Pays-Bas : Les dirigeants réagissent de manière contradictoire aux attaques visant les Juifs du pays
Après les attaques visant école et synagogue à Rotterdam et Amsterdam, des responsables condamnent l’antisémitisme tout en invoquant la guerre à Gaza
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AMSTERDAM – Lorsqu’une émission télévisée pour enfants, diffusée sur la chaîne publique néerlandaise NOS, a suggéré sur les réseaux sociaux que l’attentat à la bombe incendiaire visant une école juive orthodoxe à Amsterdam, vendredi soir, pouvait s’expliquer par « les guerres menées par Israël au Moyen-Orient », ces propos ont rapidement été dénoncés par des législateurs et des militants pro-Israël.
Dans une publication en ligne, le « Jeugdjournaal », un journal télévisé destiné aux enfants de 9 à 12 ans, expliquait l’attaque contre l’école par le fait que « la plupart des habitants d’Israël sont juifs. Et aux Pays-Bas, il y a des Juifs qui soutiennent ce pays. C’est pourquoi ils font l’objet de réactions haineuses de la part de personnes qui soutiennent les Palestiniens à Gaza ».
Ni cette publication ni la tentative d’incendie criminel visant l’école Cheider à Amsterdam ne peuvent être considérées de manière isolée.
Moins de 24 heures avant l’attaque à Amsterdam, un engin incendiaire a explosé devant une synagogue de la ville voisine de Rotterdam. Quatre hommes ont été arrêtés peu après l’incident qui, selon les procureurs lundi, « visait à terroriser la communauté juive ».
Les critiques estiment que les propos tenus dans cette émission reflètent un phénomène plus large de minimisation, voire de justification, de l’antisémitisme par certains responsables politiques, journalistes et éducateurs, qui invoquent systématiquement Israël à chaque attaque visant la communauté juive néerlandaise.
Les attaques d’Amsterdam et de Rotterdam ne semblent pas être liées à Gaza et s’inscriraient plutôt dans le modus operandi de réseaux soutenus par la République islamique d’Iran en Europe. Le ministère israélien des Affaires de la Diaspora les attribue à une organisation terroriste nouvellement identifiée, liée au régime iranien : Harakat Ashab al-Yamin al-Islamia.
Selon Naomi Mestrum, directrice du Centre d’information et de documentation sur Israël (CIDI), la formulation du Jeugdjournaal n’est qu’un exemple parmi d’autres d’un paysage médiatique néerlandais « truffé de journalistes incapables de contenir leurs réflexes militants ».
« Leurs opinions s’immiscent dans les reportages et empoisonnent les nouvelles générations », a ajouté Mestrum.
La directrice du CIDI considère cette publication, supprimée après une vague d’indignation, comme « une justification implicite » du ciblage de la communauté juive.
« C’est une excuse pour l’antisémitisme, et cela instaure une distinction entre les ‘bons’ Juifs antisionistes et les ‘mauvais’ Juifs qui se sentent liés à Israël », a-t-elle déclaré.
Les médias n’ont pas été les seuls à être critiqués à la suite des attentats dans les deux plus grandes villes néerlandaises. Le Premier ministre nouvellement élu, Rob Jetten, a assuré « qu’il ne peut y avoir aucune place pour l’antisémitisme aux Pays-Bas ». Ses détracteurs rappellent toutefois qu’il avait participé de manière très visible à la manifestation « Red Line » en mai dernier.
Organisée par plusieurs organisations anti-Israël, cette manifestation avait vu des drapeaux de la République islamique d’Iran être brandis. Ce pays est soupçonné d’avoir participé, ou du moins d’avoir inspiré, les attentats d’Amsterdam et de Rotterdam.
Gidi Markuszower, député juif récemment dissocié du Parti de la liberté d’extrême droite et désormais à la tête de son propre groupe de sept membres à la Chambre basse, a qualifié les propos de Jetten de « purement déclaratifs ». Selon lui, les auteurs des attaques n’ont rien à redouter du système judiciaire néerlandais, pas plus que de « l’élite politique ».
Samen trekken we de rode lijn. ????
