L’ex-otage Matan Zangauker évoque les passages à tabac et les tortures psychologiques
Un mois après sa libération, Zangauker a dit en interview que l'activisme inlassable de sa mère lui avait "donné énormément de force" et qu'il avait souvient confronté ses ravisseurs
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Pour sa première interview depuis sa libération le mois dernier, après deux ans de captivité, l’ex-otage Matan Zangauker est revenu sur ses affrontements avec ses ravisseurs du Hamas et les moments pendant lesquels il avait perdu tout espoir.
Lundi, c’est donc pour la chaîne d’information N12 que Zangauker s’est confié sur la torture psychologique à laquelle se sont livrés ses ravisseurs qui, chaque soir, lui donnaient de fausses informations sur les combats contre l’armée israélienne à Gaza : « On nous disait : ‘Nous avons sorti 20 de vos chars, nous avons tué des soldats, nous avons assassiné des soldats.’
Lorsqu’il mettait en doute leurs affirmations, Zangauker explique qu’on le frappait mais que, pour lui, c’était sa seule manière de défendre son pays, ajoutant qu’il avait parfois repoussé physiquement ses ravisseurs, comme cette fois où il a dit être intervenu pour protéger son compagnon d’infortune, qui était battu, ce qui lui a valu de « prendre les coups à sa place ».
Zangauker a été kidnappé à son domicile du kibboutz Nir Oz, en même temps que sa petite amie, Ilana Gritzewsky, libérée en novembre 2023.
Sa mère, Einav Zangauker, s’est fait connaitre par son combat inlassable en faveur de la libération des otages, que ce soit lors de manifestations quotidiennes ou d’interpellations sévères au gouvernement.
Matan Zangauker a été libéré le 13 octobre 2025, en même temps que 19 autres otages vivants, conformément aux dispositions du fragile cessez-le-feu qui a, pour l’essentiel, mis fin à deux années de guerre contre le Hamas à Gaza.
Lors de cette interview, Zangauker a évoqué le moment où ses ravisseurs ont compris qu’il était le fils d’Einav, dont le visage passait presque chaque soir aux informations télévisées israéliennes.
« Le ‘cheikh’ du tunnel est arrivé, leur commandant, et il m’a dit : ‘Tu es Zangauker, n’est-ce pas ?’ », a-t-il expliqué.
Après qu’il a répondu oui, le ravisseur lui a dit : « Ta mère proteste, elle met le pays sens dessus dessous. » Cette nouvelle, a confié Zangauker, « m’a fait très plaisir, cela m’a donné énormément de force ».
Il était heureux du fait qu’elle manifeste dans la rue : « C’est mieux que de déprimer à la maison ».
Mais la première fois qu’il l’a vue à la télévision, aux côtés de sa sœur et de sa petite amie, il s’est senti « en colère, d’être ici et elles, là-bas, obligées de se battre pour moi. Elles criaient mais personne, au gouvernement, ne les a aidées. »
Toutefois, a-t-il ajouté, c’est le fait de savoir qu’elles se battaient qui lui a donné la force de survivre et de cesser d’être celui « qui se battait toujours avec eux ».
Zangauker a déclaré qu’il avait le sentiment que ses ravisseurs le traitaient un peu différemment en raison du fort activisme de sa mère : « Ils « bavardaient un peu plus » avec moi et me donnaient plus de nourriture ; ils ont été un peu plus gentils lorsque ma mère a commencé à manifester. »
Il a également abordé les fausses rumeurs, depuis sa libération, alimentées par les opposants à l’activisme de sa mère : « Certains ont dit que le Hamas m’avait donné de l’argent pour ma mère… Que j’avais fait la fête au Qatar », a-t-il déclaré à propos des mensonges découverts sur les réseaux sociaux.
