Plus de 100 000 manifestants anti-Israël font définitivement dérailler La Vuelta
La finale annulée à Madrid après des affrontements, malgré plus de 1 500 policiers ; un coureur de l'équipe israélienne remporte un prix ; Gideon Saar qualifie Pedro Sanchez de "honte"
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Soudain, les barrières sont renversées et un flot de manifestants envahit la Gran Via, en plein cœur de Madrid. Brandissant des drapeaux et des pancartes fustigeant le « génocide sioniste » à Gaza, ils sont plus de 100 000 manifestants anti-Israël à avoir provoqué, dimanche, l’arrêt prématuré du Tour d’Espagne cycliste.
Peu après 18 h (16 h GMT), alors qu’ils bordaient le parcours, trois ou quatre d’entre eux ont enlevé une barrière et ont pénétré sur cette avenue touristique, a constaté une journaliste de l’AFP.
Des policiers, déployés en nombre après les incidents qui ont perturbé La Vuelta depuis son arrivée en Espagne en raison de la participation de l’équipe Israel-Premier Tech, se sont approchés. Mais bientôt, toutes les barrières sont renversées sur plusieurs mètres et une marée humaine envahit la chaussée.
Après un léger mouvement de panique, l’ambiance se calme et la foule, qui compte des familles avec de jeunes enfants en poussette et des personnes âgées, défile tranquillement, encadrée par des policiers qui n’interviennent pas.
Dans le même temps, des scènes similaires se produisent dans d’autres endroits de la ville. Près de la gare d’Atocha, les policiers répliquent d’abord plus fermement en chargeant et en lançant quelques grenades lacrymogènes, puis laissent finalement les manifestants défiler en criant : « Boycott Israël ! », « Ce n’est pas une guerre, c’est un génocide ! » ou encore « Halte aux morts d’enfants innocents ! ».
À une cinquantaine de kilomètres, les coureurs, eux, mettent pied à terre. Quelques instants plus tard, la direction de la course annonce son arrêt définitif, mettant ainsi un terme à une compétition marquée quasi quotidiennement par des manifestations anti-Israël et des incidents.
Dans le centre-ville de Madrid, les policiers ont bloqué tout accès à la zone où devaient notamment se tenir les cérémonies protocolaires. Toutefois, quelques incidents ont éclaté en début de soirée et les forces de l’ordre ont de nouveau utilisé du gaz lacrymogène avant de disperser la foule dans le calme en fin de soirée.
Des renforts exceptionnels avaient été déployés dimanche – à un niveau jamais vu dans la ville depuis le sommet de l’OTAN en 2022, selon les autorités – et des blindés avaient même été positionnés à certains carrefours en cas d’incidents graves.
« La Vuelta est une excuse pour venir montrer notre soutien aux Palestiniens », a expliqué à l’AFP Rosa Mostaza Rodriguez, une enseignante de 54 ans, vêtue d’une robe rouge et d’un foulard vert, avant l’irruption de manifestants sur le parcours.
« Je n’aime pas que nous en soyons arrivés là, car cette course n’aurait jamais dû avoir lieu. Israël commet un génocide à Gaza et ne devrait pas participer à de tels événements internationaux », a estimé pour sa part José Luis Fernández, 74 ans, professeur d’université à la retraite, qui défilait après l’interruption de la course.
Règlement de compte politique
Depuis son arrivée sur le territoire espagnol, la course a été le théâtre de manifestations anti-Israël qui ont fortement perturbé les coureurs, certains d’entre eux ayant chuté lors d’incidents, et ont entraîné la modification de plusieurs étapes.
Dans un pays où la « cause palestinienne » est très populaire, ces manifestations ont lieu en outre en période de grande tension entre les gouvernements de Pedro Sanchez et de Benjamin Netanyahu, notamment après l’annonce récente par le Premier ministre espagnol de mesures destinées à « mettre un terme au génocide à Gaza ».
Dans la soirée, la fin chaotique de l’épreuve a donné lieu à un règlement de comptes politiques entre le gouvernement et l’opposition de droite.
« La société espagnole ne tolère pas que le génocide à Gaza soit banalisé lors d’événements sportifs ou culturels », a salué sur les réseaux sociaux Yolanda Diaz, ministre du Travail et numéro 3 du gouvernement, issue de la faction d’extrême gauche Sumar.
Sur Instagram, Diaz a également salué la « leçon donnée au monde entier » par la société espagnole, estimant « qu’Israël ne peut participer à aucun événement tant qu’il continue de commettre un génocide » dans la bande de Gaza.
Le ministre de la Fonction publique, Oscar Lopez, a lui aussi réagi sur X, en réponse au leader de l’opposition.
« Le fait que le peuple de Madrid manifeste contre un génocide ne ternit pas l’image de l’Espagne. Au contraire […] Je le regrette pour La Vuelta, mais je le regrette encore plus pour les centaines de milliers de Palestiniens qui sont en train d’être massacrés », a-t-il estimé.
Le Premier ministre socialiste Sanchez, l’une des voix les plus critiques en Europe concernant l’action menée par Israël contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, n’a pas réagi immédiatement. Toutefois, dimanche matin, il avait fait part dimanche matin de son « admiration » pour les manifestants, tout en exprimant son « respect » pour les sportifs.
