L’été israélien et ses plaisirs sont enfin là… et la crainte d’une guerre refait surface
Alors que l'Iran cible depuis plusieurs semaines de nombreux autres pays du Moyen-Orient, les inquiétudes grandissent à l'idée qu'il puisse bientôt frapper à nouveau Israël
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JTA – Vendredi, Oren Pesso, artiste performeur de Tel Aviv et leader du groupe musical d’avant-garde Jilber and the Cats, a ouvert son spectacle au parc HaTachana de Tel Aviv par une question difficile.
« Vous préférez la chaleur ou la guerre ? À vous de choisir », a-t-il lancé à la foule, avant de se mettre à chanter aux côtés de sa fille, également membre du groupe, tous les deux coiffés des oreilles de chat, accessoires habituels de leurs costumes.
Israël enregistre actuellement ses températures les plus élevées de l’été, le mercure ayant atteint 44 °C à Tel Aviv au début de la semaine. Dans le même temps, les hostilités entre les États-Unis et l’Iran s’intensifient et, après plusieurs semaines au cours desquelles l’Iran s’en est pris à de nombreux autres États du Moyen-Orient, la guerre pourrait bientôt revenir frapper Israël.
En prévision d’éventuelles attaques, plusieurs villes ont rouvert leurs abris anti-bombes municipaux, lesquels avaient été fermés peu après le cessez-le-feu négocié par les États-Unis le 17 juin. Jusqu’à présent, le Commandement du Front intérieur, chargé d’indiquer aux civils comment se protéger en cas de crise, n’a pas émis de nouvelles instructions spécifiques.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé vendredi qu’il s’envolerait lundi pour les États-Unis pour y rencontrer le président Donald Trump. Une annonce qui a alimenté les spéculations quant à un éventuel recul de la menace d’une frappe iranienne.
Les États-Unis et l’Iran ont repris les hostilités il y a deux semaines. Le Commandement central américain a mené, dans la nuit de jeudi à vendredi, sa 13e nuit consécutive de frappes contre l’Iran. Ce dernier a riposté, dans la matinée de vendredi, en lançant des drones contre des cibles militaires américaines à Bahreïn, au Koweït et en Jordanie.
L’Iran et les États-Unis ont tous deux des raisons de maintenir Israël à l’écart, alors même que les responsables israéliens soulignent que la guerre n’a pas, selon eux, fait reculer la menace nucléaire iranienne. L’Iran, pour sa part, est conscient que s’en prendre à Israël entraînerait une escalade du conflit, et Trump, quant à lui, tente de maintenir sa campagne contre l’Iran, malgré un soutien déclinant de l’opinion publique en faveur d’Israël.
Pour les Israéliens, cette situation a plongé le pays dans un climat d’attente, semblable à celui qui régnait à la veille de la guerre en février.
À présent, Téhéran a annoncé que si les États-Unis intensifiaient leurs frappes sur le pays, il riposterait en visant Israël. Alors que de nouvelles attaques américaines sont attendues et que des représailles iraniennes semblent inévitables, avec pour objectif de faire payer un prix toujours plus élevé à chaque nouvelle escalade, les analystes et responsables israéliens s’accordent de plus en plus à penser qu’Israël risque d’être à nouveau entraîné dans les combats.
« Je sentais vraiment que ça allait arriver à Tisha BeAv », a déclaré Dorit, qui a souhaité préserver son anonymat, à la JTA lors du spectacle, faisant référence à cette journée juive de deuil collectif qui tombait cette année un jeudi. « C’est la pire des journées, la pire des malchances, alors pourquoi ne pas nous envoyer un missile à ce moment-là ? »
Pesso, l’artiste performeur, vit dans la banlieue de Bat Yam. Son appartement dispose d’un abri sécurisé, obligatoire dans les constructions israéliennes récentes, qui lui permet de se sentir relativement en sécurité en cas de reprise des combats. Il résume toutefois le sentiment de nombreux Israéliens interrogés par la JTA en ces termes : « Nous en avons vraiment plus qu’assez. Je comprends qu’ils nous détestent et qu’ils veulent la disparition de l’État juif, mais la perspective d’une nouvelle vague de missiles, c’est tout simplement trop. »
Les abris blindés n’offrent qu’une protection limitée, fait remarquer Pesso. Mimant une explosion avec ses mains, il ajoute : « Si un missile frappe [directement] ici, on part en fumée nous aussi. Ça ne sert pas à grand-chose. »
Et il n’a pas tort. Contrairement aux roquettes à courte portée que le Hezbollah a tirées sur Israël, les missiles balistiques bien plus puissants lancés par l’Iran lors de la dernière vague de combats sont capables de détruire purement et simplement un abri domestique. C’est ce qui s’est produit en juin, lors d’une frappe sur Beer Sheva. Un impact direct sur un immeuble d’habitation avait alors tué quatre personnes qui s’étaient réfugiées dans leurs abris et en avait blessé au moins 22 autres.
