Pour la quatrième fois depuis le 7-Octobre, les musées mettent leurs œuvres d’art en sécurité
Au milieu des alertes et sous les missiles iraniens qui ne cessent de s'abattre partout en israël, conservateurs et personnels évacuent les artefacts et œuvres d'art les plus précieux
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Jeudi matin, les gardiens du Musée d’Israël en étaient encore à compter les 25 visiteurs autorisés à pénétrer à l’intérieur de la salle climatisée qui abrite le Grand Rouleau d’Isaïe et ses sept mètres de long, le plus ancien livre biblique quasi-complet, exposé ici pendant plusieurs plusieurs mois.
Deux jours plus tard, le parchemin et ses fragments, sans oublier d’autres livres anciens, étaient évacués en lieu sûr, hors de portée des missiles iraniens dont les sirènes annonçaient l’arrivée imminente, expliquait dimanche au Times of Israel le porte-parole du Musée d’Israël.
« Tout s’est fait très tôt hier matin : nous avons évacué des objets juifs anciens, des artefacts archéologiques dont le rouleau d’Isaïe et le Sanctuaire du Livre, ainsi que le contenu des salles d’art », a souligné le porte-parole.
L’évacuation des œuvres d’art et artefacts de valeur s’est faite conformément aux directives d’urgence émises par le Commandement du Front intérieur, qui a également fermé tous les musées jusqu’à nouvel ordre.
Un autre rouleau ancien du Musée d’Israël a lui aussi été évacué : il s’agit du rouleau d’Esther, datant de près de 1700 ans et clou de l’exposition « La Fille qui a écrit », laquelle aurait dû ouvrir ses portes le 1er mars avant Pourim et a déjà été reportée à deux reprises suite au pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 —.
« Cela faisait deux ans que nous reportions cette exposition et tout était enfin prêt, mais le destin en a décidé autrement », souffle la commissaire Anna Nizza-Caplan.
En face du Musée d’Israël, ce sont les équipes chargées de la conservation, des expositions et de la sécurité à la Bibliothèque nationale d’Israël qui, tôt samedi matin, sont venues désinstaller les expositions et stocker les artefacts dans des salles sécurisées souterraines.
Dans ses nouveaux locaux, inaugurés en septembre 2023, la Bibliothèque nationale d’Israël donne à voir au plus grand public ses œuvres les plus rares dans le cadre de ses expositions permanentes, à l’instar de ce manuscrit de la Torah vieux de 1 000 ans connu sous le nom de Couronne de Damas et un Coran iranien rarissime agrémenté de l’une des traductions les plus anciennes de l’arabe vers le persan.
Selon la directrice du Musée d’Art de Tel Aviv, Tania Coen-Uzzielli, c’est la quatrième fois en l’espace de deux ans que le musée évacue ses œuvres les plus importantes pour les mettre en sécurité.
« Cela faisait deux semaines que nous en parlions », explique celle qui a supervisé l’évacuation des œuvres le 7 octobre 2023, au début de la guerre contre le groupe terroriste du Hamas, à Gaza.
« Nous en sommes à notre quatrième fois, notre protocole est bien rôdé », précise-t-elle. « On sait qui doit faire quoi et quand. »
Lorsque les sirènes ont retenti, samedi matin, il a fallu moins de 45 minutes à l’équipe de Coen-Uzzielli pour évacuer les premières œuvres et deux heures et demie de plus pour tout le reste.
Elle explique avoir commencé par les œuvres exposées dans le cadre de « The Day Is Gone : 100 Years of New Objectivity », exposition originale à Tel Aviv en hommage au collectionneur allemand Jan Fischer. « Nous ne voulions prendre aucun risque. »
Selon elle, les tableaux de Van Gogh du musée et autres œuvres de grande valeur n’ont pas été raccrochées depuis leur retrait suite au 7 octobre 2023.
Le musée a également mis en sécurité des œuvres de l’exposition « Year Zero » qui racontent l’histoire de la collection d’art moderne du musée.
L’exposition, qui compte des œuvres de Marc Chagall et Alexander Archipenko, est composée d’œuvres sauvées par Karl Schwarz, le premier directeur du Musée de Tel Aviv, qui entreprit un dernier voyage en Europe avant la Seconde Guerre mondiale dans l’espoir de sauver un tableau en particulier.
Les milliers d’œuvres que Schwarz a réussi à faire venir à Tel Aviv entre 1933 et 1945 ont posé les bases de la collection d’art moderne du musée : pour l’heure, elles sont en sécurité.
Le Musée d’Art de Haïfa a lui aussi respecté le protocole en retirant les œuvres des salles d’exposition pour les mettre en sécurité, en un lieu conforme aux conditions de conservation.
« Ce sont des objets rares et précieux. Leur mise en dépôt en lieu sûr est la démarche la plus responsable », conclut Yotam Yakir, PDG des musées de Haïfa.
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