Netanyahu a souvent été sauvé par des partis éphémères ; aurait-il fait son temps cette fois ?
Comme leurs prédécesseurs aujourd’hui disparus, des partis de centre-droit pourraient encore lui venir en aide sans pour autant lui assurer une majorité
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Il y a plus de dix ans, l’ancien ministre du Likud Moshe Kahlon, alors très populaire, annonçait en grande pompe la création d’un nouveau parti avec pour priorité la baisse du coût de la vie.
Cette formation de centre-droit, Kulanu, apparaissait alors comme un possible faiseur de rois, susceptible de faire pencher l’élection en faveur des adversaires de Benjamin Netanyahu. En 2015 comme aujourd’hui, une conviction largement répandue parmi les électeurs de l’opposition voulait que le Premier ministre sortant soit au pouvoir depuis trop longtemps et soit devenu une figure clivante, voire destructrice, de la vie politique israélienne. Durant la campagne, Kulanu avait pris pour cible le Likud de Netanyahu dans ses messages électoraux et aurait même conclu avec Isaac Herzog, principal rival du Premier ministre, un accord en vue de former un gouvernement.
Et pourtant, lorsque les résultats sont tombés au soir du scrutin, le Likud est arrivé nettement en tête. Avec ses dix sièges, Kulanu a rejoint la coalition de Netanyahu, et lui a assuré une courte majorité de 61 députés à la Knesset. Quatre ans plus tard, le parti de Kahlon fusionnait officiellement avec le Likud.
Kulanu s’inscrivait dans une longue succession de partis modérés qui ont, un temps, suscité l’enthousiasme et nourri les espoirs du centre-gauche israélien, avant de contribuer finalement au maintien de Netanyahu au pouvoir, parfois alors même que sa défaite semblait imminente. Ces formations ont également servi ses intérêts sur le plan idéologique : au gouvernement, elles faisaient contrepoids à ses alliés haredim et d’extrême droite, permettant ainsi à Netanyahu de se maintenir dans une position médiane.
Le même scénario pourrait-il se reproduire aujourd’hui ? Cette année, tandis que de nouvelles formations ont progressé dans le camp anti-Netanyahu, aucune personnalité émergente n’est parvenue à séduire véritablement les électeurs indécis. On observe en revanche une constellation de petites formations de droite qui ont refusé de se ranger derrière l’un ou l’autre camp et que certains, précisément parce qu’elles n’appartiennent pas au Likud, perçoivent comme une alternative relativement centriste.
Aucune de ces formations ne recueille, à elle seule, suffisamment de voix pour entrer à la Knesset. Mais une alliance pourrait, selon les sondages, leur permettre de décrocher une poignée de sièges et de s’en servir pour faire pencher la balance.
Les sondages israéliens montrent régulièrement que, même avec l’appui d’une formation de droite satellite, Netanyahu ne parviendrait pas à obtenir la majorité. Celle-ci pourrait néanmoins lui offrir une bouée de sauvetage en empêchant également ses adversaires d’en réunir une. Une telle configuration ouvrirait la voie à une nouvelle impasse politique, susceptible de provoquer de nouvelles élections et de permettre à Netanyahu de se maintenir au pouvoir.
Rien ne permet toutefois de penser que Netanyahu bénéficiera d’une telle bouée de sauvetage. Les dirigeants de ces formations alternatives de droite ont de profondes divergences avec le Premier ministre, notamment sur la question du service militaire des ultra-orthodoxes.
Surtout, ceux qui pourraient aujourd’hui venir au secours de Netanyahu pourraient hésiter à suivre la voie de leurs prédécesseurs, souvent vouée à l’échec. Certains partis autrefois alliés à Netanyahu ont survécu en rompant ensuite radicalement avec lui. Mais nombre de formations de centre-droit, autrefois très en vue, ont fini dans le cimetière déjà bien rempli des partis politiques israéliens après avoir pris leurs distances avec le Premier ministre, puis lui avoir offert un nouveau sursis. D’autres sont moribondes. Netanyahu, lui, est resté au pouvoir.
« Il a mérité la défiance et la méfiance de ses partenaires de coalition », a déclaré au Times of Israel l’ancien député de Kulanu Michael Oren, ancien ambassadeur de Netanyahu aux États-Unis il y a plus de dix ans. « L’obstacle, c’est Bibi. Et personne n’a envie de le sauver. »
Les centristes (pour la plupart) « à usage unique » qui ont sauvé Netanyahu
Au début de 2011, Netanyahu avait vu son mandat de Premier ministre, encore récent, fragilisé : Avoda, son partenaire de coalition, avait menacé d’écarter son chef, Ehud Barak, et éventuellement de quitter le gouvernement. Mais, dans un revirement inattendu, Barak et plusieurs de ses alliés avaient quitté Avoda pour fonder HaAtsmaout, une formation centriste qui était restée dans la coalition et qui avait continué de soutenir le gouvernement Netanyahu.
