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L’Iran utilise Lego et trollage sur les réseaux sociaux pour rallier l’opinion publique à sa cause

Suite aux menaces de Trump concernant le détroit d'Ormuz, une ambassade iranienne a ironisé en ligne en disant que Téhéran a "perdu les clés", une autre a cité Mark Twain pour se moquer du président US

Une vidéo iranienne sur le thème des Lego, générée par IA et produite par « Explosive Media », montre un soldat iranien en train de faire rôtir des hélicoptères américains au-dessus d'un feu. (Crédit : Capture d'écran/Explosive Media)
Une vidéo iranienne sur le thème des Lego, générée par IA et produite par « Explosive Media », montre un soldat iranien en train de faire rôtir des hélicoptères américains au-dessus d'un feu. (Crédit : Capture d'écran/Explosive Media)

AFP — Submergeant Internet de publications provenant d’ambassades du monde entier, partageant des vidéos avec des Lego tournant en dérision Donald Trump et postant même sur des comptes au nom de son guide suprême assassiné, l’Iran s’est lancé tête baissée à l’assaut des réseaux sociaux.

Cinq semaines après le début de la guerre qui les oppose à Israël et aux États-Unis, les autorités iraniennes ne ménagent aucun effort pour imposer leur discours en ligne.

Leurs activités sur X et sur d’autres réseaux sociaux ciblent le monde extérieur. X et la plupart de ses concurrents sont, en effet, interdits depuis des années en Iran, où ils ne sont accessibles qu’à l’aide d’un VPN permettant de contourner la censure interne.

Depuis le début de la guerre, le 28 février, les Iraniens n’ont pratiquement plus accès à Internet, suite à ce que Netblocks, un organisme de surveillance, décrit comme un « black-out Internet » qui a débuté il y a désormais 39 jours.

Une situation qui n’empêche toutefois pas certains responsables « autorisés » de se servir des réseaux sociaux, et notamment de X, pour mener des campagnes de propagande, alors même que ces plateformes restent inaccessibles aux simples citoyens iraniens – un double standard qui a provoqué la colère des militants pour les droits numériques.

Les ambassades à l’étranger participent également à ces actions. Certaines publications de Trump ont ainsi relancé des comptes jusqu’alors inactifs.

Lorsque le dirigeant américain s’est lancé dans une diatribe ponctuée de jurons à l’encontre de la république islamique, la menaçant de représailles si elle ne rouvrait pas le détroit d’Ormuz, l’ambassade d’Iran au Zimbabwe a rétorqué avec humour : « Nous avons perdu les clés. »

Évoquant une menace antérieure de Trump qui avait promis de renvoyer l’Iran à « l’âge de pierre », l’ambassade iranienne en Thaïlande a écrit : « À en juger par la façon dont le président américain s’exprime, avec un langage grossier digne d’un adolescent, il semblerait que les États-Unis aient atteint l’âge de pierre plus tôt que prévu. »

L’ambassade d’Iran au Royaume-Uni, pour sa part, a publié une citation qu’elle attribue au célèbre auteur américain Mark Twain : « Mieux vaut garder la bouche fermée et laisser les gens penser que vous êtes un imbécile, plutôt que de l’ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet. »

L’incident survenu la semaine dernière, durant lequel un avion de l’armée des États-Unis a été abattu et ses deux occupants se sont éjectés au-dessus de l’Iran avant d’être secourus par les forces spéciales américaines, a lui aussi mis en évidence la divergence des discours entre les deux camps.

Trump a salué l’opération, que Washington a présentée comme un succès, n’ayant fait aucune victime.

Mais dans leurs récits en anglais sur X, les médias iraniens pro-gouvernementaux, à l’instar de l’agence de presse Tasnim, ont surnommé l’opération « Tabas II », du nom du désert iranien où, en 1980, une tentative américaine de sauvetage par hélicoptère d’otages détenus à l’ambassade des États-Unis s’était soldée par un désastre.

Le groupe Explosive Media, qui se définit comme une « équipe d’animation iranienne spécialiste des Lego », a publié sa dernière vidéo sur l’incident. On y voit un personnage Lego représentant Trump, la main bandée, hurlant au téléphone en apprenant que l’opération a échoué et que l’hélicoptère de sauvetage américain a été abattu – une version que Washington nie catégoriquement.

Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, figure parmi les hauts dignitaires les plus actifs sur les réseaux sociaux. Il est considéré par certains analystes comme le numéro un de facto de l’Iran depuis l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei, le 28 février, au début de la guerre.

Faisant allusion aux menaces d’une invasion terrestre, l’ancien commandant des Gardiens de la Révolution a ainsi lancé, le 1er avril : « Si vous venez chez nous… vous rencontrerez toute la famille. Prêts à tirer et la tête haute. Nous vous attendons. »

L’assassinat de Khamenei, par ailleurs, n’a pas sonné le glas de son activité sur les réseaux sociaux : ses comptes sur X et Telegram continuent de poster, parfois plusieurs fois par jour, des passages de ses anciens discours.

« Suivre Jésus-Christ — que la paix soit sur lui — revient nécessairement à défendre la vérité et à désavouer les forces hostiles à la vérité », peut-on lire sur le compte X de Khamenei dans un message de Pâques inspiré de propos datant de 1995.

En outre, d’après Netblocks, ces « restrictions ont exclu la plupart des Iraniens du réseau mondial connu sous le nom d’Internet, leur laissant uniquement accès à un service numérique national, ou intranet ».

Autrement dit, la grande majorité des Iraniens ne peuvent plus accéder aux sites web internationaux ni aux réseaux sociaux. Seuls les services nationaux, notamment bancaires, de commerce en ligne et de VTC, restent accessibles.

Mohtaba, le fils et successeur de Khamenei, ne s’est pas encore montré en public depuis sa nomination au poste de guide suprême. Il dispose toutefois de ses propres chaînes X et Telegram, lesquelles sont largement utilisées.

Mais malgré la publication de communiqués et de messages de condoléances en son nom, aucune nouvelle photo ni aucun signe de vie n’ont encore été dévoilés.

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