À ce danger s’ajoute cette fois-ci l’utilisation accrue par l’Iran d’armes à sous-munitions, qui dispersent des dizaines de petites bombes sur un vaste périmètre. Ces armes ont frappé sans discernement des zones à forte densité de population civile en Israël. Sur la vingtaine de civils israéliens tués dans des frappes iraniennes depuis février, dix l’ont été par des sous-munitions.
La semaine dernière encore, ce bilan s’est alourdi. Michael Katz, un habitant de Haïfa de 82 ans, grièvement blessé dans l’une des plus importantes attaques contre Israël depuis le début de la guerre, un tir de missile qui a frappé son immeuble le 5 avril et qui a également coûté la vie à quatre membres d’une même famille, a succombé à ses blessures à l’hôpital Rambam de la ville.
Cette semaine, l’armée israélienne est passée de l’état d’alerte élevée à celui de « préparation maximale ». Les municipalités de Ramat Gan et de Karmiel ont ouvert tous leurs abris publics en prévision de tirs en provenance d’Iran, et ce même si les consignes du Commandement du Front intérieur à l’intention des civils sont restées inchangées.
Si le cours du pétrole est un indicateur de la façon dont les marchés financiers évaluent les risques d’une reprise des combats, le Brent a clôturé jeudi au-dessus de 100 dollars le baril pour la première fois depuis mai, après que les Houthis, alliés de l’Iran au Yémen, ont décrété un blocus et attaqué des pétroliers saoudiens à proximité du détroit de Bab el-Mandeb.
L’establishment de la défense, par ailleurs, tient un discours ferme. « Si l’Iran attaque Israël, il devra faire face à une riposte écrasante », a averti jeudi le ministre de la Défense, Israel Katz, à l’issue d’une évaluation de la sécurité avec les hauts responsables de l’armée israélienne. Les élus municipaux, quant à eux, se préparent discrètement à la guerre. Dans l’intervalle, la vie suit son cours normalement.
Gideon Alon, 49 ans, qui se rendait vendredi à Tel Aviv depuis un kibboutz situé près d’Akko, dans le nord, a affirmé : « Je suis loin d’être un pacifiste. Cette situation ne peut plus durer, et il est évident qu’ils ne veulent pas la paix, alors comment réagir ? »
Son inquiétude porte sur sa famille, et plus particulièrement sur les conséquences de la guerre pour ses enfants. « Cette fois-ci, ça pourrait être plus facile, puisque c’est les vacances d’été », a-t-il déclaré. « Ils ont manqué tellement de cours lors de la dernière vague de combats. »
C’est sa femme, qui est médecin généraliste à Haïfa, qui supporte l’essentiel du poids de ces appréhensions, a-t-il ajouté. « Mais j’ai l’impression qu’on en parle depuis des mois », a-t-il continué. « Je ne sais ni quoi penser, ni quand cela va arriver. Mais quand ça arrivera, ça arrivera. »
Quoi qu’il en soit, ils sont prêts. Ils vivent à seulement 12 kilomètres de la frontière avec le Liban, et la guerre « n’a jamais vraiment pris fin pour nous », a-t-il souligné. L’abri familial est toujours prêt à l’emploi, comme il l’était au dernier jour des combats contre le Hezbollah, avant qu’Israël ne signe un cessez-le-feu distinct dans cette guerre, le 26 juin.
À Tel Aviv, comme aux jours les plus chauds de l’été, les plages, vendredi soir, étaient bondées. Les services météorologiques avaient annoncé un épisode de forte chaleur pour la majeure partie de cette semaine, la plus chaude de l’été jusqu’à présent.
Sarah Cohen, 25 ans, qui vit à Jaffa et qui a quitté la France pour s’installer en Israël, incarne parfaitement l’atmosphère insouciante de Tel Aviv. Elle s’est entretenue avec la JTA alors qu’elle se rendait à la plage de Maravi, la plus au sud avant les limites officielles de Jaffa.
« Je ne me préoccupe pas vraiment de ce qui se passe là-bas », a-t-elle répondu, interrogée au sujet de la guerre.
Vendredi, les conditions étaient parmi les meilleures de l’été pour le surf, avec des vagues atteignant près de deux mètres, une situation inhabituelle pour des plages méditerranéennes habituellement calmes.
Sarah Cohen a couru rejoindre les dizaines de surfeurs, qui s’efforçaient de dompter les vagues, et a répondu à leurs signes de la main. Toujours pas de missiles dans le ciel, pour l’instant.
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