Musk intervient après un désaccord entre l’envoyé US contre l’antisémitisme et un éminent rabbin européen
Pinchas Goldschmidt attribue la montée de l'extrême droite "à l'insécurité ressentie par la 'vieille Europe'" face aux migrants du Moyen-Orient ; pour Yehuda Kaploun, l'immigration massive est responsable de la montée de la haine anti-juive
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JTA — Une querelle sur la manière de définir les causes de la montée de l’antisémitisme en Europe a dégénéré cette semaine en une confrontation publique entre deux éminents dirigeants juifs. Le milliardaire Elon Musk est intervenu pour apporter son soutien à l’envoyé spécial du gouvernement américain chargé de la lutte contre l’antisémitisme face à un rabbin européen de premier plan.
Le différend a porté sur les propos qui ont été tenus mercredi, au Forum économique mondial (WEF) par le rabbin Pinchas Goldschmidt, président de la Conférence des rabbins européens, lors d’une table ronde sur l’antisémitisme, l’extrémisme et la cohésion sociale.
Répondant à une question sur la montée de l’antisémitisme en Allemagne et au-delà, Goldschmidt a déclaré que le pogrom commis par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 avait été à l’origine d’une hausse spectaculaire du nombre d’incidents antisémites dans le monde entier, avec notamment ce qui s’est apparenté, a-t-il dit, à des activités organisées et soutenues par l’État sur les campus universitaires et dans les espaces publics.
Goldschmidt a établi un lien entre les développements politiques plus larges en Europe et les inquiétudes suscitées par la question de l’immigration.
« La montée de l’extrême droite dans de nombreux pays européens est à mon sens une réaction à l’insécurité ressentie par les ‘anciens Européens’ à l’égard des nouveaux immigrants venus du Moyen-Orient », a-t-il indiqué.
Il a ensuite fait valoir que lutter conjointement contre l’antisémitisme et l’islamophobie servait l’intérêt commun des communautés juives et musulmanes, citant des initiatives interconfessionnelles passées qui, selon lui, avaient contribué à promouvoir la cohésion sociale.
Le rabbin Yehuda Kaploun, envoyé spécial des États-Unis chargé de la veille et de la lutte contre l’antisémitisme, a publiquement critiqué les propos de Goldschmidt sur le réseau social X, les décrivant comme une interprétation erronée des facteurs à l’origine de l’antisémitisme contemporain en Europe. Une intervention qui a marqué l’une des premières prises de position publiques importantes de Kaploun depuis sa confirmation par le Sénat en décembre.
« Blâmer la ‘vieille Europe’ pour la recrudescence actuelle de l’antisémitisme est simplement honteux », a écrit Kaploun, arguant au contraire que les migrations massives ont joué un rôle important dans les récentes violences antisémites et les menaces à la sécurité des Juifs.
« Je suis fier de servir dans une administration qui a compris que la migration de masse est un facteur important de l’antisémitisme », a ajouté Kaploun. « Elle provoque des changements sociaux d’importance, et elle menace la sécurité de tous les citoyens. Cette administration, sous la direction du président Trump et du secrétaire Rubio, identifie et affronte les défis actuels avec détermination. La migration de masse elle-même menace la sécurité des Juifs et celle de toutes les communautés. »
Musk, propriétaire de la plateforme X, a repris et il a donné plus de visibilité aux critiques de Kaploun, republiant ses commentaires et répondant : « Exactement. Merci d’avoir pris la parole ». Une initiative qui a rapidement élargi le débat au-delà des cercles communautaires juifs.
La réaction de Goldschmidt ne s’est pas faite attendre. Quelques heures plus tard, il a réfuté la caractérisation de ses propos et affirmé qu’ils avaient été sortis de leur contexte. Il a ajouté qu’il ne reprochait pas à la culture européenne d’être antisémite, répétant que, pour lui, l’antisémitisme provenait de sources idéologiques multiples, notamment l’extrême droite, l’extrême gauche et la violence islamiste radicale.
« Je n’ai jamais reproché à la ‘vieille Europe’ la montée actuelle de l’antisémitisme », a souligné Goldschmidt, précisant que ses commentaires à Davos visaient à expliquer les réactions politiques à l’immigration, et non à excuser les attaques antisémites.
Un échange qui a mis en évidence le fossé grandissant qui divise les dirigeants juifs quant à la manière d’aborder l’antisémitisme dans le contexte de débats polarisés sur l’immigration, l’intégration et la sécurité publique, débats qui ont de plus en plus déteint sur la politique partisane aux États-Unis.
L’accent mis par Kaploun sur l’immigration a fait écho au discours du vice-président JD Vance, qui a expliqué en décembre que la réduction de l’immigration était « la mesure la plus importante » que les États-Unis pouvaient prendre pour lutter contre l’antisémitisme, tout en récusant les allégations d’une montée du sentiment antisémite au sein du Parti républicain.
Ce différend reflète également des tensions institutionnelles de longue date. Kaploun est affilié au mouvement Habad Loubavitch, désormais force dominante dans la vie communautaire juive en Russie et dans certaines régions d’Europe. Goldschmidt, ancien grand rabbin de Moscou, qui a quitté la Russie après avoir refusé de soutenir la guerre en Ukraine, représente pour sa part un système rabbinique européen qui s’est parfois opposé au Habad sur des questions d’autorité et de représentation.
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