Pour les conseillers de Trump, la prévision d’un changement de régime en Iran était « grotesque »- média
Selon le New York Times, la présentation faite par le Premier ministre israélien à Trump pour le convaincre d'entrer en guerre avait compris une série de prédictions qui ne se sont pas réalisées
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Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait fait une présentation à haut risque, au mois de février dernier, dans la Situation Room de la Maison Blanche. Objectif : convaincre les États-Unis de lancer une guerre contre l’Iran aux côtés d’Israël, en montrant au président américain Donald Trump une série de prédictions s’agissant de la rapidité avec laquelle l’opération conjointe se déroulerait – des prédictions qui, dans leur majorité, ne se sont pas concrétisées, selon un long article qui a été publié mardi dans The New York Times.
L’article, qui donne des détails sur la manière dont Trump était parvenu à sa décision d’entrer dans la bataille, note que Netanyahu avait déclaré à Trump que le programme de missiles balistiques de l’Iran pourrait être détruit en quelques semaines. Téhéran serait tellement affaibli par les attaques américano-israéliennes qu’il serait incapable de bloquer le trafic dans le détroit d’Ormuz, avait ajouté le Premier ministre israélien. Le régime des mollahs, avait-il continué, serait probablement incapable de frapper les intérêts américains dans les pays voisins et il s’effondrerait grâce à l’aide apportée par les combattants kurdes en capacité d’envahir le pays depuis l’Irak.
Alors que le directeur de la CIA et le secrétaire d’État de Trump devaient ultérieurement qualifier cette prédiction de changement de régime formulée par Netanyahu de « grotesque » – « des conneries », avaient-ils aussi affirmé – le président et nombre de ses conseillers avaient été convaincus par l’idée que les dirigeants iraniens pouvaient être éliminés et que leur arsenal militaire pouvait être détruit, selon le NYT, qui cite des entretiens approfondis menés avec des responsables de l’administration qui se sont exprimés sous couvert d’anonymat.
Si, selon l’article, le scénario de Netanyahu avait eu le mérite de convaincre Trump de donner son feu vert à la guerre, il précise également que le président américain n’avait guère eu réellement besoin d’être persuadé de passer à l’acte.
« La pensée va-t-en-guerre de Trump s’est alignée sur celle de Netanyahu durant de nombreux mois, bien plus que ne le reconnaît son entourage – c’est même le cas de certains des principaux conseillers du président », affirme le NYT.
Le journal américain note qu’en plus de l’argumentaire avancé par Netanyahu, durant ses mandats non-consécutifs, Trump a toujours considéré l’Iran comme « un adversaire particulièrement dangereux ». Il a été « prêt à prendre de grands risques pour entraver la capacité du régime à mener une guerre ou à se doter de l’arme nucléaire » – et le plaidoyer du Premier ministre israélien est finalement simplement venu compléter le désir du président américain de renverser la république islamique.
Malgré ce qu’a affirmé Netanyahu, l’Iran aura poursuivi ses lancements quotidiens de missiles balistiques près de six semaines après les frappes initiales – le pays, selon les estimations, disposerait toujours d’un nombre suffisant de missiles et de lanceurs pour continuer ses attaques pendant une longue période. Téhéran a également immédiatement pris des mesures pour bloquer le détroit d’Ormuz, provoquant une crise énergétique mondiale, et a mené des milliers d’attaques à la roquette et au drone contre la quasi-totalité de ses voisins.
De plus, le Mossad, semble-t-il, avait prédit que le mouvement de protestation iranien serait relancé – l’agence d’espionnage jouant un rôle pour permettre à l’opposition iranienne de prendre le pouvoir au beau milieu d’une campagne intensive de frappes aériennes.
L’article indique que l’équipe israélienne avait également laissé entendre que des combattants kurdes pourraient entrer en Iran depuis l’Irak dans le cadre d’une opération terrestre. Ce plan, qui avait également été rapporté, la semaine dernière, par la chaîne d’informations N12, a été abandonné par la Maison Blanche suite à des fuites dans les médias, à des pressions exercées par les alliés et en raison de la méfiance qui régnait parmi les Kurdes eux-mêmes.
Selon le New York Times, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, avait dit lors d’une réunion de hauts responsables américains qui avait été organisée au lendemain de la présentation de Netanyahu que l’hypothèse d’un éventuel changement de régime était « grotesque ».
Rubio aurait alors déclaré : « En d’autres termes, c’est des conneries ».
Quand Trump avait demandé son avis au général Dan Caine, le chef d’état-major interarmées américain, ce haut responsable militaire avait répondu au président que le plan des Israéliens semblait exagéré.