En 2013, HaAtsmaout avait disparu. Cette même année, une nouvelle formation centriste dirigée par Tzipi Livni avait remporté six sièges à la Knesset. Ancienne figure de premier plan du Likud, Livni avait mené campagne en attaquant vivement Netanyahu. Après le scrutin, pourtant, son parti, Hatnua, avait été le premier à conclure un accord de coalition avec le Premier ministre. (Un autre parti centriste nouvellement créé, Yesh Atid, s’était lui aussi allié à Netanyahu cette année-là. Il a depuis survécu en s’opposant à lui et il dirige aujourd’hui l’opposition à la Knesset.)
Le même scénario s’était reproduit deux ans plus tard. Le parti de Livni s’était fondu dans une alliance avec Avoda, tandis que Kulanu avait pris le relais et avait offert à Netanyahu un nouveau mandat. En 2019, Kulanu avait été à son tour en voie de disparition, tandis qu’Israël entrait dans une succession d’élections sans issue. Cette impasse n’avait pris fin que lorsque Kakhol Lavan, le parti de Benny Gantz créé pour évincer Netanyahu, avait finalement formé une coalition avec lui. Netanyahu était ainsi resté au pouvoir environ un an de plus avant d’en être brièvement écarté.
Depuis, Gantz a rejoint, puis quitté, un autre gouvernement Netanyahu. Il reste présent sur la scène politique, mais végète aujourd’hui dans le bas des sondages. Dans le même temps, un nombre croissant de responsables politiques anciens et actuels qui avaient autrefois contribué au maintien de Netanyahu au pouvoir appellent désormais à tourner la page du dirigeant du Likud. Au début de l’été, Livni s’est moquée de Netanyahu, qui semblait ne pas comprendre pourquoi il était devenu un paria politique.
« Faisons encore plus simple : ces principes fondamentaux, qui détruisent le pays, sont précisément la raison pour laquelle il ne faut pas lui permettre d’être Premier ministre », a-t-elle écrit sur X.
Un nouveau sauveur en vue ?
Cette année, tous les éléments semblent réunis pour qu’une nouvelle formation relativement centriste prenne le relais et contribue, à son tour, au maintien de Netanyahu au pouvoir. Au moins quatre petits partis se disputent le même électorat de droite, déçu par le Likud, mais pas nécessairement convaincu par ses principaux rivaux.
Le principal argument de chacun de ces partis tient au fait qu’aucun de leurs dirigeants ne s’appelle Benjamin Netanyahu. Contrairement au Likud, ils partagent en outre la volonté de soumettre les hommes ultra-orthodoxes au service militaire obligatoire. Refusant de s’aligner aussi bien sur Netanyahu que sur ses adversaires, les partis du « troisième bloc » affirment tous vouloir former un gouvernement large et modéré, réunissant le centre-droit et le centre-gauche.
Cette volonté de compromis se reflète jusque dans les noms de ces nouvelles formations : HaAkhdut, Bayit Tzioni – HaMiluimnikim et Yisrael Rishona.
Le problème est qu’elles sont quatre à convoiter le même vivier, relativement restreint, d’électeurs. Pour entrer à la Knesset, une liste doit recueillir au moins 3,25 % des suffrages, un seuil qu’aucune de ces formations ne semble actuellement en mesure de franchir seule. Elles disposent toutefois encore de quelques jours pour conclure une alliance avant la date butoir du 8 septembre pour le dépôt des listes de candidats. Réunies, elles pourraient alors peser dans la course.
Une récente analyse de la sondeuse Dahlia Scheindlin a montré qu’au total, quelque 17 à 19 % des électeurs israéliens restent indécis ou hésitent entre différentes formations de centre-droit. Si une partie de cet électorat se devait se reporter sur une nouvelle alliance de centre-droit, celle-ci pourrait obtenir suffisamment de sièges à la Knesset pour jouer un rôle décisif, ou du moins empêcher une défaite de Netanyahu en privant les deux camps d’une majorité.
« Un parti comme [Beit Tzioni – HaMiluimnikim] apparaît aux yeux de nombreux Israéliens comme une formation de droite modérée, ce qui correspond précisément au positionnement qu’occupait Kulanu », a déclaré Scheindlin au Times of Israel. « Je pense qu’à l’approche de la date butoir pour le dépôt des listes, ces partis vont arrêter leur composition. Puis, conformément à la tradition bien établie des partis éphémères israéliens, ce n’est qu’ensuite… qu’ils commenceront véritablement à définir leur identité et leur programme. »
Une alliance difficile à concrétiser
Netanyahu a récemment appelé à la formation d’un « large gouvernement national », une perspective susceptible de séduire les candidats de centre-droit, méfiants à l’égard de la gauche et considérant les partis arabes comme un anathème.
