Netanyahu presse Ben Gvir et Smotrich de s’unir face à l’envolée du parti de Winter
Un sondage du Times of Israël crédite Ofer Winter de 6 sièges et fait chuter HaTzionout HaDatit sous le minimum électoral. Netanyahu met en garde la droite, Ben Gvir crie au piège
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Jeudi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a invité le chef d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, et celui d’HaTzionout HaDatit, Bezalel Smotrich, à unir leurs partis d’extrême droite en vue des prochaines élections au moment-même où un sondage a crédité la toute nouvelle formation « Ton Peuple, Israël » de six sièges lors du prochain scrutin, ce qui aurait pour effet de sortir Smotrich de la Knesset.
Plus tôt dans la journée, Ofer Winter, ex-général de Tsahal, avait assuré que son nouveau parti soutiendrait Netanyahu au poste de Premier ministre. Cette déclaration n’a guère apaisé les craintes de Netanyahu que la multiplication de petits partis de droite n’en vienne à diviser son camp, à disperser les voix et, in fine, à lui faire perdre les élections.
Suppliques de Netanyahu et réponses cinglantes de Ben Gvir se sont étalées sur les réseaux sociaux, les deux hommes publiant des vidéos et des messages destinés tout autant l’un à l’autre qu’à leurs électeurs.
Dans une vidéo, Netanyahu a mis en garde contre le risque que les divisions de la droite ne lui coûtent les élections, citant en guise d’avertissement les élections de 1992, à l’issue desquelles le Parti travailliste d’Yitzhak Rabin l’avait emporté sur la droite.
« En 1992, la droite, comme aujourd’hui, avait plus de voix que la gauche. Mais à cause de la présence de trois partis, aucun n’avait obtenu le minimum électoral, et nous avions perdu contre la gauche, après quoi il y avait eu le désastre d’Oslo, Arafat ici, le Hamas là, et une suite ininterrompue de catastrophes », a déclaré Netanyahu. « C’est ce qui pourrait arriver cette fois encore. À chaque fois que nous sommes allés ensemble aux urnes, nous avons gagné. »
Netanyahu a reconnu que Ben Gvir et Smotrich avaient des « griefs personnels », mais qu’ils devaient les surmonter. « Je les inviterai dans les prochains jours. Nous ferons tous les efforts possibles pour nous unir, et c’est ce que l’opinion publique attend d’eux, à juste titre. »
Les deux partis avaient fait liste commune lors des élections de 2022 dans le cadre d’une alliance technique, avant de se séparer immédiatement après le scrutin.
Selon un sondage publié jeudi par Zman Yisrael, le site en hébreu du Times of Israel, s’ils s’unissaient, ils obtiendraient huit sièges, mais dans le cas de candidatures séparées, Otzma Yehudit en obtiendrait six et HaTzionout HaDatit n’obtiendrait pas le minimum électoral.
Ben Gvir a réagi par voie de communiqué en accusant Netanyahu de tenter d’affaiblir Otzma Yehudit pour mieux quitter le bloc de droite et former un gouvernement d’union centriste avec Gadi Eisenkot, la principale figure de l’opposition.
« Nous savons tous les deux quelle est la vérité : vous voulez que le parti Otzma Yehudit soit faible pour pouvoir rejoindre Eisenkot et mettre en place un “large gouvernement national” », a asséné Ben Gvir, suggérant que Smotrich s’allie à Winter.
« Ce n’est qu’avec un Otzma Yehudit fort, et une union des listes Smotrich et Winter, que l’on pourra former un gouvernement 100 % de droite. »
Netanyahu a aussitôt répliqué sur les réseaux sociaux, lançant à Ben Gvir : « Ne faites pas tomber la droite. »
« Je n’ai pas compris votre vidéo. Vous dites que je veux un “Otzma Yehudit faible” parce que je vous appelle à vous unir avec Smotrich ? C’est tout le contraire ! » a écrit Netanyahu.
« Selon tous les sondages, un bloc technique Ben Gvir + Smotrich donne un parti fort capable de fortifier la droite et de ne pas gaspiller ses voix », a-t-il ajouté.