« C’est complètement stupide », a-t-il dit. « Entendre dire que j’étais au Qatar dans un jacuzzi, en train de me faire masser et de boire, alors que j’étais otage du Hamas, frappé, insulté, maltraité, victime de tortures psychologiques, que je vivais l’enfer. Que des gens ne le croient pas, c’est triste. »
Malgré les critiques auxquelles sa mère a souvent fait face en raison de ses prises de position contre le gouvernement, Zangauker a déclaré : « Je sais que si je suis là, c’est grâce à ma mère, au peuple d’Israël et à nos courageux soldats. »
Zangauker a déclaré que lorsqu’il a été kidnappé le 7 octobre, il ignorait que sa petite amie, Ilana, avait elle aussi été enlevée ; il pensait qu’elle avait pu se cacher. Il n’a réalisé ce qui s’était passé que lorsqu’il a pu regarder la télévision, le jour où elle a été libérée, le 30 novembre 2023.
« J’étais triste et heureux à la fois », a-t-il confié. « Parce que ma copine avait été kidnappée, et que je ne le savais pas. Mais d’un autre côté, elle était libérée, elle était en sécurité désormais. »
Emmené à Gaza à moto, le 7-Octobre, explique-t-il, il a été accueilli par « des enfants, des femmes, des personnes âgées, armés de bâtons, de pierres, de tuyaux, et ils ont commencé à me frapper, à me battre ».
Le premier Israélien qu’il a vu dans les tunnels, ce jour-là, est un soldat de Tsahal mort : ses ravisseurs l’ont d’ailleurs menacé de « finir comme lui », explique-t-il. Puis il a rejoint Yocheved Lifshitz, elle aussi originaire de Nir Oz et enlevée le 7-Octobre mais libérée quelques semaines plus tard, et dont le mari, Oded Lifshitz, a été tué en captivité.
Zangauker explique avoir été déplacé à plusieurs reprises, la plupart du temps dans des tunnels, parfois détenu avec d’autres, parfois seul. Selon le jeune homme – aujourd’hui âgé de 25 ans –, ses ravisseurs l’ont traité comme s’il était un soldat, alors même qu’il était un civil.
« C’était vrai pour les interrogatoires, pour la nourriture et les violences – ils m’attachaient les mains dans le dos », explique-t-il. Parfois, les ravisseurs lui disaient qu’il n’y avait pas de nourriture avant de finalement leur donner à chacun une demie-pita et de « se préparer à manger pour eux – des odeurs d’aubergine, de tomate, ils ne se privaient pas ».
Ses ravisseurs lui disaient que son seul espoir était le cessez-le-feu mais que « si Tsahal tentait de nous sauver, ils nous tireraient dessus, et nous mourrions tous ensemble ».
À un moment donné, précise-t-il, pour le déplacer en dehors des tunnels, ses ravisseurs l’ont déguisé en Gazaoui, se fondant parmi les riverains, non loin des soldats de Tsahal.
Il explique avoir été séquestré dans des écoles et des hôpitaux, au gré de leur errance pour trouver un endroit où dormir. A chaque fois, il envisageait de faire passer un message aux soldats israéliens, mais dit avoir eu « peur de se faire prendre ».
A un moment, ils ont mis le cap au sud, en direction de Rafah, dormant un temps dans une mosquée avant de revenir sous terre, dans les tunnels.
Au moment de l’entrée en vigueur du deuxième accord de cessez-le-feu et de libération d’otages, en janvier 2025, Zangauker a pensé qu’il serait libéré : « C’est là que j’ai commencé à penser à mon avenir, à ce que je ferais de ma vie ; c’était comme une renaissance. »
Lorsque l’accord a pris fin sans qu’il ait quitté Gaza, il a « perdu espoir. J’avais eu une petite étincelle [d’espoir] d’être libéré, de revenir vivant parmi les miens, mais elle avait disparu. »
Seul avec ses ravisseurs suite à la libération des otages avec lesquels il était détenu, Zangauker a eu l’impression qu’il ne reviendrait jamais chez lui en vie, « que c’était fini, que je mourrais ici ». En octobre 2025, quand ils lui ont dit qu’il pourrait rentrer chez lui, il ne les a pas crus.
Et lorsqu’il a enfin pu retrouver les siens, « ça a été l’extase pure, j’étais sous le choc ».
Même un mois plus tard, conclut Zangauker, « il y a des moments où je n’arrive pas à croire que je suis vraiment ici… Je dois me pincer pour être sûr et revenir à la réalité. »
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