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Pour les Haredim de Jérusalem, la vie continue malgré la guerre et les achats de Pessah battent leur plein

Si la guerre avec l'Iran dissuade les touristes et que le marché de Mahane Yehuda reste calme, les quartiers ultra-orthodoxes sont bondés de locaux qui se préparent pour les fêtes

Lundi soir, à Jérusalem, alors même que la guerre avec l’Iran risque de menacer la fête de Pessah, les rues des quartiers ultra-orthodoxes, Mea Shearim et Geula, sont bondées d’acheteurs.

Dans tout le pays, ce sont de nombreux commerces qui ont pâti des mesures de restriction des déplacements et des inquiétudes liées aux tirs de missiles. Mais ici, les principales rues commerçantes gardent leur animation habituelle. On y achète des vêtements, des articles ménagers, des cadeaux et des aliments casher pour Pessah, afin de profiter pleinement de cette fête de la liberté.

« J’ai bien conscience que la vie s’est figée dans d’autres parties de Jérusalem. Mais ici, la vie poursuit son cours, et les gens descendent dans les rues tant qu’il n’y a pas de guerre », commente Arik, vendeur de livres religieux à la librairie de l’avenue Geula. « Cette année, il n’y a pas de touristes ; les ventes de nos livres en anglais ont donc un peu baissé, mais la plupart des boutiques continuent de fonctionner normalement. »

Au milieu d’un trafic dense de voitures et de piétons, tandis que les boutiques diffusent à plein volume des airs de fêtes, beaucoup sont chargés de poussettes et de grands sacs de courses débordant des achats de la journée.

Les rues surpeuplées frôlaient le chaos, les familles ultra-orthodoxes étant venues en masse pour l’une des plus importantes périodes d’achats de l’année, deux jours avant le début de Pessah, mercredi soir. Les matzot, achetées la semaine dernière, étant déjà cuite et les colis alimentaires destinés aux plus démunis ayant déjà été distribués, les familles religieuses se livreront mardi soir à la recherche rituelle du hametz, le pain au levain, dans leurs foyers, avant de s’atteler à la cuisine et aux derniers préparatifs de la fête.

Pour de nombreux magasins du centre de Jérusalem, et notamment ceux du marché Mahane Yehuda, les ventes aux touristes étrangers représentent plus de la moitié de l’ensemble des recettes. L’arrêt quasi total du tourisme pendant la période la plus chargée de l’année en termes de ventes est une catastrophe économique, confient des commerçants au Times of Israel.

Mais dans le quartier de Geula, véritable capitale du judaïsme ultra-orthodoxe en Israël, la clientèle est majoritairement locale – et elle est déterminée à célébrer Pessah sans aucune concession.

Des acheteurs ultra-orthodoxes se préparent pour Pessah à Jérusalem, le 30 mars 2026 (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

« Nous célébrons cette fête comme nous le faisons toujours », explique Akiva, un étudiant en yeshiva qui habite à Jérusalem. « Cette année, entre les missiles qui sifflent et les soldats qui se battent pour nous, ce n’est pas tout à fait comme nous l’aurions voulu, mais nous avons confiance en Dieu. Pour nous, Israël reste l’endroit le plus sûr, loin de l’antisémitisme qui sévit partout ailleurs, comme dans la diaspora.  »

Parmi les préparatifs en cours figure Haagalat Keilim, l’immersion de la vaisselle dans de l’eau bouillante afin de la rendre propre à l’usage de Pessah. Dans une petite rue, à l’écart de l’artère principale, un jeune homme a passé des heures debout, au-dessus de gigantesques cuves de liquide fumant, à faire tremper les casseroles et les couverts de ses clients.

Avec tant de choses à faire avant la fête, beaucoup se hâtent dans les rues, pressés de terminer leurs préparatifs avant qu’une alerte à la roquette ne vienne perturber leurs projets. Certains, cependant, comme trois étudiants en yeshiva étrangers dont les vols ont été annulés, sont venus s’imprégner de l’ambiance.