À la suite des événements survenus dimanche à Madrid, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a sévèrement critiqué les déclarations de Sanchez, l’accusant d’être responsable des troubles et qualifiant son gouvernement de « honte ».
« Aujourd’hui, il a encouragé les manifestants à descendre dans la rue », a écrit Saar dimanche soir sur X.
« La foule pro-palestinienne a entendu les messages d’incitation et a perturbé la course cycliste La Vuelta. Ainsi, cet événement sportif, qui a toujours été une source de fierté pour l’Espagne, a été annulé. »
A few days ago, the Prime Minister of Spain expressed regret that he didn’t have an atomic bomb “to stop Israel.”
Today he encouraged demonstrators to take to the streets.
The pro-Palestinian mob heard the incitement messages – and wrecked the “La Vuelta” cycling race. Thus, the…— Gideon Sa'ar | גדעון סער (@gidonsaar) September 14, 2025
Dans le sillage de cette rupture diplomatique, d’autres responsables du gouvernement espagnol de gauche ont également salué les manifestants qui ont perturbé l’un des événements sportifs phares du pays.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a déclaré qu’il soutenait l’expulsion de l’équipe israélienne de la compétition, tandis que la porte-parole du gouvernement, Pilar Alegría, également ministre des Sports et de l’Éducation, a affirmé qu’il n’était plus possible de rester neutre face à la mort et à la destruction qui, selon elle, règnent à Gaza.
Elle a demandé qu’Israël soit exclu des compétitions internationales, à l’instar de la Russie depuis son invasion de l’Ukraine en 2022.
« Il est difficile d’expliquer et de comprendre qu’il existe un double standard », avait déclaré Alegría à la station de radio espagnole Cadena SER la semaine dernière.
« Étant donné qu’il y a eu un tel massacre, un génocide, une situation absolument terrible que nous vivons au quotidien, je suis d’accord pour dire que les fédérations et les commissions internationales devraient prendre la même décision qu’en 2022 », avait-elle ajouté.
L’équipe Israel-Premier Tech a rejeté les appels à se retirer de la course, affirmant qu’une telle décision créerait un « dangereux précédent ». Cependant, l’équipe avait accepté, un peu plus tôt dans la course, de changer de maillot pour un kit monogrammé arborant uniquement le logo de l’équipe, dans l’espoir de se faire moins remarquer.
« Afin de privilégier la sécurité de nos coureurs et de l’ensemble du peloton, compte tenu du caractère dangereux de certaines manifestations lors de La Vuelta, Israel-Premier Tech a fourni à ses coureurs des tenues arborant le monogramme de l’équipe pour le reste de la course », a déclaré l’équipe dans un communiqué publié le 6 septembre.
Cette décision avait été prise la veille du jour où un manifestant s’était jeté sur la route, provoquant la chute de deux cyclistes n’appartenant pas à l’équipe israélienne. Depuis lors, deux étapes de la course ont été raccourcies en raison des manifestations, et d’autres ont été perturbées.
Ce week-end, l’un des membres de l’équipe, Matthew Riccitello, a été nommé meilleur jeune coureur de La Vuelta. Riccitello, 23 ans, a remporté ce titre samedi après avoir terminé à une impressionnante sixième place lors de l’avant-dernière étape de la course, qui a été bloquée par un important groupe de manifestants brandissant des drapeaux « palestiniens » et des pancartes.
Pour Israel-Premier Tech, cette récompense a été une lueur d’espoir. Il devait recevoir un maillot blanc sur le podium dimanche, une première pour l’équipe israélienne, avec une cinquième place au classement général de la course.
« C’était évidemment un objectif », a-t-il déclaré après l’étape de samedi.
« Tout s’est déroulé à la perfection aujourd’hui. Je n’avais qu’à suivre les roues et tenir le plus longtemps possible. Je suis satisfait de la façon dont mes jambes ont réagi ces trois dernières semaines. »
L’équipe a reçu le soutien d’autres politiciens espagnols.
Alberto Núñez Feijóo, le chef du Parti populaire (PP, opposition de droite), a quant à lui fustigé dimanche sur X « une honte internationale relayée dans le monde entier », due, selon lui, au gouvernement socialiste qui a « non seulement permis, mais aussi encouragé l’interruption de La Vuelta ».
« Le chef du gouvernement est fier du comportement de ceux qui, pour manifester leur soutien à Gaza, ont lancé des barrières sur la police nationale […] Pas moi. Je défends la liberté d’expression, à condition qu’elle n’implique ni violence ni troubles », a poursuivi Feijoo.
Isabel Díaz Ayuso, présidente de la région de Madrid, a rendu visite à l’équipe dimanche, ce qu’elle a qualifié de manifestation de soutien.
« Je suis venue accueillir l’équipe israélienne et lui dire que ce qu’elle a vécu au cours des trois dernières semaines ne reflète pas l’Espagne », a-t-elle expliqué, selon un communiqué publié par l’équipe.
« Il s’agit du comportement d’une minorité, qui ne nous représente pas. Mon message à l’équipe est clair : vous n’êtes pas seuls. »
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