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Providence devient la plus grande ville américaine à voter pour un désinvestissement anti-Israël

Le texte sera soumis au vote en novembre, tandis que la primaire démocrate pour la mairie, prévue le 9 septembre, opposera le maire sortant pro-Israël à un candidat progressiste

Un panneau indiquant aux électeurs l'entrée de l'hôtel de ville lors du vote anticipé pour les primaires de Rhode Island, à Providence, dans le Rhode Island, le 2 septembre 2026. (Crédit : David Goldman/AP)
Un panneau indiquant aux électeurs l'entrée de l'hôtel de ville lors du vote anticipé pour les primaires de Rhode Island, à Providence, dans le Rhode Island, le 2 septembre 2026. (Crédit : David Goldman/AP)

JTA — Alors que les progressistes anti-Israël remportent un certain succès aux élections aux États-Unis en 2026, la campagne de désinvestissement vis-à-vis d’Israël, en gestation depuis longtemps, cherche à tirer parti de cette dynamique dans le Rhode Island.

En novembre prochain, les électeurs de Providence, la capitale de l’État, se prononceront par référendum sur une proposition stipulant que la ville devrait s’abstenir d’investir dans « des pays étrangers se livrant à un nettoyage ethnique, à l’apartheid, à une occupation militaire illégale ou à un génocide ».

Le texte de la pétition soumise au vote ne mentionne ni Israël ni aucun autre pays par son nom. Cependant, la campagne de collecte de signatures a été menée par « Providence for Palestine », une coalition locale de militants, et ses partisans, comme ses détracteurs, ont présenté cette mesure comme un référendum sur Israël et sur le mouvement mondial « Boycott, désinvestissement et sanctions » (BDS).

La question du désinvestissement ayant été inscrite sur le bulletin de vote du référendum, Providence est désormais la plus grande commune américaine à avoir jamais soumis cette question au vote des électeurs.

« Nous sommes à un moment où le grand public, et en particulier les électeurs démocrates, perçoivent clairement ce qui se passe à Gaza et en Palestine comme un génocide et un apartheid, et souhaitent que leurs dirigeants agissent en conséquence », a déclaré Zack Kligler, l’un des principaux organisateurs de l’initiative référendaire et membre de la section de Rhode Island du groupe antisioniste « Jewish Voice for Peace » (JVP), à la Jewish Telegraphic Agency.

Kligler a décrit la campagne actuelle de désinvestissement comme ayant « sans aucun doute été menée de manière disproportionnée par des organisateurs juifs ».

Des militants anti-Israël accrochant une pancarte à la fenêtre d’un étage supérieur d’un bâtiment qu’ils ont envahi, à la Rhode Island School of Design, à Providence, dans le Rhode Island, le 7 mai 2024. (Crédit : Steven Senne/AP)

Pour déterminer quels pays « commettent » l’une des violations des droits de l’Homme figurant sur sa liste, le référendum s’appuierait sur des « résolutions » émanant de divers organismes, notamment le Conseil de sécurité des Nations unies, la Cour internationale de justice (CIJ) et « toute » décision rendue par un tribunal américain ou un organe de l’ONU. Certains de ces organismes, mais pas tous, sont parvenus à des conclusions qui impliqueraient Israël dans la campagne de désinvestissement mentionnée dans le texte du référendum.

Tant Israël que l’administration Trump ont fermement rejeté toutes les accusations de « génocide » portées contre l’État hébreu. Si « l’apartheid » peut être considéré comme un crime à part entière en droit international, le « nettoyage ethnique » ne fait quant à lui l’objet d’aucune définition juridique officielle.

Le mouvement de désinvestissement vis-à-vis d’Israël a connu un certain succès au niveau municipal depuis que le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 a déclenché la guerre contre les groupes terroristes palestiniens à Gaza, ce qui a fait chuter la popularité du pays auprès de l’électorat américain. L’an dernier, une résolution non contraignante sur le désinvestissement a été adoptée par les urnes à Somerville, dans le Massachusetts – une banlieue de Boston comptant moins de la moitié de la population de Providence -, devenant ainsi la première initiative de ce type. Malgré les objections de groupes juifs, la ville a commencé cet été à étudier la manière de transposer cette mesure en loi.

