Les libéraux US « tolèrent » l’antisémitisme apparaissant sous la forme de la critique d’Israël – étude
Des chercheurs ont constaté que les progressistes américains - contrairement aux conservateurs - peuvent apprécier les personnes animées de préjugés quand ces dernières justifient leur haine des Juifs par Gaza ou par les droits des Palestiniens
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Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Selon une récente étude psychologique dont les résultats ont été présentés dans une revue à comité de lecture, les libéraux américains jugent plus sévèrement que les conservateurs les personnes qui expriment des préjugés sans faire preuve de réserve – appréciant toutefois les mêmes personnes quand elles justifient leur antisémitisme par des propos dénonçant ou condamnant Israël.
Dans deux expériences sur trois, les préjugés antijuifs qui ont été justifiés par les agissements présumés d’Israël ont renforcé la sympathie exprimée par les libéraux – un phénomène sous forme « d’effet de justification » qui n’existe pas chez les conservateurs.
Une troisième expérience n’est pas parvenue à mettre en évidence des différences concluantes entre libéraux et conservateurs.
La revue The American Psychologist a évoqué cette étude dans son édition du mois de juin – un numéro qui était consacré à l’antisémitisme.
Les auteurs de l’étude sont Jordan W. Moon, de l’université de Southampton et de l’université Brunel de Londres, au Royaume-Uni, ainsi que Michael Barlev et Steven L. Neuberg, qui travaillent tous les deux au sein de l’université d’État de l’Arizona.
L’article a cité des recherches antérieures qui avaient révélé que les gens « n’expriment que rarement des préjugés sans les accompagner de justifications » – certaines étant susceptibles de rendre ces préjugés plus acceptables socialement.
Les chercheurs ont défini le préjugé comme la vision négative d’un groupe social ou de ses membres, indépendamment des justifications qui peuvent être apportées pour avancer ces idées préconçues. Le degré de libéralisme ou de conservatisme des personnes interrogées a été auto-évalué par les sondés sur la base d’une échelle, indépendamment de leur possible appartenance à un parti politique.
Les chercheurs ont recruté 979 participants via la plateforme en ligne Prolific, dans le cadre d’un échantillon qui était destiné à refléter l’ensemble de la population américaine. Les enquêtes ont eu lieu à la fin de l’année 2024 et la participation des Juifs a été négligeable, selon les données.
Les participants ont lu des récits qui concernaient d’hypothétiques individus qui exprimaient des idées préconçues à l’égard de groupes minoritaires — qu’il s’agisse de Juifs, de musulmans ou d’Afro-américains — avec ou sans justification des préjugés qu’ils pouvaient nourrir.
Pour aborder la problématique des préjugés non-justifiés, les chercheurs ont indiqué aux participants que « [Nom] n’aime pas les Juifs ».
Pour aborder celle des préjugés justifiés, ils ont précisé : « [Nom] n’aime pas les Juifs parce que [Nom] désapprouve vivement Israël et la guerre menée à Gaza ».
La justification apportée aux préjugés à l’encontre des Afro-américains a largement porté sur la conviction qu’ils « commettent des crimes ». Du côté des musulmans, les idées préconçues ont reposé sur le fait que « leur culture et leurs valeurs sont en conflit avec la culture et les valeurs occidentales ».
On a ensuite demandé aux participants dans quelle mesure ils appréciaient les personnes hypothétiques dont les récits leur étaient présentés.
En l’absence de justification des préjugés, les libéraux ont porté un regard plus sévère sur les individus ayant formulé des idées reçues que cela n’a été le cas des conservateurs dans chaque série de questions. Ils ont considéré l’antisémitisme de manière aussi négative que les préjugés à l’encontre des Afro-américains et des musulmans.
En revanche, quand les préjugés anti-juifs ont été justifiés par « Israël et sa guerre à Gaza », les libéraux ont perçu la personne et ses idées préconçues de manière plus favorable, avec un écart de 1,1 point sur une échelle de 1 à 7.
La justification liée à Israël n’a pas eu d’effet statistique sur les conservateurs.
Concernant les préjugés à l’encontre des musulmans et des Afro-américains, les chercheurs n’ont pas trouvé d’éléments significatifs laissant penser que les justifications avaient un effet différent sur les libéraux et les conservateurs.
