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Première mondiale : des Israéliens découvrent que les cellules B « mémoire » peuvent cibler les tumeurs ovariennes

Selon des chercheurs de l'Institut Weizmann, les cellules immunitaires se souviennent des virus et produisent des anticorps pour combattre les tumeurs ; cette étude pourrait contribuer au développement de vaccins contre le cancer

Le Dr Nachum Nathan, à gauche, et le professeur Ziv Shulman, de l'Institut Weizmann des sciences. (Autorisation)
Le Dr Nachum Nathan, à gauche, et le professeur Ziv Shulman, de l'Institut Weizmann des sciences. (Autorisation)

Des chercheurs de l’Institut Weizmann des sciences ont annoncé mardi avoir découvert, en exclusivité mondiale, que certaines cellules immunitaires spécialisées connues sous le nom de « cellules B mémoire » (ou lymphocytes B mémoire) sont capables de reconnaître et de combattre les tumeurs cancéreuses de l’ovaire.

Le cancer de l’ovaire, qui affiche un taux de survie à cinq ans inférieur à 50 %, est le cancer gynécologique le plus létal au monde.

Cette étude, évaluée par un comité de lecture et conduite dans le laboratoire du professeur Ziv Shulman dans le département d’immunologie des systèmes de l’Institut Weizmann, remet en question l’hypothèse scientifique selon laquelle les lymphocytes B mémoire ne réagissent qu’aux facteurs externes tels que les virus et les bactéries.

Les résultats de cette étude menée par le Dr Nachum Nathan ont été publiés dans la revue Immunity. Les chercheurs ont réussi à identifier des cellules mémoire qui ciblaient spécifiquement les tumeurs ovariennes et qui produisaient des anticorps efficaces contre celles-ci.

Ces conclusions ouvrent la voie au développement de vaccins et de traitements exploitant cette mémoire immunitaire pour lutter contre le cancer.

« Si nous partons du principe qu’il existe des cellules mémoire, des cellules productrices d’anticorps qui reconnaissent la tumeur, et que nous pouvons les activer à l’aide d’un vaccin, alors nous pouvons mettre au point des vaccins anticancéreux qui stimulent ces cellules », a expliqué Shulman, qui a supervisé ces recherches. « Je suis extrêmement enthousiaste. C’est une idée novatrice, une approche totalement nouvelle en matière de vaccins pour les patients atteints de cancer. »

Des phagocytes (en vert) ingèrent des cellules B mémoire activées (en rose), inhibant ainsi la réponse immunitaire locale. Les cellules ont été observées en trois dimensions à l’aide d’un microscope confocal. (Autorisation : Institut Weizmann des sciences)

Cancer de l’ovaire

Les scientifiques reconnaissent aujourd’hui que le cancer de l’ovaire le plus fréquemment rencontré, le carcinome ovarien séreux de haut grade (HGSOC), ne se développe pas dans les ovaires, ainsi qu’on le croyait auparavant, mais dans les trompes de Fallope qui se trouvent à proximité des ovaires, a précisé Shulman.

Ce sont les mutations génétiques héréditaires des gènes BRCA1 et BRCA2 qui sont les principaux facteurs de risque connus du cancer de l’ovaire. Les femmes juives d’origine ashkénaze, qui sont environ 10 fois plus susceptibles que la population générale d’être porteuses de ces gènes mutés, présentent un risque significativement plus élevé de développer un cancer de l’ovaire au cours de leur vie.

Illustration : Une doctoresse brandissant un ruban rose pour sensibiliser au cancer du sein. (Crédit : dragana991 via iStock by Getty Images)

Lorsqu’une mutation affecte le gène BRCA, celui-ci perd sa capacité à produire les protéines essentielles à la réparation des dommages causés à l’ADN cellulaire, déclenchant ainsi une croissance tumorale agressive.

Il n’existe actuellement aucun test de dépistage fiable permettant de diagnostiquer un cancer de l’ovaire. Le frottis cervical, ou test de Papanicolaou, ne permet pas non plus de le détecter.

Les symptômes de cette maladie, qui comprennent notamment des ballonnements abdominaux persistants et des douleurs pelviennes, sont souvent confondus avec ceux d’affections moins graves. Pour la plupart des femmes, le diagnostic n’est posé qu’une fois que le cancer a déjà progressé et s’est propagé.

Selon les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Israel a enregistré 492 nouveaux cas de cancer de l’ovaire en 2022, et 353 décès dus à cette maladie.

Renforcer le système immunitaire pour éliminer les cellules cancéreuses

« Je suis immunologiste, pas cancérologue », a déclaré Shulman au sujet de ses recherches. Il a ajouté qu’il travaillait sur les lymphocytes B et sur les réponses immunitaires à médiation anticorps face aux agents pathogènes et aux maladies infectieuses.

