New Hampshire : un député a tenté de faire entrer le négationnisme à l’école
Un reportage relate les efforts déployés par le député Matt Sabourin dit Choinière de faire inscrire le négationnisme de la Shoah dans les programmes scolaires de l'État, des initiatives prises au mois de janvier
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

JTA — Un député républicain du New Hampshire s’est associé à un négationniste allemand notoire en vue d’intégrer la négation de la Shoah dans les programmes d’enseignement public de l’État.
Le député Matt Sabourin dit Choinière a réussi à convaincre la Commission du New Hampshire sur l’enseignement de la Shoah et du génocide d’entendre le témoignage de Germar Rudolf, chimiste allemand, déjà expulsé des États-Unis et qui a purgé une peine de prison dans son pays d’origine pour avoir fait l’apologie du négationnisme de la Shoah.
Sous l’impulsion de Sabourin dit Choinière, deux autres négationnistes ont également témoigné devant la Chambre des représentants de l’État, notamment un homme d’origine juive qui, depuis plus de vingt ans, organise chaque semaine des manifestations devant une synagogue du Michigan.
Les frasques de Sabourin dit Choinière ont été révélées par NPR mercredi. Mais les faits se sont en réalité déroulés au vu et au su de tous, au cours d’une réunion diffusée en direct de la commission des départements exécutifs et de l’administration de la Chambre des représentants de l’État, en janvier.
Au cours de la réunion, Sabourin dit Choinière a attesté avoir visité Dachau et vu une chambre à gaz – avant d’apprendre que personne n’avait jamais été gazé dans ce camp. (Le site historique de Dachau indique que la non-utilisation de cette chambre « reste inexpliquée ». Plus de 40 000 personnes sont mortes à Dachau.)
« Cela a été ma première interrogation, celle à partir de laquelle j’ai peu à peu développé une réflexion révisionniste sur la Shoah », a indiqué Sabourin dit Choinière avant d’expliquer qu’il avait été ravi de découvrir le « Comité pour un débat ouvert sur l’Holocauste », un groupe à l’origine d’une collection de 54 volumes qu’il a offerte au comité.
« En tant que science, le révisionnisme historique de la Shoah ne nie pas que les Juifs aient été persécutés, privés de leurs droits civils, déportés ou parqués dans des ghettos. Il ne nie pas que nombre d’entre eux ont été tués. Il cherche toutefois à comprendre pourquoi, comment et quand ils sont morts. Et il cherche à dissocier la vérité de la fiction », a-t-il ajouté.
« Il s’agit là d’une connaissance d’une importance vitale pour l’élaboration du programme de la Commission sur l’enseignement de la Shoah et du génocide », a-t-il poursuivi. « Si nous voulons que l’enseignement sur la Shoah et le génocide soit dispensé dans les écoles publiques du New Hampshire, ce qui, à mon avis, devrait être le cas, cela doit être fait de manière précise et fiable. »
Le Comité pour un débat ouvert sur l’Holocauste est dirigé par Rudolf, lequel, dans ses publications, a affirmé que le Zyklon B n’avait jamais été utilisé dans les chambres à gaz d’Auschwitz, a défendu le célèbre négationniste David Irving et a mis en doute les preuves photographiques des camps de concentration.
Très peu de personnes ont assisté à la réunion publique, dont le thème principal était le système de retraite de l’État. Parmi les participants, trois hommes ont témoigné. Il s’agissait de Rudolf et de deux membres de son groupe.
« J’ai à mon actif 35 ans de recherche, d’organisation de recherches, de conduite et de publication de travaux de nature médico-légale et archivistique sur la question de la Shoah », a déclaré Rudolf lors de son témoignage.
Les deux autres hommes venaient tous deux du Michigan. Henry Herskovitz, un habitant d’Ann Arbor qui, depuis des décennies, manifeste chaque semaine devant une synagogue, pendant les offices de Shabbat, évoquant la négation de la Shoah ; et David Skrbina, un ancien professeur de l’université du Michigan à Dearborn, auteur de nombreux ouvrages négationnistes qu’il a publiés sous un pseudonyme.
« Il s’agit d’événement historique d’une importance capitale. Nous devons donc examiner tous les aspects de ce sujet avec un esprit ouvert », a déclaré Skrbina à la commission. « Les exagérations, les mensonges, les erreurs grossières et les invraisemblances matérielles doivent être identifiés et éliminés si nous voulons apprendre de cet événement et rendre justice à ses nombreuses victimes. »
Pendant la réunion, les témoignages n’ont rencontré pratiquement aucune opposition. Un élu de l’État a même exprimé sa sympathie à leur égard.
« J’y suis allé. J’ai vu tout cela. Je l’ai ressenti en parcourant les lieux. Et je pense que le fait d’essayer de cacher la vérité sur ce qui s’est passé autrefois est une honte. Je tiens à vous remercier tous d’avoir porté cette question devant la commission aujourd’hui. Je pense que tous les élèves, partout, devraient savoir ce qui s’est passé », a indiqué la députée républicaine Susan DeRoy au panel suite aux témoignages de Rudolf et Herskovitz. « Ma question est donc la suivante : pourquoi veulent-ils étouffer cette affaire ? » (Le président a rejeté cette interrogation, estimant qu’il ne s’agissait pas d’une question appropriée. DeRoy n’a pas encore répondu à nos demandes de commentaires.)
