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L’hôpital Soroka, touché par les missiles, cherche toujours des fonds pour se reconstruire

Le principal hôpital du Néguev continue ses activités à capacité réduite et il s'efforce de collecter de l'argent, le gouvernement ne s'étant pas encore engagé à couvrir la totalité de la somme nécessaire pour le remettre en état

Le professeur Shlomi Codish, directeur du centre médical Soroka, examine les dégâts causés par un missile balistique iranien le 19 juin 2025. (Autorisation : Bureau du porte-parole de l'hôpital Soroka)
Le professeur Shlomi Codish, directeur du centre médical Soroka, examine les dégâts causés par un missile balistique iranien le 19 juin 2025. (Autorisation : Bureau du porte-parole de l'hôpital Soroka)

Depuis trois mois, la fenêtre du bureau du professeur Shlomi Codish, le directeur de l’hôpital universitaire Soroka, offre une vue sur des décombres en béton, sur des morceaux de métal tordus et sur un enchevêtrement de fils et de tuyaux – les vestiges de la chute d’un missile balistique iranien qui était équipé d’une ogive explosive de grande puissance.

Le 19 juin, le missile a frappé le service de chirurgie de l’hôpital, à seulement 100 mètres du bureau de Codish. 80 personnes ont été blessées. Huit salles d’opération et six laboratoires de recherche ont été détruits.

Aujourd’hui, plusieurs mois plus tard, certains services de l’hôpital, notamment le service de rééducation et celui des soins intensifs, sont encore fermés.

Selon Codish, le ministre de la Santé par intérim, Haim Katz, et le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, conviennent tous les deux de la nécessité d’effectuer des travaux de réparation dans les meilleurs délais. Le projet de remise en état de l’hôpital – qui dessert un million de personnes dans le Néguev, dont les résidents des communautés qui vivent aux abords de la bande de Gaza – coûtera, selon les estimations, environ 1,2 milliard de shekels.

Et obtenir les fonds nécessaires s’avère être une tâche difficile, confie Codish au Times of Israel.

Le gouvernement et la caisse de santé Clalit, qui est propriétaire de l’hôpital, ont récemment avancé vers un accord qui permettrait de financer les deux tiers des travaux, explique Codish. Le reste devra provenir de donateurs privés.

Codish a rencontré Smotrich, Katz, le maire de Beer Sheva, Rubik Danilovich, et d’autres responsables du gouvernement dans l’hôpital en date du 1er septembre, lorsqu’il a organisé une réunion de la commission spéciale de la Knesset pour le Développement du Néguev et de la Galilée.

De la fumée s’élevant d’un bâtiment du complexe hospitalier Soroka après avoir été touché par un missile tiré depuis l’Iran, à Beer Sheva, le 19 juin 2025. (Crédit : Leo Correa/AP)

Smotrich a ordonné la création d’une équipe de travail conjointe qui sera chargée d’élaborer les grandes lignes du plan de réhabilitation des bâtiments qui ont été endommagés. Elle devra déterminer les budgets et sélectionner les partenaires qui interviendront dans le cadre de ce projet.

« L’hôpital Soroka est au cœur de la médecine publique dans le Néguev », a commenté Smotrich. « Nous allons travailler rapidement de manière à lancer la remise en état de cet hôpital ».

Le porte-parole de Smotrich a fait savoir, la semaine dernière, que les instances gouvernementales « participaient toutes » au projet et qu’il y avait eu « des progrès et du bon travail » qui ont été effectués.

Codish évoque la réunion en rappelant un vieux dicton yiddish : « On ne compte son argent qu’en descendant les escaliers » – ce qui signifie en substance qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

« Toute cette région du pays dépend vraiment de ce qui va se passer maintenant », affirme-t-il.

L’évacuation de l’hôpital à la veille de l’attaque iranienne

Le 18 juin, pendant la guerre entre Israël et l’Iran, Codish avait ordonné l’évacuation d’environ 60 % du bâtiment 12, qui accueillait des patients. Le lendemain, un missile iranien l’avait directement touché.

« Les gens parlent de miracle en se souvenant de l’évacuation des lieux à la veille de l’attaque », dit-il. « Mais c’est impossible de compter sur les miracles ».

Le bâtiment 12 compte 270 lits. Aucun ne se trouvait dans des espaces blindés, susceptibles de résister aux attaques aux missiles.

« Ce bâtiment était opérationnel dans la mesure où il respectait les réglementations du ministère de la Santé, mais il est inadmissible, quoi qu’il arrive » de mettre les patients en danger, note-t-il.

Une grande partie de l’hôpital avait été évacuée dans le sillage de l’attaque au missile, et les ingénieurs s’étaient rapidement rendus sur le terrain pour garantir que les bâtiments étaient sûrs. Codish avait remis le service des urgences en état de fonctionnement et il avait ordonné que les salles d’opération restantes soient préparées à accueillir des patients au cas où des missiles prendraient à nouveau pour cible le secteur.

Six jours plus tard, un autre missile iranien s’était abattu sur un immeuble résidentiel à Beer Sheva, tuant quatre résidents et faisant au moins 22 blessés.

« Les gens doivent réaliser à quel point l’hôpital est important et à quel point nous sommes touchés en ce moment », précise Codish.