« C’est mon domaine d’expertise, celui dans lequel je suis le plus compétent », a souligné Shulman.

C’est en étudiant « les cellules B et les anticorps, plutôt que le cancer lui-même » que Shulman s’est orienté vers la recherche sur le cancer.

« Je veux comprendre comment nous pouvons stimuler le système immunitaire de manière à renforcer sa capacité à détruire les cellules tumorales. C’est précisément ce que nous faisons avec l’immunothérapie », a indiqué Shulman.

Shulman a commencé à étudier le rôle des lymphocytes B dans la lutte contre le cancer en 2015, guidé par son intuition.

Je veux comprendre comment nous pouvons stimuler le système immunitaire de manière à renforcer sa capacité à détruire les cellules tumorales. C’est précisément ce que nous faisons avec l’immunothérapie

« À l’époque, on s’intéressait davantage aux lymphocytes T », qui sont une autre forme de lymphocytes combattant le cancer, a poursuivi Shulman. « Personne ne prêtait vraiment attention aux lymphocytes B », ce type de globules blancs qui traquent et détruisent les cellules cancéreuses.

Mais Shulman continuait d’être intrigué. Lorsqu’un médecin, dont la mère était décédée d’un cancer de l’ovaire, est venu faire un doctorat dans son laboratoire, « tout ce qu’il voulait, c’était étudier le cancer de l’ovaire, alors nous nous sommes mis au travail », a raconté Shulman.

« Nous avons observé que les cellules B s’infiltrent dans les tumeurs, et qu’elles produisent des anticorps contre les tumeurs ovariennes cancéreuses », a rapporté Shulman.

Il a publié une étude à ce sujet en 2022.

Dans la dernière étude en date, les chercheurs ont analysé des prélèvements effectués sur 11 patientes atteintes du type de cancer de l’ovaire le plus courant, le HGSOC, en collaboration avec le professeur Ram Eitan et le docteur Oded Raban de l’hôpital Rabin.

Illustration : les globules blancs attaquant une tumeur (Crédit : wildpixel ; iStock par Getty Images)

Ils ont cherché la présence de cellules B dans le ganglion lymphatique et la tumeur d’une même patiente.

« Chaque cellule possède son anticorps unique, avec sa propre séquence. C’est comme un code-barres », a ajouté Shulman. « Nous avons trouvé le même code-barres à la fois dans le ganglion lymphatique et dans la tumeur. »

Les cellules mémoire peuvent agir comme une arme ciblée pour lutter contre le cancer de l’ovaire. C’est une avancée sans précédent

Cela signifie, a-t-il indiqué, qu’elles avaient toutes deux le même ascendant, lequel « a donné naissance à ces cellules, probablement dans le ganglion lymphatique, et que les cellules ont ensuite migré vers la tumeur ».

Cette découverte apporte une « preuve très solide » que les cellules mémoire peuvent se déplacer du ganglion lymphatique vers la tumeur, en produisant des anticorps qui peuvent s’avérer bénéfiques pour la patiente, a-t-il affirmé.

Les chercheurs sont parvenus à produire ces anticorps artificiellement, en laboratoire.

« Nous avons été stupéfaits de constater que plus d’un tiers de ces anticorps se liaient fortement aux cellules ovariennes cancéreuses », a confié Shulman. « Les cellules mémoire peuvent agir comme une arme ciblée pour lutter contre le cancer de l’ovaire. C’est une avancée sans précédent. »

L’immunothérapie, qui mobilise le système immunitaire pour lutter contre le cancer, « a bouleversé l’oncologie, et a donné d’excellents résultats pour de nombreux types de cancer. Mais dans le cas du cancer de l’ovaire, son efficacité s’est jusqu’ici avérée très limitée », a indiqué le Dr Ruth Perets, responsable des essais cliniques de phase précoce et du Laboratoire de recherche sur les cancers de la femme au Campus Rambam Health Care de Haïfa.

Le Dr Perets n’a pas participé à cette étude.

Selon elle, les dernières recherches de Shulman « montrent que les patientes atteintes d’un cancer de l’ovaire produisent naturellement des lymphocytes B capables de reconnaître leurs tumeurs, mais que ces cellules demeurent inactives. Les résultats suggèrent qu’à l’avenir, l’activation de ces lymphocytes B anticancéreux d’origine naturelle pourrait constituer une nouvelle stratégie immunothérapeutique potentiellement efficace contre ce type de cancer. »

Shulman dit espérer que les essais cliniques d’un vaccin à base de lymphocytes B constitueront la prochaine étape.

« Ce résultat ouvre la voie à une nouvelle option thérapeutique, que les patientes pourront tester dans le cadre d’essais cliniques », a-t-il déclaré.

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