Mahmoud Khalil justifie le 7 octobre et minimise l’antisémitisme à Columbia – NYT
Dans un entretien avec Ezra Klein, le leader pro-palestinien et anti-Israël arrêté par les autorités fédérales en mars qualifie les accusations d'hostilité envers les Juifs "d'hystérie artificielle"
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Six semaines après sa libération du centre de détention fédéral américain, Mahmoud Khalil, le premier leader pro-palestinien arrêté par l’administration du président Donald Trump au printemps dernier, a défendu l’attaque du groupe terroriste palestinien du Hamas du 7 octobre 2023 et affirmé que les préoccupations concernant l’antisémitisme à l’université Columbia « d’hystérie artificielle ».
Khalil avait déjà utilisé cette expression en avril, dans une lettre rédigée depuis sa cellule peu après son arrestation par les services de l’immigration pour son rôle dans les manifestations pro-palestiniennes organisées à l’université. Des rassemblements qui, selon ses critiques, encourageaient l’antisémitisme.
Il a réitéré ses propos dans une longue interview accordée au chroniqueur du New York Times Ezra Klein, publiée mardi. Il s’agit de sa plus longue prise de parole publique depuis le début des accusations d’antisémitisme, qui ont fait de lui une figure emblématique de la répression menée par l’administration Trump contre les universités.
Au cours de l’entretien, Klein revient sur l’arrestation de Khalil le 10 mars, sur fond d’accusations d’incitation à l’antisémitisme à Columbia, et sur sa détention de trois mois dans un centre de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) en Louisiane. En juin, dans sa première interview depuis sa libération, Khalil avait affirmé au New York Times que son arrestation « s’apparentait à un enlèvement ».
Pendant leur échange, Klein évoque à plusieurs reprises son identité juive. Mais lorsque Khalil parle de son vécu personnel de l’antisémitisme et des accusations portées contre Columbia, l’échange devient plus tendu.
« Écoutez, je suis juif. Je ne prends pas l’antisémitisme à la légère. Vous devriez voir ma boîte mail. C’est vrai que les Juifs peuvent être en danger. Il y a eu de l’antisémitisme à Columbia. Mais personne n’y a couru le même danger que vous », a déclaré Klein.
« Je ne suis pas d’accord avec vous sur l’antisémitisme à Columbia. Je ne suis vraiment pas d’accord », a répliqué Khalil.
« Il n’y en avait pas ? » a relancé Klein
« Je ne dirais pas qu’il n’y en avait pas. Je dirais plutôt qu’il y a une hystérie artificielle autour de l’antisémitisme à Columbia à cause des manifestations », a répondu Khalil.
Il a ajouté que « les Proud Boys, un groupe d’extrême droite, étaient aux portes de Columbia. Et oui, il y a des incidents ici et là. Mais ce n’est pas comme si l’antisémitisme sévissait à Columbia à cause du mouvement palestinien. »
L’arrestation de Khalil en mars par les services d’immigration a marqué un tournant dans la campagne de l’administration Trump contre l’antisémitisme sur les campus universitaires. Depuis, plusieurs étudiants pro-palestiniens étrangers ont été interpellés et menacés d’expulsion, provoquant un tollé et des appels au respect de la procédure légale, y compris de la part de nombreuses organisations juives.
Le mois dernier, Columbia, où Khalil a obtenu un diplôme d’études supérieures, a conclu un accord de 221 millions de dollars avec le gouvernement fédéral pour mettre fin à une enquête sur des accusations d’antisémitisme. En juin, l’université a publié un rapport indiquant que près des deux tiers des étudiants juifs interrogés avaient déclaré ne pas se sentir acceptés en raison de leur identité religieuse au cours de l’année scolaire qui a vu l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.
« C’est pourquoi je rejette toujours ces accusations », a ajouté Khalil en réponse à l’invocation de l’antisémitisme à Columbia par Klein. « Je suis fermement convaincu que l’antisémitisme et le racisme anti-palestinien vont de pair. Ces incidents augmentent ensemble parce que ce sont les mêmes groupes qui les perpètrent de différentes manières. »
Khalil a également défendu les slogans « Mondialisez l’Intifada » et « Du fleuve à la mer, la Palestine sera libre », que les activistes pro-palestiniens qualifient de non violents, mais que de nombreux Juifs et Israéliens interprètent comme des appels à l’expansion des campagnes palestiniennes d’attaques terroristes contre des civils et au nettoyage ethnique des Juifs de la Terre sainte.
Il a également déclaré que les atrocités commises par le Hamas le 7 octobre violaient le droit international parce qu’elles visaient des civils, mais les a qualifiées d’inévitables.
Plus de 1 200 personnes, pour la plupart des civils, ont été assassinées lors du pogrom perpétré dans le sud d’Israël par le Hamas, au cours duquel des actes de brutalité extrême ont été recensés dont des violences sexuelles, des tortures, des mutilations et des démembrements, commis contre des civils dans leurs maisons et à un festival de musique. 251 personnes ont en outre ont été kidnappées et emmenées dans la bande de Gaza, où 49 d’entre elles, dont certaines ne sont plus en vie, sont toujours retenues en otage ainsi que le corps d’un soldat tué en 2014.
En ouverture de l’interview, Klein avait demandé à Khalil s’il pensait que le Hamas avait attaqué Israël pour provoquer « une sorte de guerre », ou si cette attaque visait à « rompre le statu quo » dans un conflit qui stagnait depuis des années.
« C’est plutôt la seconde option : c’était juste une façon de rompre le cycle, de briser le silence autour des Palestiniens », a répondu Khalil. « À mes yeux, c’était une tentative désespérée pour rappeler au monde que les Palestiniens existent et qu’ils font partie de l’équation. C’est ainsi que j’interprète les attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre. »
Tout en soulignant qu’il est contre le ciblage de civils, Khalil a insisté sur le fait « qu’on ne peut pas demander aux Palestiniens d’être des victimes parfaites ».
Il a aussi suggéré que les attentats étaient partiellement motivés par les avancées vers un accord de normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite.
« À ce moment-là, il n’y avait aucun processus politique », a-t-il expliqué. « Il était clair que l’accord entre Israël et l’Arabie saoudite était imminent, et que les Palestiniens n’auraient aucune voie vers un État ni vers l’autodétermination. Ils ont donc dû agir ainsi, selon leurs calculs – qui, de toute évidence, n’étaient pas les bons. »
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