Sabourin dit Choinière a également présenté un amendement proposant d’ajouter un membre du groupe extrémiste de Rudolf à la commission, laquelle supervise l’enseignement de la Shoah obligatoire dans les écoles du New Hampshire et s’apprête à mettre à jour les supports pédagogiques.
Cet amendement a été rejeté. Mais le simple fait qu’il ait été proposé et examiné a fortement inquiété Loren Selig, représentante démocrate de l’État du New Hampshire, juive et membre de la commission.
« Dire que j’étais choquée est un euphémisme », a confié Loren Selig à NPR, en évoquant le moment où sa collègue a présenté cet amendement. « Je n’arrivais plus à parler. »
Un autre membre de la commission, le rabbin Jon Spira-Savett, interrogé par la JTA, a qualifié cet incident de « effroyable ».
« Il n’est jamais bon que ce genre de choses soit rendu public », a déclaré Spira-Savett, qui préside le Temple Beth Abraham à Nashua, au sujet des propos du député flirtant avec la négation de la Shoah. « L’idée que l’enseignement de la Shoah devrait inclure la prise en compte du point de vue des négationnistes va tellement, tellement au-delà de ce que nous pouvons accepter. Il est terrifiant de penser que nous pourrions devoir défendre cette position ici, dans notre État, ou ailleurs. »
Créée en vertu d’une loi de l’État datant de 2020, la commission a pour tâche d’établir les lignes directrices de l’État en matière d’enseignement de la Shoah. Elle réunit des élus des deux partis. Sabourin dit Choinière n’en fait pas partie. Selon Spira-Savett, même si les membres de la commission sont dévoués à leur tâche, « l’État ne dispose pas de ressources considérables pour faire valoir cet enseignement ».
Outre son négationnisme, Rudolf a également un casier judiciaire : il a été condamné en Pennsylvanie, où il vit, pour exhibitionnisme, après avoir été arrêté pour nudité publique dans une aire de jeux.
Ces agissements de Sabourin et Choinière interviennent alors que le Parti républicain fait face à des tensions internes sur la question de l’antisémitisme. Les dirigeants du parti sont en effet divisés par des personnalités comme Tucker Carlson, Candace Owens et Nick Fuentes, qui ont minoré l’importance de la Shoah ou amplifié la voix des négationnistes. Lors de la conférence de la Coalition juive républicaine (RJC) au début de l’année, le sénateur du Texas, Ted Cruz, a déploré la montée de l’antisémitisme au sein du parti. Le vice-président JD Vance a pour sa part déclaré qu’il ne souhaitait pas prendre de mesures qui excluraient ces voix du parti.
Après la diffusion du reportage de NPR, un candidat républicain à une fonction publique étatique a rejeté le soutien que lui avait accordé Sabourin dit Choinière. Le groupe conservateur Americans For Prosperity, qui avait autrefois appuyé Sabourin dit Choinière, a quant à lui condamné l’antisémitisme dans une déclaration adressée à NPR.
Avant le reportage de NPR, les propositions de Sabourin dit Choinière au sein de la commission sur la Shoah n’avaient guère retenu l’attention du public. En janvier, un groupe progressiste du New Hampshire avait demandé au président de la Chambre, Sherman Packard, de retirer à Sabourin dit Choinière ses fonctions au sein des commissions. Des fonctions qu’il a pourtant conservées, selon le site web de la Chambre.
« Promouvoir le négationnisme de la Shoah et les théories du complot antisémites n’est pas compatible avec la fonction publique », a écrit un cofondateur de la Kent Street Coalition dans une lettre ouverte publiée sur un site d’information à but non lucratif. « Le représentant Sabourin dit Choinière doit être démis de ses fonctions au sein des commissions, par mesure de principe et par souci de responsabilité. »
Les commissions chargées de l’enseignement de la Shoah ont fait l’objet de controverses dans d’autres États. L’année dernière, la commission équivalente de Caroline du Sud a dû faire face à des divisions internes suite à la décision de son président de censurer le discours d’un rabbin local qui établissait un lien entre la Shoah et les politiques américaines actuelles. La commission du Texas a pour sa part récemment donné son avis sur une liste controversée de lectures obligatoires à l’échelle de l’État, et le gouverneur du Texas a récemment nommé un militant chrétien pro-israélien au sein de cette commission.
Sabourin dit Choinière n’est pas le seul membre de la Chambre des représentants du New Hampshire à avoir tenu des propos antisémites liés à la Shoah cette année. Un autre républicain, Travis Corcoran, a fait l’objet d’une procédure disciplinaire cette semaine, après avoir publié sur Twitter une blague sur la « solution finale » visant une collègue démocrate juive.
la Communauté du Times of Israël !







