Rechercher

New York: les opposants au boycott de la Park Slope Coop encaissent le vote communautaire contre Israël

Dans ce célèbre supermarché d'un quartier progressiste de Brooklyn, l'adoption d'une action du BDS contre les produits israéliens pousse les juifs et leurs alliés à choisir entre rester ou quitter la coopérative

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Des militants pour et contre le référendum du BDS devant la Park Slope Food Coop de Brooklyn, à New York, le 26 mai 2026. (Luke Tress/Times of Israel)
Des militants pour et contre le référendum du BDS devant la Park Slope Food Coop de Brooklyn, à New York, le 26 mai 2026. (Luke Tress/Times of Israel)

NEW YORK — En cet après-midi de mardi, partisans et opposants au boycott d’Israël battent le pavé devant la Park Slope Food Coop de Brooklyn. Distribuant des tracts et interpellant les clients, ils jettent leurs dernières forces dans la bataille avant un vote qui déchire profondément cette communauté coopérative – un vote qui, avec le temps, s’est transformé en enjeu majeur pour les juifs new-yorkais.

« Pour la santé de la coopérative, votez « Non » », lance ainsi aux clients un militant anti-boycott. « Préservons la coopérative des discriminations. »

« Votez « Oui » pour arrêter le génocide », réplique un partisan du boycott, brandissant une pancarte sur laquelle est écrit : « Vous ne pouvez pas dissimuler un génocide ».

Lors du scrutin qui se tient quelques heures plus tard, la coopérative approuve le boycott contre Israël à une large majorité des votes – plongeant les opposants à cette mise en quarantaine de l’État juif dans l’incertitude quant à leur avenir au sein de la structure.

Un différend qui est révélateur de la manière dont la question israélienne continue de fracturer les milieux progressistes américains et d’aliéner les juifs qui y appartiennent, et ce plusieurs années après le début de la guerre à Gaza.

Le boycott est adopté avec 67 % des voix. 31% de déclarent contre et il y a 2 % d’abstentions. Plus de 6 500 des 17 000 membres de la coopérative prennent part à ce scrutin.

Un pilier du quartier

Fondée en 1972, cette coopérative est un pilier de ce quartier aisé de Brooklyn, qui est réputé pour ses positions politiques progressistes et ses élégantes demeures en grès brun (brownstones).

Seuls les membres de la coopérative peuvent y faire leurs achats et ils doivent en outre effectuer des heures de travail dans les rayons de produits bio. Devant l’entrée, des clients ayant besoin d’aide pour porter leurs sacs patientent sur des bancs, en attendant que des coopérateurs de service les raccompagnent chez eux.

Ce vote sur cette action du BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) à l’encontre d’Israël a provoqué une véritable rupture au sein de la communauté.

Une affiche de la campagne contre le boycott de la Park Slope Food Coop de Brooklyn, à New York, le 26 mai 2026. (Luke Tress/Times of Israel)

La semaine dernière, la direction de la coopérative a prévenu ses membres que l’assemblée générale de mardi se tiendrait via Zoom,pour des questions de sécurité mais aussi en raison de l’affluence record attendue.

« Les employés, intervenants, le comité de présidence et d’autres membres avaient tous fait part de craintes concernant leur sécurité s’ils devaient assister à la réunion en personne », ont expliqué les coordinateurs dans un courriel interne obtenu par le Times of Israel.

Dans ce même message envoyé la semaine dernière, la direction précisait que les tensions existantes autour du vote avaient « dégénéré en confrontations verbales et, dans certains cas, en altercations physiques » entre les membres.

Menaces, hostilité et agents de sécurité

La coopérative a également fait l’objet de menaces ayant « requis une coordination avec le NYPD » (la police de New York).

Dès mardi, des agents de sécurité ont été déployés à l’entrée du magasin, tandis qu’il était demandé aux membres de « se traiter les uns les autres dans l’esprit de coopération qui a fait vivre cette communauté depuis des décennies ».

Certains membres du comité de présidence avaient fait savoir qu’en raison « de craintes liées au climat d’hostilité ambiant et pour préserver leur réputation », ils refusaient de présider des réunions relatives à Israël.

Des membres juifs, pour leur part, se sont plaints à la direction de se sentir « systématiquement pris pour cible et vilipendés » depuis des années, d’être harcelés et traités de « partisans d’un génocide » ou de « sionistes diaboliques ».

De son côté, dans un courriel adressé à ses partisans, le groupe pro-BDS a accusé les « sionistes » de tenter de « faire capoter le vote du boycott en utilisant l’intimidation et la peur ».

Selon les plaintes adressées à l’administration, un défenseur du BDS aurait reproché à un opposant son « privilège juif » lors d’une réunion du comité de résolution des litiges. D’autres militants auraient catégoriquement refusé de parler à quiconque était jugé « sioniste ». Le mois dernier, lors d’un débat, un intervenant s’en est pris au « suprémacisme juif », sous les applaudissements d’une partie du public.

Des militants pro et anti-BDS sur le trottoir devant la Park Slope Food Coop de Brooklyn, à New York, le 26 mai 2026. (Luke Tress/Times of Israel)

La portée de ce vote BDS demeure pour l’essentiel symbolique. Le boycott portera en effet sur huit produits – parmi lesquelles trois marques de tahini et les biscuits soufflés Bamba, de la marque Osem – ainsi que des « produits frais israéliens ».

Parmi les revendications du groupe figure également le « droit au retour » pour les descendants de tous les Palestiniens déplacés lors de la guerre de 1948, une mesure qui mettrait de facto fin à l’existence d’Israël en tant qu’État à majorité juive. Le fondateur du mouvement BDS a par ailleurs réaffirmé à plusieurs reprises que sa campagne rejetait le principe même de l’existence d’un État juif.