Pour un autre groupe de sujets, les chercheurs ont associé les Juifs américains à Israël, « pays violant les droits de l’Homme des Palestiniens ». Ils ont aussi fait une association entre Afro-américains, musulmans, Chinois et Russes vivant aux États-Unis et d’autres violations des droits de l’Homme qui se produisent à l’étranger. Les scientifiques ont évoqué, dans ce cas précis, une justification des préjugés « à connotation de gauche ».
Là encore, en l’absence de justifications, les libéraux ont jugé avec plus de sévérité que les conservateurs la personne fictive et animée de préugés qui leur était présentée.
Toutefois, quand les préjugés ont pu être justifiés par des violations des droits de l’Homme à l’encontre des Palestiniens, les libéraux – ont perçu l’individu de manière plus favorable, avec un score de 0,78 sur une échelle de 1 à 7. Ce qui n’a pas été le cas des conservateurs.
Les justifications liées aux droits de l’Homme ont également « légitimé » certains préjugés à l’encontre des Afro-américains, des musulmans, des Chinois et des Russes qui vivent aux États-Unis, même s’il n’y a pas eu de différence statistique entre les libéraux et les conservateurs.
« Quand une personne exprimant de l’antisémitisme a justifié ses préjugés par sa désapprobation d’Israël et de la guerre à Gaza ou par les violations des droits de l’Homme commises à l’encontre des Palestiniens, les participants libéraux, mais pas les conservateurs, l’ont davantage apprécié », ont écrit les chercheurs, résumant leurs conclusions.
Une troisième série de questions a été l’occasion d’interroger les participants sur une gamme plus large de justifications de l’antisémitisme — les théories du complot anti-juives, race, religion etc… Elle n’a pas révélé de différences statistiques entre conservateurs et libéraux.
Les chercheurs ont mené une analyse plus approfondie sur le « favoritisme à l’égard du groupe d’appartenance » dans le but d’évaluer dans quelle mesure les sujets estimaient que l’hypothétique personne intolérante qui leur était présentée leur ressemblait sur le plan idéologique. Les sujets ont évalué leur propre positionnement politique (libéral ou conservateur) et ils ont été appelé à dire si la personne faisant preuve de préjugés était, selon eux, libérale ou conservatrice.
Les participants libéraux ont perçu les individus animés de préjugés comme plus libéraux et comme plus proches d’eux-mêmes lorsque ces préjugés se sont accompagnés d’une justification associée à la gauche de l’échiquier politique – comme la guerre à Gaza. Un effet similaire a été observé chez les libéraux pour les préjugés associés à la gauche à l’encontre d’autres groupes.
Les libéraux ont également considéré que les justifications de l’antisémitisme en lien avec les théories traditionnelles du complot étaient plus proches de leur propre idéologie.
« Ce résultat a été inattendu, car les discours sur le pouvoir et l’influence juifs proviennent traditionnellement de la droite politique », ont écrit les auteurs.
Les libéraux ont aussi considéré l’antisémitisme à connotation raciale étaient plus graves que les préjugés présentés sans justification, ont noté les chercheurs.
Les scientifiques ont laissé entendre que les individus qui nourrissent des préjugés généralisés à l’égard de nombreux groupes étaient susceptibles de menacer les coalitions politiques des groupes minoritaires.
Ils ont également fait remarquer que les justifications, à gauche, donnaient à un préjugé un caractère plus spécifique, et moins menaçant, qu’une intolérance pure et simple.
« Si nous ne suggérons pas qu’il puisse y avoir, chez les libéraux, une plus grande indulgence à l’égard de l’antisémitisme — nos résultats montrent que ce n’est pas le cas — il est évident que certains cadres de référence autorisent un certain degré d’antisémitisme », ont déclaré les chercheurs. « Pour endiguer l’antisémitisme dans les milieux libéraux, il pourrait être nécessaire de mettre en place des interventions ciblées, visant à reconnaître l’antisémitisme lorsqu’il se manifeste et à rappeler aux libéraux qu’il est inacceptable, quelle que soit la forme qu’il est amené à prendre ».
la Communauté du Times of Israël !







