Lorsque Bad Bunny chantera au Super Bowl, il le fera sous les encouragements de son producteur israélo-américain
Yuval Chain a participé à l'album du rappeur latino, lauréat d'un Grammy, après avoir travaillé avec des stars comme Drake ou Post Malone
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Lorsque le rappeur latino Bad Bunny montera sur scène, à la mi-temps du Super Bowl LX ce dimanche, le producteur israélo-américain Yuval Chain sera à l’écoute, histoire de voir si la chanson qu’il a co-produite, « El Clúb », fait partie de son set.
Pour Chain, ce serait un succès de plus à rajouter au Grammy Awards remporté au début du mois, dans la catégorie « Meilleur album de l’année » par l’album de Bad Bunny, « Debí Tirar Más Fotos », sorti en 2025 et sur lequel figure ce morceau.
« Tout cela me semble irréel », confie Chain au Times of Israel. « C’est ce dont je rêvais quand j’étais plus jeune. »
Aujourd’hui âgé de 33 ans, Chain, qui a grandi entre Jérusalem et Tel Aviv, s’est fait connaître dans le milieu de la musique latine et hip-hop, ces dernières années, grâce à la production de morceaux de styles très différents allant du rap moderne au reggaeton en passant par de la pop. En plus de Bad Bunny, qui est sans aucun doute le plus grand nom de la musique en ce moment, Chain a produit les célèbres rappeurs Sleepy Hallow (« 2055 »), Drake (« Rich Baby Daddy ») ou encore Post Malone (« Back to Texas »).
Chain ne sait pas encore si « El Clúb » fera partie des morceaux interprétés par Bad Bunny lors des 12 minutes qui lui seront alloués lors du Super Bowl. Le chanteur, qui a remporté six Grammy Awards, 17 Latin Grammy Awards, huit Billboard Music Awards et 13 Lo Nuestro Awards, a beaucoup de très bons titres, rappelle Chain.
Le nom de scène de Chain est UV Killin Em, une allusion à son nom hébreu, Yuval, et à la chanson de 2010 de Fabolous « You Be Killin Em ». Il n’a pas de problème à dire qu’il est israélien et n’en a pas du tout souffert, professionnellement parlant, assure-t-il.
La production musicale est un processus complexe qui implique un grand nombre d’intervenants entre l’écriture des chansons, les arrangements et les musiciens, explique Chain. Il y a encore quelques dizaines d’années, la production était un processus plus simple alors qu’aujourd’hui de nombreux morceaux impliquent plusieurs producteurs dans des studios différents, un peu partout dans le monde, ce qui peut parfois prendre des années. Avec des contributions parfois de l’ordre de quelques secondes seulement, qui seront utilisées dans une partie du morceau.
Chain est l’un des neuf producteurs du morceau « El Clúb » et sa contribution apparaît dès la toute première minute de la chanson. Interrogé si cela faisait un peu de lui le lauréat d’un Grammy Award, il fait une moue dubitative.
« Il faudrait que j’y réfléchisse », dit Chain. « Je suis presque sûr que tous ceux qui ont participé reçoivent une lettre ou un certificat, mais seules les personnes impliquées sur plus de 50 % de l’album se voient remettre un trophée. Il serait peut-être plus sûr de parler de ‘producteur de l’album primé aux Grammy Awards’. »
L’expérience de l’antisémitisme
Chain, qui a quitté Tel Aviv pour Los Angeles au moment de la pandémie de coronavirus, porte une étoile de David sur son lieu de travail, publie en ligne des articles sur la guerre d’Israël contre le Hamas, sans faire mystère de son identité juive.
« À chaque séance ou presque, quelqu’un me demande d’où je viens. Je ne cache jamais que je viens d’Israël », affirme-t-il. « Je n’ai jamais perdu de travail à cause de ça. »
Chain se souvient d’une fois où il a été harcelé en ligne après être apparu au générique d’une chanson de K-Pop, en Corée du Sud.
« Dès que cela s’est su, j’ai reçu des tonnes de messages et de commentaires. Certains étaient un peu dingues », dit Chain. « Mais en consultant les profils de certaines de ces personnes, j’ai constaté qu’ils étaient presque tous de Malaisie ou du Pakistan. »
« J’ai vu tout un fil de discussion sur Reddit sur la K-Pop sur la question de savoir si c’est acceptable de me détester parce que je suis israélien », poursuivit Chain. « Je trouve juste amusant que les gens passent leur temps à décider s’ils veulent détester quelqu’un à cause de ses origines. »
Des pauses incroyables
Les débuts de Chain dans la production musicale ont commencé discrètement. Né à New York en 1992, fils d’une mère israélienne et d’un père juif britannique, il est parti s’installer à Jérusalem, avec sa famille, quand il avait 5 ans. (Le grand-père paternel de Chain est Ernst Boris Chain, co-lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine en 1945 avec Alexander Fleming pour la découverte de la pénicilline.) Après ses trois ans de service militaire, il a étudié la production musicale à l’Université hébraïque, et lorsque la pandémie a frappé, est parti vivre chez sa mère à Tel-Aviv.
Chain met à profit ce temps, celui du confinement du monde entier ou presque, pour reprendre la guitare reçue pour sa bar mitsva et en jouer. Sur Reddit, il se met à suivre des personnes qui font et vendent de la musique depuis leur chambre. Ce qui l’inspire à faire de même.
« J’ai eu de bons retours de la part de parfaits inconnus, ce qui m’a encouragé à publier sur les réseaux sociaux et me créer un site », rappelle Chain. « J’ai rencontré des producteurs qui m’ont conseillé de venir m’installer à Los Angeles, de façon à ce que j’intègre leur collectif musical. »
Une fois sur place, il fait quelques collaborations musicales, notamment avec une amie nommée Shiv, installée dans le New Jersey. Lors d’une des visites de Chain sur la côte Est, Shiv et lui enregistrement quelques morceaux dans le sous-sol de Shiv, pour s’amuser. Shiv fait alors partie d’un groupe qui travaille avec Drake, et quatre mois après leur session, elle annonce à Chain que Drake (qui est juif) aime leur morceau et envisage de l’utiliser. Cela deviendra le morceau « Rich Daddy Baby », publié sur l’album de Drake « For All the Dogs », l’album de rap le plus vendu en 2023.
« C’est une toute autre histoire que celle de Bad Bunny », souligne Chain. « Là, je n’ai rien fait pour me faire connaitre. Alors qu’avec avec Bunny, j’ai mis deux ans à me rapprocher de lui, à force d’efforts. »
Chain a travaillé avec un producteur espagnol du nom de Saox, qui a envoyé des morceaux à l’équipe de Bad Bunny. Un peu avant Noël 2024, Bad Bunny passe sur les réseaux sociaux un court extrait de son prochain album, avec un extrait du morceau de Chain.
Sorti en janvier 2025, « Debí Tirar Más Fotos » a six nominations aux Grammy Awards. Le 1er février 2026, il remporte le prix de l’Album de l’année : c’est la toute première fois dans l’histoire des Grammy qu’un album en espagnol remporte cette victoire.
Qu’il soit ou non officiellement lauréat d’un Grammy, Chain profite de ce moment.
« Ces dernières années ont été fabuleuses », conclut-il. « Je connais des gens qui travaillent ici depuis des années et qui n’ont toujours pas eu leur chance. J’ai énormément de chance d’être dans cette situation, ce qui me faire dire qu’il faut croire en ses rêves. »
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