Les autorités politiques de la ville se positionnent

Des élus locaux, des rabbins, des organisations juives de premier plan, des collectifs militants antisionistes radicaux, ainsi que des membres et candidats au Congrès ont tous pris position dans ce conflit.

Avant le scrutin, la présidente du Conseil municipal de New York, Julie Menin, a déclaré au Times of Israel que la coopérative « avait longtemps rassemblé des personnes de tous horizons autour de la communauté, de l’inclusion et d’un objectif partagé », mais que ce vote BDS « ne faisait que diviser un peu plus les New-Yorkais ».

Mardi, une dizaine de militants des deux camps se sont fait face sur le trottoir, sous l’œil d’un vigile posté à l’intérieur du magasin. Les clients s’arrêtaient pour discuter ou annonçaient fièrement leur vote en entrant dans la boutique.

Le camp pro-BDS a brandi une copie de la charte de la coopérative, pointant du doigt une ligne stipulant : « Nous faisons en sorte d’éviter les produits liés à l’exploitation d’autrui ».

« Nous sommes une organisation en faveur de la justice alimentaire, pas un simple supermarché ! » a crié un partisan du boycott.

« Nous avons créé cette coopérative pour avoir des produits bio à des prix raisonnables. À ce compte-là, il faudrait boycotter tous les produits américains », lui a rétorqué une femme, membre depuis les années 1970. « Où est-ce qu’on s’approvisionnerait ? »

« C’est vraiment insupportable de se faire crier dessus », a soupiré une cliente âgée.

L’enseigne à l’entrée de la Park Slope Food Coop de Brooklyn, à New York, le 26 mai 2026. (Luke Tress/Times of Israel)

L’un des militants juifs a constaté que de nombreux opposants au boycott, anticipant une victoire du « Oui » et bien décidés à ne plus acheter ici, effectuaient leurs « dernières courses » avant le vote. Selon lui, des centaines de membres juifs s’apprêteraient à quitter la coopérative.

Une « immense déception »

Greg Snyder, qui est originaire de Park Slope et dont la famille fréquente la coopérative depuis une dizaine d’années, distribuait des tracts anti-boycott flanqués du slogan : « Pour le retour de la coopération. Pour la fin de la polarisation ».

Pour lui, ce boycott punit des producteurs indépendants qui ne sont en rien responsables des choix de leur gouvernement.

« Pourquoi s’arrêter à Israël ? Allons jusqu’au bout. Faisons-le pour les produits que la coopérative importe de Chine, du Pakistan, d’Indonésie, de Russie ou des États-Unis », a-t-il déclaré. « Faisons-le pour absolument tout, et d’ici peu, il n’y aura plus de coopérative. »

Snyder a expliqué avoir grandi dans un foyer mixte, né d’une mère syro-libanaise chrétienne et d’un père juif ashkénaze. Il porte sur l’avant-bras un tatouage en arabe qui signifie « Puisses-tu rester sain et sauf pour moi », une expression que ses grands-parents utilisaient. Il s’est rapproché du judaïsme après le pogrom commis par le Hamas, en octobre 2023, ce qui l’a poussé à s’engager contre le boycott.

« La question va au-delà d’un conflit en particulier. Il s’agit d’être inclusif, de maintenir un climat d’entraide et de ne pas créer de fâcheux précédents en mettant en place des pratiques d’exclusion », estime-t-il.

Un rassemblement des deux camps de militants devant la Park Slope Food Coop de Brooklyn, à New York, le 26 mai 2026. (Luke Tress/Times of Israel)

Les membres de la coopérative avaient débattu d’un éventuel boycott d’Israël depuis 2011, au bas mot – mais le mouvement a pris une ampleur inédite suite à la guerre à Gaza, qui avait été déclenchée par le pogrom du 7 octobre 2023. Israël rejette catégoriquement toute accusation de génocide.

La réunion virtuelle de mardi soir a duré plusieurs heures. Juste avant le scrutin principal, les militants du BDS ont réussi à faire adopter une motion visant à abaisser le seuil requis pour valider un boycott : la majorité qualifiée de 75 % a ainsi été abaissée à la majorité simple (plus de 50 %). Sans ce changement de règle, le boycott n’aurait pas recueilli suffisamment de voix pour être validé.

« Tant qu’Israël ne se conformera pas au droit international, notamment en mettant fin aux pratiques discriminatoires illégales dans le traitement des Palestiniens, la Coop ne vendra plus de marchandises produites en Israël (dans ses frontières d’avant 1967) ou dans les colonies israéliennes des territoires palestiniens occupés », stipule la résolution adoptée.

Une fois le résultat connu, les opposants à la mesure ont organisé une réunion téléphonique d’urgence avant d’envoyer un courriel à leurs partisans.

« Le vote de ce soir n’est pas le résultat que nous espérions. C’est une immense déception. Il n’y a pas d’autres mots », a écrit le collectif anti-boycott, baptisé Coop 4 Unity.

Le groupe a révélé que, selon un sondage interne réalisé la semaine dernière, environ 60 % de ses membres avaient prévu de démissionner ou de se mettre en congé de la coopérative en cas de victoire du BDS.

Coop 4 Unity a toutefois exhorté ses sympathisants à « ne prendre aucune décision définitive pour le moment », évoquant des irrégularités dans la procédure de vote et signalant que des problèmes techniques et de procédure avaient empêché certains participants de voter.

Le collectif étudie désormais une stratégie judiciaire et prépare d’autres modes d’action pour les semaines à venir.

« La Coop va, et depuis toujours, bien au-delà des enjeux ponctuels. Le fait de garder cet esprit est un combat qui en vaut la peine », conclut le message.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.