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L’héritière d’un Pissarro spolié renonce à ses droits au profit d’une université

L'université d’Oklahoma et Léone Meyer ont annoncé la fin l'imbroglio judiciaire ; en vertu de l'accord, le tableau actuellement hébergé au musée d'Orsay, reviendra aux Etats-Unis

La Bergere rentrant des moutons, de Pissaro. (Crédit : wikiart)
La Bergere rentrant des moutons, de Pissaro. (Crédit : wikiart)

L’affaire du Pissarro spolié par les nazis à ses propriétaires juifs pendant l’Occupation en France et qui depuis 2016 oppose l’héritière du tableau du maître impressionniste au musée de l’Université d’Oklahoma s’est achevée mardi avec l’abandon par Léone Meyer de tous ses droits sur cette œuvre.

« J’ai pris la décision de renoncer à tous mes droits sur ce tableau. Et même de renoncer à mon titre de propriété, d’y renoncer en faveur de la Fondation de l’université d’Oklahoma », indique Mme Meyer dans un communiqué obtenu par l’AFP.

L’université américaine et Mme Meyer ont parallèlement annoncé un accord qui met fin à l’imbroglio judiciaire, opposant l’héritière spoliée du tableau et le musée de l’Université d’Oklahoma, le Fred Jones Jr. Museum of Art.

Sur cette photo d’archives du 8 février 2014, un visiteur du Fred Jones Jr. Museum of Art de l’Université d’Oklahoma à Norman, Oklahoma, prend une photo d’une œuvre intitulée « Bergère rentrant les moutons » de l’artiste impressionniste français Camille Pissarro, au musée. (Crédit : AP Photo/Sue Ogrocki)

Un tribunal français devait rendre mercredi un jugement sur le fond mais l’accord entre les parties met fin à la procédure.

« Après tant d’années, je dois constater mon impossibilité à convaincre les différents intervenants auxquels je me suis adressée. J’ai été écoutée mais jamais entendue », indique avec amertume l’héritière âgée de 81 ans.

Selon l’accord conclu entre les deux parties, le tableau « La bergère rentrant des moutons », une œuvre peinte par Camille Pissarro en 1886 et actuellement hébergé au musée d’Orsay, reviendra aux Etats-Unis cet été. Il retournera en France dans trois ans avant de repartir aux Etats-Unis pour un nouveau cycle de trois ans.

« Mme Meyer a décidé de mettre un terme à son combat pour obtenir la restitution du tableau. La Fondation de l’Université d’Oklahoma est désormais le seul propriétaire du tableau. En ce qui concerne Mme Meyer, l’Université et ses représentants sont par conséquent libres d’en faire tout usage », indique l’avocat de Mme Meyer, Me Ron Soffer.

L’œuvre faisait partie de la collection de Raoul Meyer et Yvonne Bader, fille du fondateur des grands magasins Galeries Lafayette. En 1940, cette famille juive pense la mettre à l’abri dans le coffre d’une banque mais, en 1941, les nazis s’en saisissent.

À la fin de la guerre, la famille récupère une partie de ses biens mais pas « La Bergère ». En 1951, le tableau refait surface en Suisse avant de réapparaître à New York.

Acheté par un couple de collectionneurs américains en 1957, il est légué en 2000 à la Fondation de l’université de l’Oklahoma.

En France, Mme Meyer, une rescapée de la Shoah adoptée à la fin de la guerre par le couple Meyer/Bader souhaite récupérer le tableau spolié à ses parents.

En 2012, grâce à internet, elle retrouve la trace du Pissarro et, en 2016, elle conclut un accord avec l’université d’Oklahoma.

L’accord prévoyait notamment que l’héritière lègue la toile, de son vivant, à un établissement d’art s’engageant à assurer une rotation perpétuelle du tableau entre la France et les Etats-Unis. Le musée d’Orsay a refusé le don, inquiet du coût de tels allers-retours et des dommages que cela pourraient causer au tableau.

C’est pour casser cet accord trop contraignant que Mme Meyer s’était lancée dans une bataille judiciaire.

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