Caine avait dit à Trump, selon des informations, que de telles évaluations tapageuses relevaient de la « procédure opérationnelle standard des Israéliens » et que la planification d’Israël n’était « pas toujours bien élaborée ».
« Ils savent qu’ils ont besoin de nous, et c’est pour cela qu’ils insistent tant », aurait déclaré Caine.
L’article précise que Trump paraissait surtout intéressé par l’élimination du guide suprême Ali Khamenei et par le fait de porter un coup aux capacités militaires du régime – les autres aspects du plan, notamment le déclenchement d’un soulèvement et un changement de régime, étant jugés moins pertinents.
« Au cours des jours suivants, le général Caine a fait part à Trump et à d’autres d’une évaluation militaire alarmante qui révélait qu’une campagne majeure contre l’Iran épuiserait considérablement les stocks d’armement américain, y compris les intercepteurs de missiles, dont l’approvisionnement avait déjà été mis à rude épreuve après des années de soutien à l’Ukraine et à Israël. Le général Caine ne voyait aucun moyen clairement défini de reconstituer rapidement ces stocks », raconte le journal.
Il ajoute que Caine avait souligné « l’énorme difficulté » de sécuriser le détroit d’Ormuz si l’Iran décidait de le bloquer – même si Trump avait écarté cette possibilité, estimant que le régime « capitulerait avant d’en arriver là ».
« Le président semblait penser que ce serait une guerre très rapide — une impression qui avait été renforcée par la réaction mitigée au bombardement américain des installations nucléaires iraniennes en juin », dit le Times.
Le journal ajoute que – si les collègues de Caine avaient pensé que le haut-responsable militaire considérait lui-même que la guerre avec l’Iran était une mauvaise idée – il n’avait pas fait part de son opinion à Trump sur la question, estimant que son rôle était de lui proposer des options, et non d’influencer la politique qu’il souhaitait mettre en œuvre.
De plus, Tucker Carlson, une personnalité d’extrême droite, s’était rendu à plusieurs occasions, au cours des douze derniers mois, dans le Bureau ovale. Il avait alors plaidé à maintes reprises contre un conflit militaire avec l’Iran. Selon l’article, Trump lui avait répondu : « Je sais que cela t’inquiète, mais tout ira bien ».
Quand Carlson avait demandé au président comment il pouvait en être si sûr, Trump avait répondu : « Parce que c’est toujours comme ça ».
Cellule de crise
Au moment de donner le feu vert au plan, Trump avait organisé une « dernière » réunion dans la salle de crise, le 26 février, deux jours avant que les États-Unis et Israël ne lancent finalement leurs attaques.
Compte tenu de l’extrême sensibilité du sujet, plusieurs hauts responsables du cabinet avaient été écartés de la réunion, avec parmi eux le secrétaire au Trésor Scott Bessent, le secrétaire à l’Énergie Chris Wright et la directrice du renseignement national Tulsi Gabbard.
Lors de cette rencontre, qui n’avait duré qu’environ 90 minutes, le vice-président JD Vance, qui avait clairement fait part de son opposition à une action militaire contre l’Iran lors de discussions précédentes, avait, semble-t-il, dit à Trump : « Vous savez que je pense que c’est une mauvaise idée, mais si vous voulez le faire, je vous soutiendrai ».
Le directeur de la communication de la Maison Blanche, Steven Cheung, avait également fait part de ses inquiétudes, évoquant ce qu’il considérait comme un probable « retentissement en termes de relations publiques », note le Times. Parmi ses préoccupations figurait le fait que Trump avait spécifiquement fait campagne en affirmant que les États-Unis ne devaient plus s’impliquer dans les guerres.
De plus, Cheung s’était demandé comment l’administration pourrait « justifier » son insistance placée sur « l’anéantissement du programme nucléaire iranien » après les frappes américaines qui avaient visé l’Iran du mois de juin dernier – alors même qu’une nouvelle guerre aurait pour objectif avoué d’éliminer la menace nucléaire « imminente » de Téhéran.
Selon l’article, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, avait suggéré à Trump de frapper, tandis que Rubio avait mis en garde contre une opération de grande envergure, déclarant : « Si notre objectif est un changement de régime ou un soulèvement, nous ne devons pas le faire. Mais si l’objectif est de détruire le programme de missiles de l’Iran, c’est un objectif que nous pouvons atteindre ».
« Je pense que nous devons le faire », avait alors rétorqué Trump. Moins de vingt-quatre heures après, Trump avait donné son feu vert officiel, déclarant : « L’opération Fureur épique est approuvée. Pas d’annulation. Bonne chance ».
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