« Smotrich tangente le minimum électoral. Si vous ne vous unissez pas à lui, nous aurons un gouvernement de gauche avec Eisenkot, Yair Golan et les partis arabes. »
« C’est la terre d’Israël qui est en jeu. Le peuple d’Israël qui est en jeu. L’État d’Israël qui est en jeu », a poursuivi Netanyahu. « Je ne peux pas imaginer qu’en raison d’ambitions personnelles, vous soyez prêt à mettre le pays en danger. Prenez la bonne décision : l’heure de l’unité a sonné ! »
De son côté, Eisenkot a répété à plusieurs reprises que toux ceux qui occupaient une « position de premier plan » le 7-octobre devait démissionner.
Winter soutient officiellement Netanyahu
Jeudi toujours, Ofer Winter avait affirmé que son parti ne recommanderait que Netanyahu au poste de Premier ministre à l’issue du scrutin.
« Nous faisons partie de la droite. Netanyahu est le chef de la droite, et il est la seule personne que nous recommanderons [au poste de Premier ministre] », a déclaré Winter dans un communiqué.
Avant sa déclaration, le Zman Yisrael, dans son sondage, l’avait crédité de six sièges. Le parti de Smotrich, HaTzionout HaDatit, qui brigue le même électorat — religieux, de droite et pro-implantations —, était quant à lui donné sous le minimum électoral.
Le sondage place néanmoins le parti Yashar d’Eisenkot en tête avec 26 sièges, suivi du Likud de Netanyahu avec 22 sièges, BeYahad de Naftali Bennett avec 14 sièges et Yisrael Beytenu, d’Avigdor Liberman, avec 10 sièges. Le Shas est crédité de neuf sièges, les parti YaHadout HaTorah et HaDemocratim de huit sièges chacun, la liste commune Hadash-Taal-Balad de six sièges, Otzma Yehudit six et Raam cinq.
Outre HaTzionut HaDatit, les parti Kakhol lavan de Benny Gantz, HaBayit HaTzioni – HaMiluimnikim de Yoaz Hendel et Chili Tropper, mais aussi HaAchdut de Gilad Erdan et Yuli Edelstein, seraient sous le minimum électoral.
Dès lors, les partis sionistes anti-Netanyahu membres du « bloc du changement » obtiendraient 58 sièges et le bloc pro-Netanyahu, avec « Ton Peuple, Israël » de Winter, 51, loin des 61 sièges requis pour obtenir la majorité à la Knesset. La liste commune Hadash-Taal-Balad et le parti Raam détiendraient les 11 sièges restants.
Le sondage de Zman Yisrael a été réalisé auprès d’un échantillon de 500 Israéliens, avec une marge d’erreur de ± 4,4 points.
Winter a rappelé les engagements politiques de son nouveau parti, en affirmant : « Nous ferons ce que nous voudrons. » Il s’est engagé à ce que les ultra-orthodoxes fassent leur service « avec ou sans les dirigeants politiques haredim », et il a réaffirmé son soutien à une « émigration volontaire depuis Gaza » ainsi qu’à ce qu’il a qualifié de « victoire décisive, et non de politique de contention ».
Winter a créé le parti « Ton Peuple, Israël » ce mardi à Jérusalem, en présentant sa formation comme un nouveau parti de droite destiné à mener une politique de sécurité ferme tout en cherchant à rassembler la société israélienne. Il a soutenu que les défaillances liées au pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 étaient la preuve du besoin de changement des figures politiques.
Lors de cet événement, Winter a souligné que son parti faisait « clairement et fièrement partie de la droite » et dit sa volonté de former un gouvernement de droite aussi large que possible, sans toutefois jamais parler de Netanyahu, laissant planer le doute sur l’identité du candidat que son parti soutiendrait, tout du moins jusqu’à sa déclaration de jeudi.
Netanyahu a réagi ä la nouvelle de la création du parti de Winter en réitérant ses mises en garde contre le risque que les petits partis de droite ne fassent perdre les élections à son camp. Il a souligné que les formations incapables de réunir un minimum de 3,25 % des voix allaient gaspiller les suffrages, et que celles qui y parviendraient risquaient d’évincer un parti de droite de la Knesset.
Limogé de l’armée en 2024 après une promotion ratée, Ofer Winter est un personnage polémique. A la tête de la brigade Givati lors de la guerre de Gaza, en 2014, il s’était attiré de vives critiques pour avoir rédigé un courrier à ses subalternes dans lequel il décrivait l’opération militaire en des termes religieux.
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