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Les multiples demandes de la police pour que le Premier ministre témoigne dans l’affaire Bild ont été rejetées – enregistrements

"Nous n'avons pas le temps. Cela n'a aucune importance", aurait dit le chef de cabinet de Netanyahu à l'enquêteur, auquel il a suggéré de s'adresser aux avocats du Premier ministre

Stav Levaton est correspondante militaire pour le Times of Israel.

Ido Norden (Capture d'écran YouTube)
Ido Norden (Capture d'écran YouTube)

Selon des enregistrements diffusés mercredi par la télévision israélienne, la police aurait tenté à plusieurs reprises de faire témoigner brièvement le Premier ministre Benjamin Netanyahu au sujet des enquêtes visant ses collaborateurs, mais se serait à chaque fois heurtée au refus de son cabinet.

D’après la chaîne d’information N12, les enquêteurs cherchaient à demander à Netanyahu s’il avait informé son responsable médias, Jonatan Urich, que l’ancien conseiller médias Eli Feldstein avait été arrêté dans le cadre de l’affaire des documents divulgués au journal Bild. Une réponse de Netanyahu, selon la police, aurait pu aider à déterminer si Urich avait sciemment détruit des preuves en supprimant les données de son téléphone et en le remplaçant après l’arrestation de Feldstein.

Les enquêteurs souhaitaient également interroger Netanyahu au sujet d’une rencontre nocturne entre son ancien chef de cabinet, Tzachi Braverman, et Feldstein avant l’arrestation de ce dernier, a ajouté la chaîne. Selon Feldstein, Braverman l’aurait averti de l’enquête sur la fuite d’un document militaire classifié vers le journal allemand Bild et lui aurait laissé entendre qu’il était en mesure de mettre fin à l’enquête. Braverman réfute ces allégations.

Dans les enregistrements, les enquêteurs de police insistent à plusieurs reprises sur le fait qu’ils n’ont besoin que d’une brève déclaration du Premier ministre. On entend cependant le chef de cabinet de Netanyahu, Ido Norden, répondre que ce dernier est trop occupé et faire reporter la date de son témoignage.

« Je n’ai même pas une seconde pour en discuter. Nous n’avons pas le temps. Cela n’a aucune importance. Nous allons nous organiser, et nous trouverons peut-être une solution », entend-on Norden répondre, au grand dam du policier.

Lorsqu’on lui demande si Netanyahu est au courant que la police souhaite s’entretenir avec lui, Norden rétorque : « Non, il n’a pas besoin de le savoir. C’est moi qui gère son emploi du temps et je vous assure qu’il n’y a absolument aucune place pour cela. » Pressé de questions, Norden invite ensuite l’enquêteur à s’adresser aux avocats de Netanyahu.

Les enquêteurs se sont également entretenus avec le conseiller de Netanyahu, Nevo Katz, qui leur a donné des réponses similaires.

De gauche à droite : Jonatan Urich ; Eli Feldstein ; le Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90 ; Avshalom Sassoni/Flash90 ; Tomer Appelbaum/Pool ; Yehoshua Yossef/Flash90)

Le cabinet du Premier ministre n’a pas commenté cette information, qui a été rendue publique près d’un mois après qu’Urich a été inculpé de transmission d’informations classifiées dans l’intention de porter atteinte à la sécurité de l’État, en raison de son implication dans la divulgation de documents confidentiels à la presse. Ce chef d’accusation concerne le rôle joué par Urich dans la divulgation d’un document classifié provenant des services de renseignement militaire de l’armée israélienne au journal Bild en septembre 2024, dans le but apparent d’étayer l’affirmation de Netanyahu selon laquelle c’était le Hamas, et non le Premier ministre, qui bloquait les négociations en vue d’un accord sur la libération des otages détenus à Gaza.

Ce document – une note interne du Hamas obtenue par les services de renseignement de l’armée israélienne, laissant entendre que le groupe terroriste n’était pas intéressé par un accord sur les otages – aurait été divulgué au journal allemand Bild dans le but de contourner la censure militaire israélienne. Cette note datait d’environ neuf mois au moment de sa divulgation ; les médias ont par la suite indiqué que le Bild avait déformé le contenu du document, dans l’intérêt du gouvernement Netanyahu.

Selon l’acte d’accusation, Urich, en collaboration avec Feldstein, aurait fait fuiter le document qu’ils avaient obtenu grâce à Ari Rosenfeld, sous-officier des services de renseignement militaire de l’armée israélienne, alors qu’ils savaient qu’il s’agissait d’un document classifié dont la publication en Israël avait été bloquée par la censure militaire, « au risque réel de porter atteinte à des intérêts sécuritaires critiques » par cette fuite.

Braverman devrait également être mis en examen, dans l’attente d’une audience, pour obstruction à la justice, fraude et abus de confiance, dans le cadre du rendez-vous qu’il a eu avec Feldstein au cours duquel il aurait informé ce dernier de l’enquête et lui aurait dit qu’il avait le pouvoir d’y mettre fin.

Par ailleurs, Urich et Feldstein sont tous deux mis en cause dans l’affaire dite du Qatargate, dans laquelle ils sont soupçonnés d’avoir reçu de l’argent pour mener une campagne de relations publiques visant à présenter le Qatar sous un jour favorable pendant plus d’un an après le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, alors même que cet État du Golfe hébergeait le groupe terroriste.

Les affaires du Bild et du Qatargate font désormais peser un lourd fardeau politique sur Netanyahu. Ses adversaires accusent en effet le Premier ministre de conflits d’intérêts présumés et de corruption au sein de son entourage le plus proche.

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