Les détracteurs de ces mesures font valoir qu’elles obligent les collectivités locales à accorder une attention excessive aux questions internationales, qu’elles risquent d’engendrer des divisions et des réactions hostiles à l’encontre des communautés juives locales et qu’elles mettent en péril les régimes de retraite publics. La décision prise dans le cadre de la campagne de Providence de ne pas mentionner Israël dans le libellé du scrutin distingue cette initiative des autres, tout en neutralisant les critiques formulées à l’encontre de résolutions similaires, selon lesquelles ces mesures cibleraient injustement Israël.

Une inscription sur le trottoir appelant au désinvestissement après le démantèlement d’un campement anti-Israël, à l’université Brown, à Providence, dans le Rhode Island, le 30 avril 2024. (Crédit : David Goldman/AP)

Pourtant, les groupes juifs locaux affirment que la communauté reste exposée à un risque.

« Tout cela ne fera qu’attiser les divisions au sein de notre communauté et risque de renforcer le sentiment d’insécurité au sein de la communauté juive locale », a déclaré à la JTA Stéphanie Hague, directrice de la stratégie de la Jewish Alliance of Greater Rhode Island.

Hague a fait remarquer que le libellé du référendum soulève des questions quant à la légitimité des instances internationales chargées de déterminer ce qui constitue un génocide, un nettoyage ethnique et d’autres notions mentionnées dans l’initiative. Elle a déclaré que l’Alliance mènerait campagne contre cette mesure référendaire et qu’elle étudierait les voies juridiques permettant de faire obstacle à sa mise en œuvre si elle était adoptée.

En 2024, une proposition a été soumise au conseil municipal pour exhorter Providence, dont les quelque 15 000 Juifs représentent environ 7 % de la population, à ne pas investir dans des obligations israéliennes. La mesure n’a toutefois pas dépassé le stade de la commission. De même, en 2024, le conseil d’administration de l’université Brown, établissement de l’Ivy League situé à Providence, a voté une résolution de désinvestissement dans le cadre des revendications du mouvement de campement anti-Israël de l’université. Elle a été rejetée.

Les militants se montrent plus confiants cette fois-ci, invoquant le succès remporté à Somerville, où Israël a été explicitement désigné comme la cible de la mesure référendaire adoptée, contrairement à Providence. À la différence de Somerville, où la mesure n’avait pas de caractère contraignant, l’initiative de Providence obligerait la ville à prendre des mesures.

Les partisans soulignent également que Providence a rejoint, en 2006, une initiative de désinvestissement contre le Soudan pour protester contre le nettoyage ethnique au Darfour, une campagne menée par des groupes juifs américains.

« Nous sommes vraiment fiers de l’héritage de la communauté juive américaine et de notre engagement sur les questions sociales », a déclaré à la JTA Kligler, qui a grandi au sein du mouvement conservateur, a fréquenté une école juive à Brooklyn et a de la famille en Israël.

À la différence de Pittsburgh, où une initiative similaire pour 2024 avait été annulée avant les élections à la suite de recours juridiques contestant la validité des signatures, les militants de Providence ont réussi à recueillir et à vérifier un nombre de signatures largement suffisant pour que l’initiative soit soumise au vote. Les partisans de l’initiative ont déclaré avoir identifié environ 2,5 millions de dollars de fonds municipaux qui seraient concernés par une décision de désinvestissement. Ils ont cité des entreprises américaines fréquemment ciblées par des militants anti-Israël, telles que le fabricant d’engins de chantier Caterpillar et l’entreprise d’armement Axon Enterprise.

Illustration : Des manifestants rassemblés devant le Capitole de l’État de Rhode Island pour soutenir la Dr. Rasha Alawieh, qui devait prendre ses fonctions à l’université Brown mais a été expulsée pour avoir prétendument soutenu le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, à Providence, dans le Rhode Island, le 17 mars 2025. (Crédit : Charles Krupa/AP)

Le conseil municipal de Portland, dans le Maine, a également adopté une proposition de désinvestissement en 2024, bien que le maire de cette ville, qui avait initialement soutenu ce projet, ait par la suite déclaré regretter ce projet en raison des divisions qu’il avait suscitées.

Certains professionnels juifs progressistes de Providence estiment que cette initiative est conforme à leurs valeurs.

« Je sais que d’autres pensent qu’il s’agit d’une situation où il faudrait choisir entre ses principes juifs et d’autres principes. Je ne vois pas les choses ainsi », a déclaré à la JTA Lex Rofeberg, éducateur juif senior au sein du réseau alternatif d’engagement juif Judaism Unbound, à propos de son soutien à la campagne référendaire.

