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Pessah sous le signe de la guerre contre l’Iran, avec des commerces qui luttent pour garder la tête hors de l’eau

A Tel Aviv, la fleuriste Yael Ben Cnaan a du mal à faire tourner sa boutique en ce qui devrait être sa meilleure saison ; le ministère des Finances déplore la perte de 4,3 milliards de shekels chaque semaine

Yael Ben Cnaan prépare un bouquet la veille de Pessah dans sa boutique Bishvil Flowers à Tel Aviv, le 1er avril 2026. (Theia Chatelle via la JTA)
Yael Ben Cnaan prépare un bouquet la veille de Pessah dans sa boutique Bishvil Flowers à Tel Aviv, le 1er avril 2026. (Theia Chatelle via la JTA)

JTA — Le 9 mars, veille de la reprise de Bishvil Flowers, un fleuriste situé dans le quartier de Lev Hair, une bombe à fragmentation iranienne est tombée dans la rue.

Le choc a fait voler en éclats les vitrines du magasin et laissé des traces d’impact dans les murs. Les fleurs qui se trouvaient à l’intérieur, auxquelles Ben Cnaan n’a pas eu accès du fait de la fermeture de la rue par les services de police, ont toutes fané.

« Tout ce temps-là, je n’ai pas pu ouvrir. Je n’ai eu aucune rentrée d’argent mais les frais, eux, ont continué : loyer, factures, commandes, bref tous les engagements pris en ouvrant ce commerce », explique Ben Cnaan.

Tout cela s’est passé quelques jours avant la fête de Pessah, qui, souligne Ben Cnaan, suscite normalement une grosse activité pour les fleuristes.

« La survie du commerce dépend de ce que nous gagnons à ce moment-là », explique-t-elle lors d’une interview dans sa boutique.

Manifestement peu impressionnée par le tir de missile, Ben Cnaan n’a pas attendu pour lancer une campagne de financement participatif et publier sur Instagram qu’elle allait bientôt rouvrir et pouvoir prendre un petit nombre de commandes avant les fêtes. « Je n’ai pas le choix. Si je ne vends pas de bouquets, je vais être obligée de fermer. »

La collecte de fonds en ligne lui a permis de récolter 45 000 NIS, ce qui, selon elle, lui permet de prendre en charge les réparations à court terme. Mais le sort à plus long terme de sa boutique – un pilier de la communauté depuis 17 ans – demeure incertain.

Une femme montre la notification d’alerte missile reçue sur son téléphone au moment où les riverains se mettent aux abris après un tir de missiles en provenance d’Iran à la veille de Pessah, à Mishmar David, le 1er avril 2026. (Nati Shohat/Flash90)

Dans son message sur Instagram annonçant la reprise de l’activité, elle demande aux membres de sa communauté de lui acheter des fleurs ou de faire des dons pour aider son entreprise. « Je doute que cela suffise », ajoute Ben Cnaan.

Près de quatre semaines depuis le début de la guerre entre Israël et l’Iran, qui s’est rapidement transformée en conflit régional, des histoires comme celle de Ben Cnaan sont monnaie courante. Les entreprises souffrent des fermetures répétées et des dégâts occasionnés par les missiles iraniens, qui ont tué 16 civils israéliens et ressortissants étrangers en Israël, ainsi que quatre Palestiniennes en Cisjordanie, depuis le début des hostilités.

En ce jour où les Israéliens s’apprêtent à fêter Pessah, la guerre ternit les célébrations. Mercredi soir, l’Iran a tiré sa plus importante salve de missiles depuis le début de la guerre au moment-même où les familles se retrouvaient pour le seder.

Les tirs de missiles ont perturbé les préparatifs de la fête. Toute la journée, les Israéliens ont dû interrompre la préparation du repas ou le grand nettoyage pour se ruer aux abris.

En raison de l’interdiction des grands rassemblements publics, toujours en vigueur, les grands seders publics, comme ceux qu’organisent habituellement des synagogues de Tel Aviv, ont des listes d’attente longues de plusieurs centaines de noms. Et les hôtels qui organisent des retraites pour Pessah ont enregistré de nombreuses annulations, faute pour les touristes étrangers de pouvoir se rendre en Israël ou pour les familles de pouvoir se déplacer, préférant rester chez elles.