Un membre du personnel hospitalier circule dans une zone endommagée du complexe hospitalier Soroka bombardé par un missile iranien, à Beer Sheva, en Israël, le jeudi 19 juin 2025. (Crédit : AP Photo/Leo Correa)

L’hôpital fonctionne désormais avec 25 % de lits en moins qu’avant la frappe. 36 % de salles d’opération restent encore fermées. Quatorze seulement sont protégées contre les tirs de roquettes.

Quatre d’entre elles se trouvent dans le service de maternité.

Les services ont également été réorganisés ou regroupés pour pallier le manque, comme le service de gynécologie qui a été fermé et transformé en service commun pour les services d’urologie et d’ophtalmologie.

Codish explique que la priorité absolue de l’hôpital a été de remettre immédiatement en état les salles d’opération et les unités de soins intensifs endommagées afin que l’hôpital puisse retrouver ses pleines capacités. Il ajoute qu’il faut que toutes les salles d’opération soient dorénavant protégées.

« Si quelqu’un a une crise cardiaque dans le Néguev pendant une période d’escalade des combats, soit l’équipe médicale se rend dans une salle non protégée pour vous sauver la vie, soit elle ne le fait pas. En conséquence, soit vous ne survivez pas, soit vous allez développer des lésions cardiaques importantes », dit Codish. « Ce jeu de roulette russe doit cesser ».

Il ajoute qu’une fois les plans de l’hôpital finalisés, la construction d’un nouveau bâtiment entièrement protégé prendra six ou sept ans.

« Et j’espère que les gens auront la clairvoyance de nous aider dans cette tâche », déclare-t-il en évoquant les efforts qui visent à collecter des fonds pour le projet de travaux. « C’est là le véritable défi ».

La réduction du nombre de salles d’opération a également limité les possibilités d’emploi pour les professionnels de la santé, ce qui fait craindre qu’ils quittent l’hôpital pour aller travailler ailleurs.

Une équipe de traumatologie du centre hospitalier Soroka prend en charge un blessé. (Crédit : Soroka)

« Les infirmières partent déjà », constate Codish.

Les médecins envisagent également de partir, ajoute-t-il, notant qu’un nombre moindre d’internes en médecine commencent à travailler à l’hôpital, le programme de formation étant moins bon qu’avant dans la mesure où le nombre d’interventions chirurgicales a diminué.

« Dans quelques années, il y aura moins de médecins au sein de la communauté, et c’est vous qui en paierez le prix », s’exclame-t-il.

Un troisième défi consiste à renforcer une grande partie du reste de l’hôpital afin d’assurer la sécurité des patients lors d’éventuels conflits futurs.

L’hôpital en première ligne

L’hôpital Soroka avait été construit dans les années 1950 pour répondre aux besoins des soldats et des civils dans une région où les combats avec l’Égypte se poursuivaient, explique Codish.

« Vous savez, 70 ans plus tard, nous faisons toujours la même chose, nous sommes toujours en première ligne », indique-t-il.

Le 7 octobre 2023, quand des milliers de terroristes placés sous la direction du Hamas avaient envahi Israël, massacrant plus de 1 200 personnes et faisant de nombreux blessés, Soroka avait été l’un des hôpitaux les plus proches du théâtre des violences, prenant en charge, ce jour-là, 674 blessés.

Des Israéliens blessés arrivant au hôpital Soroka à Beer Sheva, dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023. (Crédit : Dudu Greenspan/Flash90)

Cela a été l’incident ayant fait le nombre le plus important de victimes dans un seul hôpital de toute l’Histoire d’Israël, selon Codish.

« Cela a été vraiment un événement exceptionnel dans l’Histoire de l’humanité et grâce à notre éthique, grâce à ce que nous sommes censés faire, presque personne n’a perdu la vie ce jour-là à Soroka », se rappelle-t-il. « Une fois que les gens arrivaient en vie à Soroka, ils repartaient en vie. »

L’hôpital est toujours en première ligne et accueille régulièrement des soldats blessés dans la guerre qui se poursuit à Gaza, des militaires qui sont évacués du front par hélicoptère.

Depuis le début de la guerre, l’hôpital a pris en charge plus de 4 400 blessés, dont plus de 3 300 soldats.

Le président Isaac Herzog, à gauche, visite le site d’une attaque iranienne au missile balistique contre l’hôpital Soroka à Beer Sheva, en compagnie du directeur général de l’hôpital, Shlomi Codish. le 19 juin 2025. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Fortifié sous les tirs

Codish estime que le renforcement d’une grande partie de l’hôpital est attendu depuis longtemps, après des décennies de tirs de roquettes en provenance de Gaza.

Au cours des 20 dernières années, dit-il, l’hôpital a connu « des cycles sans fin de fermeture et d’ouverture de services et de transfert de patients pendant les escalades des violences ».

Renforcer davantage l’hôpital contre les roquettes et contre les missiles contribuera à attirer de nouveaux résidents dans le sud, ainsi qu’à faire revenir ceux des communautés qui ont été évacuées, affirme-t-il.

« Cela aurait dû être fait depuis longtemps, mais je pense que le tir d’un missile iranien sur l’hôpital a été le signal d’alarme le plus significatif », a déclaré Codish. « Nous devons être mieux préparés et nous ne devons pas compter sur les miracles ».

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