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Malgré l’interdiction, les traitements capillaires toxiques font de nombreuses victimes

Après l'hospitalisation de 2 personnes en quelques semaines, la médecin autrice d'une étude sur l'acide glyoxylique dit que ce produit lissant entre toujours en Israël, s'infiltrant dans les cuirs chevelus

Cette photo illustrative prise le 3 février 2011 montre un lissage de cheveux dans un salon à Ipanema, Rio de Janeiro, Brésil. (Crédit : AP/Felipe Dana)
Cette photo illustrative prise le 3 février 2011 montre un lissage de cheveux dans un salon à Ipanema, Rio de Janeiro, Brésil. (Crédit : AP/Felipe Dana)

Les consommateurs devraient éviter d’utiliser tous les produits capillaires contenant de l’acide glyoxylique, a averti cette semaine un éminent médecin, après qu’une jeune fille de 17 ans a été admise à l’hôpital Shaare Zedek de Jérusalem pour une insuffisance rénale grave après un lissage des cheveux. C’est le deuxième cas de ce type en Israël en un peu plus d’un mois.

La professeure Linda Shavit, directrice de l’Institut de néphrologie pour adultes de l’hôpital, a déclaré au Times of Israel que depuis 2023, au moins 38 femmes et jeunes filles ont souffert d’une insuffisance rénale aiguë après s’être fait lisser les cheveux avec ce produit chimique. Toutes ont été hospitalisées. Plusieurs ont dû avoir recours à des dialyses.

« Passer de cheveux bouclés à cheveux lisses présente toujours un risque », a-t-elle indiqué. « C’est un processus chimique. »

L’adolescente a été admise fin décembre. À la suite du lissage, elle s’était plainte de vomissements, de vertiges et de maux de tête sévères. Elle a passé plusieurs jours à l’hôpital avant d’être finalement autorisée à sortir le 29 décembre.

Elle a affirmé à Shavit qu’elle ne « renouvellerait pas ce traitement », notamment parce qu’il « lui a fallu du temps pour se remettre », a rapporté la médecin.

La vente de produits contenant de l’acide glyoxylique a été interdite par le ministère de la Santé en 2023, à la suite d’une étude pionnière menée par Shavit et le Dr Alon Benaya, qui exerce également à Shaare Zedek. Cette étude a recensé 26 cas de filles et de femmes âgées de 14 à 58 ans, sans antécédents médicaux ni comorbidités, qui se sont présentées aux urgences dans tout le pays avec une insuffisance rénale grave.

Cette étude, qui a été publiée dans l’American Journal of Kidney Diseases, est la première au monde à documenter de nombreux cas d’insuffisance rénale suite à des traitements de lissage des cheveux.

Professeure Linda Shavit, directrice de l’Institut de néphrologie pour adultes à l’hôpital Shaare Zedek de Jérusalem. (Autorisation : Hôpital Shaare Zedek)

Depuis l’étude de Shavit, en France et dans d’autres pays, les autorités de santé ont déconseillé l’utilisation de produits contenant de l’acide glyoxylique. De nombreux pays, toutefois, n’ont instauré que des restrictions ou des réglementations – plutôt que des interdictions. Ces produits peuvent donc toujours être achetés en ligne à l’étranger, puis expédiés dans le pays.

« Je suis sûre qu’il existe encore des produits capillaires contenant de l’acide glyoxylique en Israël », a déploré Shavit.

Du cuir chevelu aux reins

Selon le Dr Marwan Abu Sneineh, néphrologue à l’hôpital Rabin, l’acide glyoxylique est un « atout pour la beauté », mais « ne doit pas être absorbé ni avalé, et ne doit pas pénétrer dans la circulation sanguine ».

Cette substance chimique est utilisée dans les produits de soin de la peau, mais à des concentrations plus faibles, qui sont considérées comme plus sûres.