Cette guerre ravive la réflexion autour du sens de cette fête.

« On sait que Pessah s’est célébré dans toutes sortes de circonstances, parfois surréalistes. Ma grand-mère racontait des histoires sur Pessah pendant la Shoah », se rappelle Avital Rosenberger, cheffe de l’unité d’urgence de la branche israélienne du Joint Distribution Committee. « Il est de notre notre mission de nous souvenir, de continuer à faire ce que nous faisons habituellement et de nous interroger sur le sens profond de la liberté. »

Le lieu où un missile tiré depuis l’Iran en direction d’Israël a endommagé des immeubles, dans la ville méridionale de Dimona, le 22 mars 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Le Joint Distribution Committee est en première ligne pour aider les Israéliens affectés par la guerre, à commencer par les habitants de Beit Shemesh, Arad et Dimona dont le logement a été détruit par des missiles balistiques.

Les personnes impliquées dans les opérations de secours craignent que l’ampleur réelle des dégâts ne soit perceptible qu’une fois la guerre terminée.

« Nous avons la tête dans le guidon, je ne pense pas que nous voyions bien la totalité de ce qui se passe », explique Rosenberger.

« Certains dégâts, notamment sur le plan psychologique et émotionnel, ne se manifesteront qu’à la fin. Nous entrevoyons déjà un peu ce qui nous attend. »

Le bilan humain, toujours plus lourd, est l’une des dimensions de ces dégâts. Et le cas de Ben Cnaan souligne, lui, les effets économiques de la guerre.

Le matin de Pessah, alors que de nombreux commerces de la rue Lincoln sont fermés, Ben Cnaan est au travail, en train de prendre des commandes et de faire des bouquets pour ses clients de dernière minute.

Artiste conceptuelle et tatoueuse installée à Tel Aviv, elle a travaillé sur des films comme « Beirut », avec Jon Hamm, avant de travailler des années durant dans cette boutique de fleurs avant de la reprendre.

Dans la mesure où son commerce a été endommagé à cause de la guerre, elle a droit à une indemnisation de l’État pour compenser ses pertes d’exploitation et prendre ancrage une partie des réparations. Ce qui ne l’empêche pas de craindre de devoir fermer si les affaires ne reprennent pas rapidement.

Selon les estimations du ministère des Finances, l’économie perd chaque semaine, au bas mot, 4,3 milliards de shekels à cause des combats. Au moment où les prix du gaz continuent d’augmenter suite aux perturbations dans le détroit d’Ormuz, les civils, qu’ils soient directement touchés par des frappes de missiles ou par la hausse des coûts, souffrent du fardeau de la guerre.

Des voisins célèbrent le Seder de Pessah dans un parking souterrain utilisé comme abri public lors de la guerre contre l’Iran et le Hezbollah, le 1er avril 2026. (Flash90)

Pour Johnny, qui passe un an à faire du bénévolat avec le Joint Distribution Committee dans le kibboutz Rosh Hanikra, dans le nord d’Israël, le poids de la guerre, avant Pessah, est de plus en plus dur.

« Les gens sont épuisés. Totalement épuisés. Si cela devait encore durer plusieurs mois, cela pourrait les briser , » dit-elle.

Johnny, qui est israélienne mais a passé l’essentiel de sa vie aux États-Unis, est revenue en Israël avant la guerre. Elle se dit rassurée d’être ainsi plus près de sa mère, en Galilée, et de pouvoir faire du bénévolat au kibboutz.

« Cette communauté est incroyablement valorisante », ajoute-t-elle. « Je suis certaine qu’ils s’en sortiront bien. »

Elle est bien consciente qu’il est possible que son seder avec une famille d’accueil, à Rosh Hanikra, soit interrompu par des tirs de missiles venus du Liban, mais cela n’entame en rien sa bonne humeur.

« Il nous faudra peut-être nous rendre aux abris », dit-elle. « Mais ce sera toujours mieux que certains seders que notre peuple a dû endurer. »

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