Rofeberg, qui réside à Providence, a déclaré qu’il serait erroné que des non-Juifs en concluent que « soutenir les violations des droits de l’Homme est une valeur juive ».

Des affiches représentant des otages exposées lors d’une veillée organisée pour marquer le premier anniversaire de l’attaque du Hamas contre Israël, au Centre communautaire juif de Providence, dans le Rhode Island, le 7 octobre 2024. (Crédit : David Goldman/AP)

« Pour ceux qui voient dans cette initiative référendaire, qui ne mentionne pas du tout Israël mais dit simplement que nous ne devrions pas investir notre argent dans des atrocités, une menace pour le judaïsme, pourquoi penseraient-ils cela ? », a-t-il demandé.

Hague, la responsable de la Jewish Alliance of Greater Rhode Island opposée à l’initiative, y voit justement une menace pour les intérêts juifs. Elle a reconnu qu’il pouvait être difficile de faire comprendre aux non-Juifs, qui s’opposeraient évidemment au « génocide » et à l’apartheid, en quoi son groupe considère le mouvement BDS comme « une vitrine de l’antisémitisme ».

Elle a exposé ce qu’elle considérait comme la mission de son groupe : « Nous devons mener un travail de sensibilisation considérable en peu de temps, aider les gens à comprendre la relation entre la communauté juive et Israël, puis à saisir le lien entre cette initiative et le mouvement BDS, ainsi que la manière dont ces éléments sont liés. Il ne faut pas non plus oublier la peur et l’isolement réels que ressentent déjà de nombreux Juifs américains, en particulier depuis le 7-Octobre. »

Le contexte politique pourrait toutefois s’avérer défavorable à de telles initiatives. À l’instar des tendances nationales plus générales, la primaire démocrate pour la mairie de la ville, prévue le 9 septembre, s’articule également, dans une large mesure, autour d’Israël.

Brett Smiley, maire de Providence, dans le Rhode Island, participant à une cérémonie de bar mitzvah pour adultes au Temple Beth El, à Providence, le 14 mars 2026. (Crédit : Candy Adriance)

Le maire sortant, Brett Smiley, converti au judaïsme et ayant célébré sa bar mitzvah pendant son mandat, est un fervent défenseur d’Israël et s’oppose à cette initiative populaire. Son adversaire progressiste, le député d’État David Morales, a quant à lui apporté son soutien à cette initiative.

Il en va de même pour certains élus locaux ayant un patrimoine juif.

« Pour toute communauté à laquelle nous nous identifions, et pour le bien de notre âme et de notre humanité, nous devons être capables de dire : ‘Ce n’est pas acceptable’ », a déclaré Rachel Miller, présidente du conseil municipal, à la JTA.

Miller, dont le père est juif et la mère catholique, a déclaré qu’elle se considérait comme juive « sur le plan culturel » et s’est opposée à l’idée qu’il n’y aurait qu’une seule voix juive sur cette question. Selon elle, il faut « dissocier les actions d’un État à l’encontre d’un groupe de personnes de mon patrimoine juif personnel, de mon identité juive ».

Même si elle était adoptée, cette initiative populaire pourrait se heurter à une interdiction en vigueur à l’échelle de l’État visant la collaboration avec des prestataires du gouvernement qui boycottent ouvertement Israël, une loi dite « anti-BDS » qui fait partie des nombreuses mesures de ce type adoptées dans divers États.

Ces lois font elles-mêmes l’objet de débats depuis des années. Cet automne, une initiative populaire à Oak Park, dans l’Illinois, une banlieue libérale de Chicago, demandera aux électeurs d’exprimer une objection formelle à la loi anti-boycott de cet État. L’initiative, à laquelle s’opposent des groupes juifs locaux, a résisté lundi à une contestation judiciaire.

Hague a reconnu les divisions actuelles au sein de la communauté juive concernant Israël, ainsi que le climat politique difficile auquel sont confrontés les groupes juifs pro-Israël. Faire face à une initiative populaire comme celle-ci demande du travail, a-t-elle déclaré.

« Je pense que nous savons que l’opinion publique n’est pas favorable à Israël en ce moment. Je pense que ce n’est pas une question que les gens comprennent implicitement lorsqu’ils se contentent de lire une question référendaire », a-t-elle expliqué.

« Donc oui, bien sûr, il y a lieu de s’inquiéter, et je pense que quoi qu’il arrive lors du scrutin, je continue de considérer que c’est un moment important. »

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