Kippenvel. Vandaag liepen meer dan 100.000 mensen mee in de protestmars in Den Haag. Mensen van alle leeftijden, achtergronden en overtuigingen verenigd door één dringende boodschap aan het kabinet:Doe alles wat in je macht ligt om Israël te… pic.twitter.com/frStzAkMpS
— Rob Jetten (@RobJetten) May 18, 2025
« Toute la gauche a défilé à la Red Line », a ajouté Markuszower. « Ils accusent quotidiennement l’État juif de génocide, et des ministres néerlandais soutiennent les terroristes palestiniens avec l’argent des contribuables. Ces attaques ne sont pas survenues dans le vide. »
La ministre de l’Éducation, Rianne Letschert, membre du parti de centre-gauche Démocrates 66 de Jetten, a qualifié l’attaque contre le Cheider de « nouveau seuil choquant d’intimidation et d’antisémitisme ». Les critiques soulignent toutefois qu’en tant que présidente de l’université de Maastricht, elle n’a pas fait grand-chose pour lutter contre l’antisémitisme sur son campus, malgré ce que le quotidien De Telegraaf a décrit comme des « menaces, intimidations et humiliations généralisées visant les étudiants et le personnel juifs ».
Na de Oorlog, qui signifie « après la guerre » en néerlandais, est une organisation qui envoie des intervenants, souvent des survivants de la Shoah ou leurs descendants, dans les écoles afin de sensibiliser les enfants néerlandais à la Shoah. Malgré les déclarations de Letschert condamnant l’antisémitisme, l’organisation affirme que son ministère a décidé de mettre fin à tout financement du programme.
Henri Bontenbal, chef du parti chrétien-démocrate CDA, a qualifié ces attaques « d’inacceptables et de lâches » et déclaré que « l’antisémitisme est un poison contre lequel nous devons continuer à lutter ».
Mais Esther Voet, rédactrice en chef de l’hebdomadaire juif Nieuw Israëlietisch Weekblad, a rappelé qu’au cours de la campagne électorale de l’année dernière, Bontenbal avait affirmé que « si nous avons toujours considéré qu’il était important de soutenir la communauté juive, nous avons désormais changé d’avis ».
« J’ai presque envie de crier : ‘Mais à quoi pensiez-vous ?!’ Que détourner le regard, minimiser l’antisémitisme et tenir des propos apaisants face aux discours de haine n’auraient pas de conséquences ?! », a écrit sur X Mona Keijzer, ancienne députée chrétienne-démocrate qui siège désormais au Parlement en tant qu’indépendante.
La maire d’Amsterdam, Femke Halsema, fait également l’objet de critiques. Bien que de nombreux membres de la communauté juive de la ville ont salué sa réaction face aux attaques, d’autres ont rappelé qu’après avoir initialement qualifié les attaques contre des supporters de football israéliens et juifs dans sa ville en novembre 2024 de « pogrom » et de « chasse aux Juifs », elle refuse depuis d’utiliser ces termes et a adopté la position de la majorité de gauche au conseil municipal d’Amsterdam, selon laquelle les supporters du Maccabi Tel Aviv étaient responsables de ces violences.
Ronny Naftaniel, militant pro-Israël et fondateur du CIDI, dénonce ce qu’il perçoit comme une forme d’hypocrisie chez certains responsables politiques progressistes locaux.
« [Ils] dénoncent avec force l’attaque contre une école juive, mais passent sous silence leur projet problématique de référendum visant à rompre tous les liens entre la ville et Israël. Un tel projet alimente l’antisémitisme et rend la vie des Juifs à Amsterdam pratiquement impossible », a-t-il déclaré.
Des responsables politiques de gauche extérieurs à la nouvelle coalition centriste se sont eux aussi joints aux condamnations des deux attaques. Les propos du chef de file de Gauche verte-Travailleurs, Jesse Klaver, affirmant sur X que « l’antisémitisme est inacceptable », ont toutefois suscité de nombreuses moqueries, certains y voyant une contradiction avec les positions défendues par son parti.
Des utilisateurs ont notamment rappelé que ce même parti avait, l’année dernière, présenté au Parlement une résolution visant à interdire l’exportation de composants destinés au système antimissile israélien Dôme de fer, que le texte qualifiait « d’arme offensive ».
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