« Nous avions prévu de rentrer chez nous pour les fêtes, mais ça n’est pas possible », confie Gabi, originaire d’Australie, qui est sorti avec ses camarades Josh et Gadi, du séminaire religieux anglophone Ohr Sameach.

« Certains ont changé leur billet pour passer par l’Égypte. Nous, on a décidé de rester. L’école nous fournit de quoi manger et s’occupe de tout pour le soir du Séder, donc tout va bien. La guerre a un peu gâché l’ambiance, mais on se réjouit quand même. »

Gabi, Josh et Gadi, des étudiants étrangers d’une yeshiva, font leurs courses rue Geula à Jérusalem avant Pessah, le 30 mars 2026 (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Le nord de Jérusalem n’a reçu aucune alerte aux missiles lundi soir. Mais lorsque les sirènes retentissent, les membres de la communauté haredi respectent les directives du Commandement du Front intérieur et ils se réfugient dans des abris souterrains, indiquent des commerçants. Arik, le libraire, fait défiler sur son téléphone des vidéos montrant des gens se précipitant vers un immense abri situé à proximité lors d’un incident récent.

« Une minute après la première alerte, tout le monde s’est pressé vers les escaliers », se souvient-il, tout en s’occupant des clients qui se bousculent devant sa boutique.

À un kilomètre et à des années-lumière

À un kilomètre de là, au marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le spectacle est tout autre. Dans ce célèbre marché en plein air, qui est habituellement bondé à cette période de l’année, les passants sont nettement moins nombreux que d’habitude.

Des acheteurs font leurs courses avant Pessah au marché Mahane Yehuda de Jérusalem, le 30 mars 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Le marché est complètement désert cette année », déclare Yosef, vendeur du stand de fruits secs Totzeret Haaretz. « La fréquentation est quatre fois moins importante que d’habitude. »

D’une manière générale, ajoute Yosef, 60 à 70 % des clients du marché sont des touristes. Beaucoup de gens viennent parce qu’ils apprécient son atmosphère unique. Cette année, ce sont ces deux éléments qui manquent.

« À Mea Shearim, les acheteurs viennent des quartiers voisins », souligne-t-il. « Ici, les choses sont différentes cette année. »

Un rabbin de Chabad au marché de Mahane Yehuda propose de racheter le hamets (pain au levain) des gens avant Pessah, le 30 mars 2026 (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Yarden, une habitante de Jérusalem qui promène son chien au marché, exprime sa tristesse de ne pas pouvoir passer la soirée du Séder avec sa famille à Haïfa cette année, compte tenu des risques liés aux tirs de roquettes du Hezbollah dans le nord.

« Ils resteront là-bas, malgré les bombardements. Ils n’ont nulle part où aller », indique-t-elle. « J’ai peur pour eux. Mais je passerai les fêtes chez moi, à Jérusalem, excepté si la situation évolue rapidement. »

La famille et les amis du sergent Aviaad Elchanan Volansky, de l’armée israélienne, assistent à ses funérailles au cimetière militaire du Mont Herzl à Jérusalem, le 27 mars 2026. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Une cliente tient à rappeler que les fêtes de Pessah coïncident avec une période où de nombreux Israéliens s’efforcent de préserver un semblant de normalité, tout en faisant le deuil des victimes de la guerre.

« Pour être honnête, c’est une période très difficile pour moi », avoue Emunah, qui finit ses préparatifs en compagnie d’une amie proche. « Mon cousin, Aviaad Elchanan Volansky, a été tué la semaine dernière au combat au Liban. Ma famille pleure sa perte. »

« C’était quelqu’un de très humble, que tout le monde aimait. C’est donc une période très douloureuse et difficile », ajoute-t-elle. « J’espère simplement que tous ces combats s’achèveront par une victoire qui nous apportera la paix. Amen. »

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