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Analyse

Pourquoi les présidents américains – tous partis confondus – finissent par maudire Benjamin Netanyahu

Des décennies avant les appels téléphoniques truffés d'insultes de Trump, Bill Clinton s’était déjà laissé aller à des injures après avoir rencontré le Premier ministre ; cette fois-ci, dans un contexte de colère liée à la guerre contre l’Iran, il pourrait lui être difficile de rebondir

Le président américain Donald Trump (à droite) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu participant à une conférence de presse dans la salle de réception de la Maison Blanche, à Washington, le 29 septembre 2025. (Crédit : Jim Watson/AFP)
Le président américain Donald Trump (à droite) et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu participant à une conférence de presse dans la salle de réception de la Maison Blanche, à Washington, le 29 septembre 2025. (Crédit : Jim Watson/AFP)

THE CONVERSATION via Reuters — Quand le Premier ministre Benjamin Netanyahu a ordonné une frappe sur Beyrouth, la capitale libanaise, en date du 14 juin, le président américain Donald Trump n’a guère apprécié. Craignant que cette attaque ne compromette la conclusion d’un accord avec l’Iran, dont l’objectif était de mettre un terme à la guerre qui opposait les deux pays, le président américain s’est emporté. Netanyahu, a-t-il déclaré, n’a « aucun putain de bon sens ».

Il n’a pas été le premier président américain à être poussé à bout par le haut-responsabe israélien.

Quand Bill Clinton avait rencontré Netanyahu pour la première toute première fois – c’était pendant l’été, en 1996 – ce dernier lui avait fait la leçon sur l’histoire du conflit israélo-arabe. Clinton avait quitté cette réunion complètement exaspéré. « Pour qui se prend-il, bordel ? », avait demandé Clinton à ses collaborateurs. « C’est qui la putain de superpuissance, ici ? »

Il y avait eu également ses relations avec Barack Obama – des liens qui avaient été mauvais, dès le départ – et qui s’étaient encore détériorés lorsqu’Obama avait commencé à négocier un accord sur le programme nucléaire de l’Iran. Alors qu’un micro était resté malencontreusement ouvert, en 2011 – c’était avant même que l’accord ne soit d’actualité – le dirigeant français Nicolas Sarkozy avait dit à Obama que Netanyahu était « un menteur ». Le président américain avait alors rétorqué :  » Vous en avez peut-être marre de lui, mais moi, je dois composer avec lui tous les jours ».

Le journaliste Jeffrey Goldberg a tenu une liste – réactualisée avec soin – des insultes qui avaient été proférées en sa présence par les collaborateurs d’Obama, en privé, à l’encontre de Netanyahu. Parmi elles, « Trouillard ».

Pourquoi Netanyahu a-t-il exaspéré un si grand nombre de présidents américains et leurs collaborateurs ?… Une raison parmi d’autres est qu’il s’est assurément montré extrêmement déterminé à défendre ce qu’il considérait comme les intérêts de son pays.

Ce qui vaut également pour de nombreux autres dirigeants mondiaux, me direz-vous. Par conséquent, il peut être tentant d’expliquer ces tensions en examinant la personnalité qui est celle de Netanyahu – des explications qui sont susceptibles de contenir une part de vérité.

Le président Barack Obama rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le 5 mars 2012, dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington. (Crédit : AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

Mais de manière plus générale, c’est la nature unique des relations tissées entre les États-Unis et Israël – et la place qu’occupe ce pays dans la politique intérieure américaine – qui explique pourquoi Netanyahu a tellement mis les nerfs des présidents à rude épreuve.

L’une des raisons pour lesquelles le dirigeant israélien exaspère à un tel point les présidents américains, c’est qu’ils ne peuvent pas se contenter de l’ignorer ou de priver son pays du soutien des États-Unis. Il y a, dans la grande Amérique, des groupes d’électeurs importants qui sont favorables à Israël. Et les présidents ont toujours ressenti la nécessité de les satisfaire.

De surcroît, Netanyahu n’a pas hésité à mobiliser les groupes pro-israéliens américains contre les présidents des États-Unis en cas de besoin.

Quand Netanyahu avait fait le déplacement à Washington, en 1998, pour faire face aux pressions de Clinton qui cherchait à lui faire céder des territoires en Cisjordanie, il avait, la veille, prononcé un discours devant un millier de membres de la droite chrétienne pro-israélienne, un groupe qui s’opposait ouvertement au président de l’époque. Il s’était également entretenu avec des républicains de premier plan.

Selon la légende, Clinton, le lendain, l’avait accueilli en lui disant avec ironie : « Je sais où vous étiez hier soir ».

