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Les pêcheurs iraniens de retour dans les eaux d’Ormuz malgré la menace de la guerre

Une dizaine de pêcheurs ont été tués et 17 autres sont portés disparus en raison des échanges de frappes dans le cadre de la guerre opposant Israël et les États-Unis à la république islamique

Des bateaux de pêche parsemant la mer tandis que, en arrière-plan, des cargos traversent le golfe Persique en direction du détroit d'Ormuz, au large des Émirats arabes unis, le 27 mars 2026. (Crédit : AP)
Des bateaux de pêche parsemant la mer tandis que, en arrière-plan, des cargos traversent le golfe Persique en direction du détroit d'Ormuz, au large des Émirats arabes unis, le 27 mars 2026. (Crédit : AP)

A bord de son bateau, le pêcheur iranien Mohammad-Amin répare un filet déchiré après une longue journée de travail dans le détroit d’Ormuz dont les eaux ont assuré pendant des années sa subsistance, mais sur lesquelles plane la menace d’une reprise de la guerre.

Cela fait à peine plus de 15 jours qu’il s’est remis à pêcher, à la faveur d’une baisse des hostilités entre l’Iran et les Etats-Unis, centrées depuis plus de cinq mois sur ce détroit stratégique, verrouillé par Téhéran.

Le conflit, déclenché le 28 février par une campagne de bombardements israélo-américains contre l’Iran, a fait des milliers de morts.

Au plus fort des échanges de frappes, « il était tout simplement impossible de prendre la mer », explique à l’AFP Mohammad-Amin, en ramendant son filet.

Mais avec les modestes économies familiales épuisées, « nous ne pouvons plus rester à terre. Si nous ne repartons pas, nous mourrons de faim, et j’ai trois enfants », ajoute cet homme de 47 ans, qui ne souhaite pas donner son nom de famille.

Il redoutait aussi que son petit bateau en bois, amarré sur le front de mer de Bandar Abbas, sur la côte sud, ne soit détruit par une frappe, comme des centaines d’autres pendant la guerre.

Selon des médias iraniens, une dizaine de pêcheurs ont été tués et 17 autres sont portés disparus en raison des échanges de frappes dans la zone.

Et plus de 2 000 pêcheurs de la province de Hormozgan, dont Bandar Abbas est la capitale, ont perdu leur matériel de pêche pendant la guerre, rapportait le quotidien Iran fin juillet.

Photo d’illustration: Un pêcheur transporte son bateau le long de la corniche côtière de l’île de Qeshm, près du détroit d’Ormuz, en Iran, le samedi 11 avril 2026. (Crédit: AP/Asghar Besharati)

« Fini pour nous »

Le front de mer, bordé de modestes cafés où les Iraniens viennent échapper à la chaleur estivale étouffante, a été bombardé à plusieurs reprises.

« Ils (les Américains) frappaient cet endroit tous les jours. C’était devenu normal, mais il n’y avait nul autre endroit où mettre les bateaux », raconte Hossein, 53 ans, qui a aussi repris la mer dès l’accalmie des combats.

« S’ils avaient touché le bateau, c’en aurait été fini pour nous », affirme un collègue, Bagher Abbaszadeh, 39 ans, près de l’embarcation sur laquelle il travaille et qui fait vivre cinq familles dont la sienne.

Si réparer les filets fait partie du quotidien des pêcheurs, ces professionnels estiment que leur matériel – qu’ils peinent déjà à financer – s’abîme davantage, du fait des nombreux débris laissés en mer par le conflit.

En réponse aux bombardements des Etats-Unis, l’Iran a frappé leurs alliés dans le Golfe, et ciblé de nombreux navires tentant d’échapper à son contrôle du détroit.

« La mer était déjà sale avant, mais elle est devenue encore pire avec les épaves de ces bateaux », décrit Mohammad-Amin.

Tout en anticipant un avenir sombre: « cette guerre ne va pas prendre fin, aucun des deux camps n’étant disposé à parvenir à un accord avec l’autre ».

Photo d’illustration: Un pêcheur prépare son filet sur la plage de la côte sud de la mer Caspienne, près de la ville portuaire de Bandar Anzali, en Iran, mardi 23 décembre 2025. (Crédit: AP/Vahid Salemi)

« Pas le choix »

« Nous sommes évidemment inquiets à l’idée que la guerre reprenne (…) Quoi qu’il arrive au bout du compte, j’espère que ce sera dans l’intérêt des gens ordinaires », confie de son côté Bagher Abbaszadeh.

Le protocole d’accord conclu en juin entre l’Iran et les Etats-Unis a volé en éclats début juillet, et si depuis le conflit a baissé en intensité, les négociations entre les belligérants restent dans l’impasse, notamment en raison de différends sur le détroit d’Ormuz, duquel Téhéran persiste à vouloir conserver le contrôle.

Les Etats-Unis disent de leur côté miser sur les difficultés économiques qui s’accumulent en Iran.

Hossein, lui, affirme qu’il prendra la mer même si les combats venaient à reprendre. « Nous n’avons pas le choix, nous devons retourner en mer. Si nous ne travaillons pas, comment gagnerons-nous de l’argent? »

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