Mansour Abbas : Les partis arabes “doivent” accepter le caractère juif d’Israël
Selon Bezalel Smotrich, le chef de Raam est un "ennemi dangereux - un loup déguisé en agneau" ; "il ne veut pas d’un État juif, il veut un califat islamique, estime Gilad Erdan
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Le chef du parti Raam, Mansour Abbas, et l’ancien député Yoav Segalovitz ont déclaré mercredi avoir réalisé des progrès en vue d’une alliance politique, alors qu’Abbas faisait face à une vague de critiques pour avoir affirmé que lui-même et d’autres élus arabes avaient été « contraints » d’accepter le caractère juif d’Israël.
Dans un communiqué conjoint, les deux élus ont confirmé s’être rencontrés plus tôt dans la journée pour poursuivre les discussions sur la possibilité que Segalovitz obtienne une place sur la liste électorale de Raam en vue des élections législatives du 27 octobre. Les deux hommes avaient confirmé il y a deux semaines qu’ils discutaient de l’adhésion potentielle de cet homme politique juif au parti islamiste.
« Ils ont discuté des détails de cette initiative et de son importance pour tous les citoyens de l’État d’Israël, ainsi que pour le tissu des relations judéo-arabes, dans un contexte marqué par de nombreux défis et par la nécessité de proposer une alternative politique digne de ce nom aux citoyens du pays, tant juifs qu’arabes. Abbas et Segalovitz continueront, dans les jours à venir, à faire avancer cette initiative dans l’intérêt d’un lien civique nécessaire et fondé sur des valeurs », a poursuivi le communiqué.
Le partenariat naissant avec Segalovitz et les propos d’Abbas sur le caractère juif d’Israël s’inscrivent tous deux dans le débat central autour de Raam : les partis qui espèrent évincer le Premier ministre Benjamin Netanyahu doivent-ils l’accueillir au sein d’une future coalition gouvernementale ?
Les sondages montrent que le Raam, qui avait rejoint une précédente coalition en 2021, permettrait à nouveau au camp anti-Netanyahu d’obtenir la majorité nécessaire pour gouverner. Les partisans de l’intégration de Raam citent les pourparlers avec Segalovitz comme preuve que le parti s’engage en faveur d’un partenariat arabo-juif. Mais certains détracteurs du parti, issu de la branche sud du Mouvement islamique, ne souhaitent pas s’appuyer sur un parti arabe pour former une coalition et ont critiqué le soutien d’Abbas à la création d’un État palestinien.
Ces critiques ont pris de l’ampleur mercredi après qu’Abbas a publié un long message en arabe sur les réseaux sociaux, dans lequel il a déclaré vouloir rétablir la vérité sur des positions qui, selon lui, auraient été « déformées » ces derniers mois.
« Premièrement, le caractère juif de l’État est une réalité qui nous est imposée. Ce n’est pas un choix que nous avons fait ; il s’agit plutôt du choix de la majorité juive et non d’une exigence de notre part », a-t-il écrit.
« Les partis arabes ont été contraints de l’accepter dans la pratique ; sinon, ils auraient été exclus des élections législatives et locales. »
On ignore ce qui a motivé les propos d’Abbas. Toutefois, un responsable anonyme de Raam a déclaré à la chaîne publique Kan qu’ils visaient à « contrebalancer l’intégration de Segalovitz au sein du parti, compte tenu des critiques internes ».
Bien qu’il soit à la tête d’un parti islamiste, Abbas a positionné sa faction comme un parti modéré qui, contrairement aux autres factions à majorité arabe, est ouvert à l’idée de siéger au sein d’une coalition gouvernementale – comme cela avait été le cas en 2021, lorsque le parti avait rejoint le gouvernement dirigé par Naftali Bennett.
Son message semblait refléter la loi israélienne. Le site officiel du gouvernement précise : « Un candidat individuel, un parti politique ou une liste électorale peut être disqualifié des élections israéliennes s’il agit, directement ou indirectement, contre l’existence de l’État d’Israël en tant qu’État juif. »
Dans son message publié sur Facebook, Abbas a défendu le bilan de Raam et sa participation passée à une coalition gouvernementale, affirmant que cela avait profité aux citoyens arabes d’Israël. Il a déclaré que le parti s’était attaché à « renforcer notre position et à garantir nos droits nationaux et civils », et qu’il « œuvrait à la défense de nos intérêts et à la protection de notre société et de notre peuple contre tout préjudice ».
« La position de Raam sur le droit du peuple palestinien à l’autodétermination et sur la reconnaissance d’un État palestinien aux côtés de l’État d’Israël est bien connue », a ajouté le député.
La nature exacte de l’alliance politique que Segalovitz et Abbas cherchent à former reste floue. L’ancien député de Yesh Atid aurait exclu toute adhésion à un parti qui ne reconnaîtrait pas Israël comme un État juif et démocratique.
Les députés de droite se sont immédiatement emparés de la déclaration d’Abbas.
Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, chef du parti HaTzionout HaDatit, a vivement réagi en qualifiant Abbas « d’ennemi dangereux – un loup déguisé en agneau » qui, depuis des années, « accumule du pouvoir » pour atteindre son « véritable objectif : le djihad et l’élimination des ‘infidèles’, en particulier les Juifs et l’État d’Israël ».
Gilad Erdan, chef du parti HaAkhdut (« L’Unité » en hébreu), a également critiqué ces propos, affirmant qu’Abbas « trompe la commission centrale électorale, trompe les citoyens et que certains se laissent prendre au piège ».
« Il ne veut pas d’un État juif, il veut un califat islamique », a-t-il ajouté.
Abbas a également démenti toute information laissant entendre qu’il ne reconnaissait pas « la Nakba » – terme arabe signifiant « catastrophe » et qui fait référence à l’indépendance de l’État d’Israël en 1948 et au déplacement massif des Arabes à cette époque.
Sa déclaration sur la question semblait viser à préciser son point de vue après qu’il eut suscité des critiques la semaine dernière en appelant Israël à reconnaître un « État palestinien indépendant » lors d’un discours prononcé devant les délégués de son parti lors de leur congrès à Tayibe.
Ces propos avaient suscité des critiques au sein même du bloc que Raam espère rejoindre, le favori des élections, Gadi Eisenkot, chef du parti d’opposition Yashar, ayant insisté sur le fait « qu’aucun État palestinien ne serait créé » par le gouvernement qu’il espère former.
Le lendemain, la chaîne publique Kan a rapporté qu’Abbas avait rassuré les dirigeants des partis d’opposition en leur affirmant que sa conviction quant au droit des Palestiniens à l’autodétermination ne se traduirait pas par une demande de changement de politique lors d’éventuelles négociations de coalition après les élections.
Dans son message, Abbas a également démenti toute information selon laquelle il ne reconnaîtrait pas la Nakba, terme signifiant « catastrophe » en arabe que les Palestiniens et leurs partisans utilisent pour désigner le déplacement massif de Palestiniens lors de l’Indépendance de l’État d’Israël en 1948.
« L’affirmation selon laquelle je nierais la Nakba, les déplacements de population ou le récit palestinien est une autre fausse accusation – une déformation et une falsification de mes propos, de leur sens et de leur interprétation de la part d’individus qui agissent de mauvaise foi », a-t-il écrit.
Semblant prendre conscience de la polémique que son message allait susciter, Abbas a conclu qu’interpréter correctement sa déclaration « exige de la bonne foi, un minimum d’équité, de sagesse et de responsabilité — des qualités qui font défaut à tous nos adversaires politiques ».
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