme et les activités hostiles de certains États — et qu’on additionne tout cela, ce phénomène, quand il est combiné à la construction d’une idéologie en ligne, est vraiment dangereux et inquiétant », a commenté Mark Rowley, le chef de la police métropolitaine de Londres.
« Et les communautés juives le ressentent – et cela se voit dans leur façon de parler, dans la manière dont cela les oblige à changer leur mode de vie. C’est une situation effroyable », a-t-il ajouté.
Il a déclaré au Times que les Juifs britanniques figuraient sur la liste « noire » de tous les groupes racistes et extrémistes.
« Que vous soyez d’extrême gauche, que vous soyez un terroriste islamiste, que vous soyez un terroriste d’extrême droite – et c’est le cas de certains États hostiles également, avec désormais des menaces liées à l’Iran. Il y a une sorte de diagramme de Venn effroyable dont ils sont au centre », a-t-il déploré.
Alors qu’il lui était demandé si la communauté juive britannique devait faire face à sa plus grande menace, Rowley a répondu : « Cela doit être vrai ».
Des propos qui ont suivi l’annonce qui a été faite, vendredi, par la police – qui a fait savoir qu’elle avait mis en examen Essa Suleiman, âgé de 45 ans, pour tentative de meurtre à la suite d’une attaque terroriste antisémite au cours de laquelle deux hommes juifs ont été poignardés mercredi.
Suleiman a été inculpé de deux chefs d’accusation de tentative de meurtre et d’un chef d’accusation de possession d’une arme blanche dans un lieu public en lien avec cette attaque, ont précisé les forces de l’ordre.
Ce citoyen britannique né en Somalie est ainsi soupçonné d’avoir poignardé Shloime Rand, 34 ans, et Moshe Shine, 76 ans, lors de l’attaque qui a été perpétrée dans le quartier à forte population juive de Golders Green, au nord de Londres.
Depuis lors, la Grande-Bretagne a relevé son niveau national de menace terroriste, le faisant passer à « grave » – ce qui indique qu’une attaque terroriste est considérée comme hautement probable.
Rowley a indiqué qu’il a demandé un financement d’urgence au gouvernement qui lui permettra de recruter 300 agents qui seront chargés de protéger la communauté juive. Il a dit vouloir qu’un groupe dédié d’agents de quartier et d’agents armés soit stationné en permanence dans le nord-ouest de Londres, qualifiant cette mesure « d’essentielle ».
Interdiction des rassemblements anti-Israël
Samedi également, le Premier ministre britannique Keir Starmer a expliqué dans une interview que l’interdiction de certains mouvements de protestation pro-palestiniens et anti-Israël pouvait se justifier – en particulier quand ils appellent à la globalisation de l’Intifada, un terme qui est largement perçu comme un appel à la violence à l’encontre des Juifs.
Le chef du Parti Travailliste, Keir Starmer, subit des pressions en faveur d’un passage à l’action.L’agression à l’arme blanche de mercredi a été la plus grave et la plus violente d’une série d’attaques récentes qui ont pris pour cible des Juifs à Londres, et elle a eu lieu moins d’un an après une attaque meurtrière qui avait endeuillé une synagogue de Manchester.
Jeudi, Starmer s’est rendu sur les lieux des attaques et dans un service de secours bénévole juif, où il a été hué par certains habitants, qui l’ont accusé de ne pas en faire assez pour les protéger.
Ils ont également dénoncé les militants pro-palestiniens qui organisent des marches dans les villes britanniques. Les manifestations pro-palestiniennes et anti-israéliennes sont devenues monnaie courante à Londres depuis le pogrom qui avait été commis par le Hamas, au mois d’octobre 2023, qui avait déclenché la guerre à Gaza. Les critiques affirment que ces manifestations ont suscité de l’hostilité et qu’elles sont devenues un foyer d’antisémitisme.
Le Premier ministre, ancien avocat spécialisé dans les droits de l’Homme et ex-procureur général dont l’épouse est juive, a déclaré que de nombreux Juifs lui avaient confié qu’ils étaient affectés par « le caractère répétitif » des manifestations.
« Je suis un fervent défenseur de la liberté d’expression et des manifestations pacifiques », a-t-il dit à la BBC lors de l’interview qui a été diffusée samedi, ajoutant qu’il ne niait pas l’existence « d’opinions très fortes et légitimes sur le Moyen-Orient, sur Gaza ».
« Mais quand on entend des slogans comme ‘globalisons l’Intifada’, cela dépasse complètement les limites. Il est clair qu’il faudrait prendre des mesures plus sévères à cet égard ».