Mais même si ces formations parvenaient à s’unir et à entrer à la Knesset, rien ne garantit qu’elles seraient en mesure de maintenir Netanyahu à flot, compte tenu de sa faiblesse persistante dans les sondages. À l’inverse, elles pourraient également rechigner à s’allier à ses adversaires pour l’écarter du pouvoir, certains candidats de droite ayant exclu toute participation à une coalition comprenant Les Démocrates de gauche.
La plus grande ambition du centre-droit est de prendre la tête d’une coalition réunissant Netanyahu et ses adversaires centristes, tout en laissant de côté la gauche, l’extrême droite et les partis arabes. Il est néanmoins, difficile d’imaginer les centristes anti-Netanyahu rejoindre un gouvernement dirigé par un homme qu’ils ont décrit comme corrompu et dangereux. Il l’est plus encore d’imaginer Netanyahu accepter de jouer un rôle subalterne au sein d’un gouvernement dirigé par l’opposition.
Au-delà de ces délicats calculs de coalition, Netanyahu se heurte à un obstacle plus fondamental : les intérêts politiques de ses éventuels partenaires de centre-droit sont diamétralement opposés à ceux de ses alliés haredim.
C’est un problème auquel Kulanu n’avait pas été confronté en 2015. Le parti avait fait campagne sur la baisse du coût de la vie, notamment des prix de l’immobilier, une question que tous en Israël s’accordaient à juger urgente et qui transcendait les clivages politiques. Il avait toujours dépassé les prévisions des sondages. Cette position lui avait permis d’envisager aussi bien une alliance avec le Likud qu’avec ses adversaires.
« Je ne vois pas aujourd’hui de parti comparable à la Knesset », a déclaré Oren. « Tout le monde se concentre sur les haredim et sur les questions de sécurité. L’économie n’entre même pas dans l’équation. »
La question de la conscription militaire pourrait en revanche faire échouer toute alliance entre le centre-droit et les partis haredim de l’actuelle coalition de Netanyahu. Les alliés ultra-orthodoxes du Premier ministre s’opposent farouchement à la conscription des étudiants de yeshiva ; le centre-droit, lui, l’exige.
Cette question a déjà fait éclater de précédentes coalitions dirigées par Netanyahu et, cette fois, aucun des deux camps ne semble disposé à céder. Au moins l’un des nouveaux partis de droite, dirigé par l’ancien général Ofer Winter, partisan d’une ligne dure, affirme qu’il ne rejoindra pas un gouvernement Netanyahu tant qu’une loi sur la conscription n’aura pas été adoptée.
Pénurie de modérés
Le vivier de centristes encore disposés à considérer Netanyahu comme un partenaire acceptable se réduit lui aussi. Lors des élections de 2009 et de 2013, des formations appartenant au vaste camp du centre-gauche, comme Avoda ou Yesh Atid, étaient prêtes à rejoindre ses coalitions, alors bâties autour d’un Likud nettement plus modéré qu’aujourd’hui.
Aujourd’hui, plus de dix ans plus tard, presque toutes les formations du bloc anti-Netanyahu sont dirigées par des personnalités qui ont autrefois été ministres dans ses gouvernements. Son principal adversaire, Gadi Eisenkot, a lui-même siégé au cabinet de guerre formé à la suite du pogrom du 7-Octobre.
Gantz est l’une des rares personnalités malmenées politiquement par Netanyahu qui semblent encore disposées à gouverner à ses côtés. Son propre parti est toutefois en train de s’effriter.
Face aux incertitudes qui entourent le centre-droit, Netanyahu a préféré concentrer ses efforts sur l’unification de l’extrême droite. Il redoute que la dispersion des voix dans ce camp n’empêche une ou plusieurs formations de franchir le seuil électoral et ne prive ainsi son bloc de précieux suffrages. C’était ce qui était arrivé à Meretz en 2022, contribuant à la victoire de Netanyahu.
Jusqu’à présent, ses efforts ont porté leurs fruits dans une certaine mesure, puisqu’une fusion a déjà été conclue à sa droite. Et, par le passé, Netanyahu a régulièrement fait mieux que ne le prévoyaient les sondages, un bilan qui pourrait lui apporter un certain réconfort à l’approche du scrutin du 27 octobre.
Le centre-droit, lui aussi fragmenté, pourrait encore parvenir à s’unir. Les soutiens de Netanyahu pourraient se rapprocher davantage de la barre des 61 sièges que ne le laissent prévoir les sondages. Et une nouvelle formation modérée pourrait, une fois encore, permettre au Premier ministre ayant exercé le plus longtemps dans l’histoire d’Israël de se maintenir au pouvoir, ou simplement empêcher sa défaite, provoquant de nouvelles élections et le laissant, dans l’intervalle, à la tête d’un gouvernement intérimaire.
Mais Netanyahu pourrait aussi se réveiller, le 28 octobre, sans voie claire vers une majorité et sans qu’aucun adversaire rallié à son camp ne vienne, cette fois, à son secours.
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