Le président américain de l’époque, Bill Clinton (à droite), et le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, lors d’une conférence de presse conjointe à la Maison Blanche à Washington, le 13 février 1997. (Crédit: AP Photo/Ron Edmonds)

Netanyahu s’était également montré particulièrement actif pour rallier l’opposition à l’administration Obama – notamment concernant l’accord sur le nucléaire qu’elle voulait conclure avec l’Iran.

Chaque fois qu’Obama avait tenté d’exercer des pressions sur le dirigeant israélien pour qu’il prenne des mesures – il espérait notamment une réduction du nombre des implantations en Cisjordanie – une vague d’opposition avait balayé le pays, une vague attisée par le Premier ministre israélien. Estimant que le coût politique n’en valait pas la peine – d’autant plus que Netanyahu semblait intransigeant, de toute façon – Obama avait finalement décidé de faire marche arrière.

Plus récemment, alors que le nombre de victimes ne cessait d’augmenter dans la guerre à Gaza – une guerre qui avait été déclenché par le pogrom commis dans le sud d’Israël par le Hamas, le 7-Octobre 2023 – Joe Biden aurait qualifié Netanyahu de « putain de menteur » au sujet de sa gestion du conflit.

Ce n’est pas un hasard si bon nombre des affrontements de Netanyahu ont eu lieu avec des présidents démocrates. En effet, ces derniers ont généralement été plus enclins à remettre en question Israël – mais il faut noter que Netanyahu lui-même semble avoir fait le choix stratégique de s’aligner sur la droite conservatrice, ces dernières années.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu parlant de l’Iran lors d’une réunion conjointe du Congrès américain dans la chambre de la Chambre au Capitole américain, à Washington, DC., le 3 mars 2015. (Crédit : Win McNamee/Getty Images/AFP/Dossier)

Les détracteurs de la stratégie de Netanyahu avaient mis en garde : en transformant le soutien à Israël en un enjeu politique de plus en plus partisan aux États-Unis, le Premier ministre prenait le risque de voir la gauche américaine finir par retirer son soutien à Israël.

Il est évident que ce alignement sur le Parti républicain a rendu Netanyahu dépendant de la bonne volonté constante de ce parti et de ses présidents. Or, c’est désormais un président républicain, Donald Trump, qui lui dit qu’il n’a « aucun putain de jugement ». La question se pose donc : qu’est-ce qui a pu mal tourner ? Qu’est-ce que cela implique ?

Le Premier ministre a trop insisté pour obtenir…trop

Au cours des douze derniers mois, Netanyahu a trop insisté pour obtenir trop. Il rêvait depuis longtemps de persuader un président américain de se joindre à lui pour attaquer l’Iran. Mais il n’a pas paru avoir pris en compte l’impact qu’une guerre ratée ou sans issue aurait sur l’opinion américaine à l’égard d’Israël – y-compris au sein de la droite.

Trump a insisté sur le fait que la guerre en Iran avait relevé de son initiative propre, et qu’il n’y avait pas été poussé par le Premier ministre israélien. Quoi qu’il en soit, ce dernier y tenait manifestement beaucoup. Trump pourrait bien désormais avoir le sentiment que Netanyahu l’a manœuvré pour l’entraîner dans une guerre coûteuse et impossible à gagner.

Pire encore, Netanyahu ne semble pas accepter ce qui paraît être une évidence aux yeux de Trump : que le plus important est de mettre fin à la guerre au plus vite et de relancer l’économie mondiale.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’une séance du Conseil des ministres le 7 juin 2026. (Capture d’écran/Itay Beit-On/GPO)

En d’autres termes, Netanyahou se retrouve aujourd’hui dans une dynamique similaire avec Trump à celle qu’il avait connue avec les présidents démocrates par le passé. Leurs intérêts divergent, Netanyahu ne cesse d’agir en fonction de son propre agenda – et cela agace profondément le président.

Mais le contexte est différent cette fois-ci, et les conséquences en seront donc plus graves. Le soutien à Israël s’est effondré aux États-Unis. La guerre a causé un préjudice considérable à l’économie américaine et à son rayonnement mondial. Le soutien tant de la droite que de la gauche semble remis en question, laissant Israël potentiellement sans issue.

Quand les futurs dirigeants israéliens examineront l’état des relations bilatérales, peut-être se rallieront-ils à Trump en jugeant leur prédécesseur – et peut-être se laisseront-ils, eux aussi, aller à quelques insultes.

L’auteur est maître de conférences en histoire et en études internationales à l’université de Leyde, aux Pays-Bas.

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