L’Intifada fait référence aux soulèvements palestiniens contre Israël qui avaient eu lieu de 1987 à 1993 et au début des années 2000 – la deuxième Intifada ayant été marquée par des vagues d’attentats-suicides et par d’autres attaques meurtrières, à l’arme à feu et à l’arme blanche, qui avaient été perpétrées contre des civils israéliens.
Starmer a déclaré qu’il souhaitait contrôler plus strictement le langage utilisé lors des mouvements de protestation et qu’il y avait des « cas » où certaines manifestations devraient être purement et simplement interdites.
Des discussions sont en cours depuis un certain temps avec la police sur d’éventuelles mesures supplémentaires qui pourraient être prises, a-t-il ajouté.
Alors qu’il lui était demandé si cette réponse plus ferme devait se concentrer sur les slogans et sur les banderoles – ou si les manifestations devaient être purement et simplement interdites – Starmer a dit : « Je pense très certainement que la première option est la bonne, et je pense qu’il y a des cas où la seconde s’impose ».
« Je pense qu’il est temps d’examiner globalement les manifestations et leur effet cumulatif », a-t-il continué, ajoutant que le gouvernement devait étudier les pouvoirs supplémentaires qu’il pourrait se voir attribuer.
Au mois de décembre dernier, la police de Londres et de la ville de Manchester, dans le nord-ouest, avait annoncé qu’elle arrêterait toute personne scandant « globalisez l’Intifada ».
Au mois d’octobre 2025, un terroriste avait foncé avec sa voiture en direction des fidèles qui s’étaient rassemblés devant une synagogue de Manchester, le jour de Yom Kippour, et il avait poignardé une personne à mort. Une autre personne était décédée lors de l’attaque après avoir été touchée accidentellement par un tir de la police.
Jeudi, le Royaume-Uni a relevé son niveau d’alerte sécuritaire à « grave » — c’est le deuxième niveau le plus élevé — en partie en raison de l’attaque de Golders Green, ainsi qu’en raison de la menace qui est posée par l’extrémisme islamiste et par l’extrême droite.
La police a également déclaré qu’elle examinerait de près tous les appels concernant de futures manifestations.
Inapte à diriger un parti politique
La réaction de la police à l’agression à l’arme blanche de mercredi a également alimenté la controverse – le chef du Parti Vert, un parti populiste de gauche qui a enregistré des gains importants ces derniers mois, accusant la police de brutalité dans la manière dont les agents ont appréhendé Suleiman.
Zach Polanski, à la tête de la faction, a retweeté, sans aucun commentaire, un message sur X qui affirmait que les agents « ont donné à plusieurs reprises et violemment des coups de pied à la tête d’un homme atteint de troubles mentaux » alors qu’il était déjà hors d’état de nuire après avoir été électrocuté au Taser.
Cette accusation, que Polanski a par la suite retirée et pour laquelle il s’est excusé, a suscité des réactions indignées de la part de Starmer et de Rowley.
Starmer a fait savoir que Polanski n’était « pas apte à diriger un parti politique » et il a affirmé que les agents avaient agi correctement, craignant que l’agresseur ne soit en possession d’explosifs.
« Je ne sais pas ce qui s’est passé dans la tête de ces agents mais si j’avais été là, j’aurais pensé : ‘Il va faire exploser quelque chose. Il va me faire sauter, moi et tout le monde ici’.Et dans ces circonstances, je pense qu’on comprend tout à fait pourquoi ils ont pu se dire : ‘Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour neutraliser cet homme’, » a dit Starmer à la BBC.
« Il faut prendre une décision en une fraction de seconde en fonction de la situation telle qu’on la perçoit. Et que des politiciens s’en mêlent, comme l’a fait Zack Polanski, est honteux. Il n’est pas apte à diriger un parti politique », a expliqué Starmer.
Les propos tenus par Starmer ont fait suite à une lettre adressée par Rowley à Polanski, dans laquelle il a affirmé que ses allégations infondées pourraient avoir un « effet dissuasif » sur le maintien de l’ordre.
Polanski, qui est juif, s’est excusé vendredi en déclarant : « Tous les dirigeants ont la responsabilité d’apaiser les tensions en cette période de tension, et je m’excuse d’avoir partagé un tweet dans la précipitation ».
“Apprehending violent and dangerous criminals is a full contact and messy task which may appear shocking to observers with little experience of policing in the real world.”
Commissioner Sir Mark Rowley writes to Zack Polanski. pic.twitter.com/qqT0OzERjD
— Metropolitan Police (@metpoliceuk) April 30, 2026
À l’approche des élections locales de la semaine prochaine, le parti de Polanski a été impliqué dans une série de scandales antisémites.
la Communauté du Times of Israël !







