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Politique ou religion: pourquoi des nations du Pacifique installent leurs ambassades à Jérusalem

Le président américain Donald Trump avait déplacé l'ambassade américaine dans la ville sainte en 2018 ; Depuis, plusieurs pays ont fait de même

Le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa’ar, à droite, et le vice-président et ministre des Affaires étrangères de Nauru, Lionel Rouwen Aingimea, inaugurent l’ambassade de Nauru à Jérusalem, le 7 septembre 2026. (Crédit: Shlomi Amselam/GPO)
Le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa’ar, à droite, et le vice-président et ministre des Affaires étrangères de Nauru, Lionel Rouwen Aingimea, inaugurent l’ambassade de Nauru à Jérusalem, le 7 septembre 2026. (Crédit: Shlomi Amselam/GPO)

Situées bien loin d’Israël, nombre de nations du Pacifique font partie des fidèles alliés du pays, et certaines ont ouvert des ambassades à Jérusalem, notent pour l’AFP des experts et anciens diplomates, qui expliquent cette tendance par des convictions religieuses.

La petite île de Nauru a ainsi ouvert une ambassade à Jérusalem au début du mois, rejoignant la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les îles Fidji parmi les neuf seuls Etats à avoir fait ce choix. Les îles Samoa ont dit vouloir les imiter cette l’année.

Cette décision n’est pas anodine car la quasi-totalité des pays disposant d’une représentation diplomatique formelle auprès des autorités israéliennes ont leur ambassade à Tel-Aviv.

Le statut de Jérusalem est l’une des questions les plus épineuses du conflit israélo-palestinien.

Le plan de partage de la Palestine voté par l’ONU en 1947 prévoyait un statut spécial, international, pour Jérusalem du fait de son importance pour les juifs, les chrétiens et les musulmans.

Israël a annexé Jérusalem-Est dans la foulée de sa conquête de la Cisjordanie lors de la guerre israélo-arabe de 1967, mais cette annexion n’est pas reconnue par l’ONU.

Le président américain Donald Trump avait déplacé l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem en mai 2018. Depuis, le Guatemala, le Honduras, le Kosovo, le Somaliland, le Paraguay ont fait de même, en plus des îles Fidji, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et de Nauru.

Derrière ce soutien du Pacifique se trouvent des convictions religieuses plus que des intérêts politiques, soutient l’ancienne diplomate fidjienne Salote Tagivakatini.

« Le christianisme est le principal facteur sous-jacent », affirme-t-elle à l’AFP.

« Environ 90 % des habitants autochtones des îles du Pacifique s’identifient comme chrétiens », explique-t-elle, « donc leur interprétation de la Bible et la référence au peuple juif comme étant le +peuple choisi par Dieu+ les engagent à soutenir Israël ».

Des fidèles se préparent pour une messe à la cathédrale de l’Immaculée Conception, à Apia, la capitale des Samoa, le 27 octobre 2024. (Crédit: William WEST/AFP)

Foi et politique

Des missionnaires chrétiens ont diffusé le christianisme évangélique dans le sud du Pacifique au cours du XIXe siècle.

Aujourd’hui, religion et politique s’entremêlent souvent dans la région, plusieurs nations mentionnant la foi chrétienne dans leur constitution.

De nombreuses zones entretiennent une forte croyance dans une prophétie de l’Ancien Testament, selon laquelle les Juifs seraient destinés à retourner sur la terre d’Israël.

Dans certaines régions de Papouasie-Nouvelle-Guinée, des îles Salomon ou des Fidji, certains assurent même être des descendants des « tribus perdues d’Israël ».

Plusieurs personnalités politiques de la région sont elles-même issues de milieux religieux.

Le Premier ministre fidjien Sitiveni Rabuka est ainsi un ancien prédicateur méthodiste, tandis que le Premier ministre papouasien James Marape est le fils d’un pasteur adventiste du septième jour.

Aux Samoa, le Premier ministre La’aulialemalietoa Leuatea Schmidt a porté un châle de prière juif lors de son arrivée au pouvoir l’an dernier, entrant dans la pièce au son d’un chofar, instrument utilisé pour certaines prières et cérémonies juives.

« Je soutiens Israël, la terre de Dieu », a-t-il déclaré, ont rapporté les médias locaux à l’époque.

Mais ce soutien n’est pas partagé par tous les habitants. Un petit groupe de manifestants a par exemple agité des drapeaux palestiniens lors de la visite du ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, aux îles Fidji l’an dernier.

La plupart des pays de la région conservent leurs ambassades à Tel Aviv, estimant que la question du statut de Jérusalem doit être réglée dans le cadre d’une résolution du conflit israélo-palestinien.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et son homologue papouasien James Marape, au centre, inaugurent l’ambassade de Papouasie-Nouvelle-Guinée à Jérusalem, le 5 septembre 2023. (Crédit: Haim Zach/GPO)

Légitimer

Les nations du Pacifique sont régulièrement courtisées par des pays extérieurs à la région sur le plan diplomatique.

Au début des années 2000, les Tuvalu, le Vanuatu et Nauru ont reconnu l’Abkhazie, région séparatiste soutenue par la Russie dans le nord-ouest de la Géorgie, avant de changer d’avis.

Surtout, ces nations font l’objet d’une lutte entre Taipei et Pékin. Les Tuvalu, les Palaos et les îles Marshall font partie des rares pays à reconnaître diplomatiquement Taïwan, tandis que la Chine a réussi ces dernières années à convaincre les îles Salomon, Nauru et Kiribati de couper leurs liens avec Taipei au profit de Pékin.

Pour Shannon Brincat, expert en relations internationales en Australie, Israël a un grand intérêt à être soutenu par ces petits pays.

« Symboliquement, ces gestes sont énormes. Le fait de déplacer leurs ambassades à Jérusalem légitime la revendication d’Israël selon laquelle la ville est sa capitale indivisible », explique-t-il.

Il est moins évident de comprendre ce que les nations du Pacifique gagnent en retour.

Selon le Lowy Institute, Israël a donné deux millions de dollars pour l’aide humanitaire et le développement du Pacifique depuis 2015, loin des centaines de millions distribués par l’Australie et la Chine, deux principaux pays donateurs de la région.

Mais les notions classiques de diplomatie donnant-donnant passent à côté de l’essentiel, selon la chercheuse Maima Koro, spécialisée dans les questions de sécurité dans le Pacifique au sein de l’université Adelaide.

« Pour eux, Israël est le peuple de Dieu », rappelle-t-elle. « Ce n’est pas une transaction. Le lien est spirituel ».

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