Produits capillaires en vente dans un magasin de produits de beauté à College Park, en Géorgie, le mardi 6 mai 2025. (Crédit : AP/Stephanie Scarbrough)

Dans les produits capillaires, l’acide glyoxylique est employé pour sa capacité à modifier temporairement les liaisons dans la kératine, influant ainsi sur le caractère bouclé, ondulé ou raide des cheveux. La chaleur élevée générée par le fer à lisser permet quant à elle d’aplatir les cheveux. Cette chaleur, associée à une concentration plus élevée d’acide glyoxylique, augmente le risque d’absorption du produit chimique par la peau.

Selon Sneineh, qui a participé aux recherches de Shavit, les femmes et les adolescentes qui se sont présentées à l’hôpital pour une insuffisance rénale aiguë montraient toutes une irritation du cuir chevelu.

Dr Marwan Abu Sneineh, néphrologue à l’hôpital Rabin. (Autorisation : hôpital Rabin)

« Nous pensons que le cuir chevelu a servi de point d’entrée », a fait savoir Sneineh. « Le produit n’a peut-être pas été utilisé conformément aux instructions du fabricant. Il a peut-être été posé trop longtemps sur le cuir chevelu. Il a peut-être été chauffé et absorbé dans la circulation sanguine. »

Durant ce traitement, également connu sous le nom de « lissage brésilien », c’est lorsque le produit entre en contact avec le cuir chevelu – qui est poreux – que l’acide glyoxylique peut pénétrer dans la circulation sanguine.

Le corps tente alors de le décomposer.

« Une fois le produit dans le sang, le corps le transforme en oxalate », a expliqué Sneineh.

L’oxalate est un déchet chimique que le corps élimine généralement par l’urine. Mais si la quantité d’oxalate est trop importante, il peut alors former de minuscules cristaux rugueux, qui peuvent rapidement causer des ravages dans les reins.

« L’oxalate ne peut être éliminé que par les reins », a précisé Sneineh. « Ces cristaux peuvent se déposer dans les tubules rénaux et les obstruer ou les endommager. »

Les patientes qui ont participé à l’étude de Shavit ont souffert de douleurs abdominales, de nausées, de vomissements et d’éruptions cutanées sur le cuir chevelu après avoir utilisé des produits capillaires lissants. Leur âge moyen était de 28 ans, et la plupart n’avaient aucun antécédent médical.

Illustration : photo d’un salon de coiffure, le 18 décembre 2011. (Crédit : Uri Lenz/FLASH90)

Selon Shavit, toutes les patientes se sont rétablies après leur hospitalisation. Certaines ont néanmoins séjourné en soins intensifs.

« Si les reins subissent d’autres dommages, leur état pourrait devenir chronique », a-t-elle souligné.

Shavit mène actuellement des recherches supplémentaires , qui visent à déterminer si les femmes et les jeunes filles qui ont souffert d’insuffisance rénale à la suite d’un lissage des cheveux pourraient présenter une prédisposition génétique aux pathologies rénales.

Le prix de la beauté

Lors de l’application de tout produit lissant, il est « essentiel » de maintenir une distance d’au moins 1,5 centimètre du cuir chevelu, a fait savoir Shavit.

Après un traitement capillaire, l’un des premiers signes avant-coureurs d’un problème est l’apparition soudaine de nausées et de vomissements. Il faut également prêter attention à tout changement ou à toute douleur lors de la miction. Les symptômes apparaissent généralement en quelques heures.

Dans ces cas, il est primordial de consulter immédiatement un médecin.

Miro Vaknin, coiffeur à Nahariya, avec une cliente, Miri Levy, le 5 janvier 2026. (Autorisation)

Miro Vaknin, coiffeur à Nahariya, a confié au Times of Israel qu’il n’achetait que des produits approuvés par le ministère de la Santé.

« Je n’utilise pas de produits ‘premiers prix' », a déclaré Vakhnin. « Ceux qui achètent sur Internet ou auprès de vendeurs douteux prennent un risque. »

Vakhnin a également affirmé faire preuve de prudence lorsqu’il effectuait un traitement de lissage.

Sneineh, qui a étudié la médecine en Ukraine il y a plusieurs années, a expliqué avoir appris, en russe, une expression appropriée pour décrire la quête de la beauté.

« L’expression est : ‘Il faut se sacrifier pour être beau' », a-t-il ajouté. « Je ne pense pas que nous devrions nous sacrifier. »

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