Quel rôle pour le cabinet de sécurité ?
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Analyse

Quel rôle pour le cabinet de sécurité ?

Les dix nouveaux ministres seront-ils capables de défier les généraux, de résister au Premier ministre et de s’assurer qu’Israël est bien dirigé en cas de conflit ?

Mitch Ginsburg est le correspondant des questions militaires du Times of Israel

Le chef d'état-major de Tsahal Benny Gantz briefe les ministres israéliens pendant le conflit avec la bande de Gaza, le 18 Juillet 2014 (Photo: Flash90)
Le chef d'état-major de Tsahal Benny Gantz briefe les ministres israéliens pendant le conflit avec la bande de Gaza, le 18 Juillet 2014 (Photo: Flash90)

Le gouvernement d’Israël a donné son feu vert dimanche pour la nomination de dix personnes aptes à diriger le pays en temps de guerre.

Ces neuf hommes et une femme sont officiellement connus comme le Comité ministériel sur les Affaires de Sécurité Nationale et, de manière informelle, comme le cabinet interne ou le « cabinet de cuisine », une référence au conseil de guerre qui s’est rassemblé dans la cuisine de Golda Meir (alors Première ministre) lors des trois semaines de guerre, en octobre 1973.

En 2001, ce comité décisionnaire a été formellement reconnu par la loi. Il doit comprendre le Premier ministre, le ministre de la Défense, le ministre des Affaires étrangères, le ministre de la Justice, le ministre des Finances ainsi que le ministre de la Sécurité publique.

Il ne doit pas compter plus de personnes que la moitié du nombre total de ministres du cabinet. Mais est-il efficace ? Et les personnalités du comité décisionnaire ont-elles une influence ?

L’ancien Premier ministre Ehud Olmert a mis en doute la pertinence du comité dans un récent documentaire de la Dixième Chaîne.

Se rappelant le moment des trois semaines de conflit de la Deuxième guerre du Liban, lorsqu’Israël a dû décider – étendre les opérations au sol dans une offensive de conquête ou attendre les initiatives diplomatiques avec la prise de contrôle par les troupes de l’OTAN ? – il a affirmé : « En fin de compte, le Premier ministre est le cabinet. Le Premier ministre ne veut pas [que quelque chose soit fait]… ? La proposition n’est pas proposée [au vote]. Le Premier ministre veut [que quelque chose soit fait] ? Il prend les décisions qu’il souhaite. »

De plus, le député Amir Peretz, ministre de la Défense pendant la guerre, a déclaré pendant la même émission avoir annoncé à l’époque qu’il était prêt à ajourner la rencontre du cabinet de sécurité si l’ancien chef de l’armée, le Général Shaul Mofaz, proposait un plan alternatif à l’invasion qui se préparait.

De fait, le plan de Mofaz, une offensive probablement plus cohérente que celle présentée par un haut gradé de l’armée, le lieutenant général Dan Halutz, n’a jamais vraiment été proposé au comité décisionnaire.

L’ancien conseiller de la sécurité nationale, Yaakov Amidror, s’est moqué de l’idée que la vocation du cabinet de sécurité soit de proposer des plans d’actions alternatifs. Il a pour vocation, a-t-il déclaré dans un entretien téléphonique, de formuler les objectifs, de déterminer « une image de la réalité » au moment donné, sur le niveau de préparation d’Israël et le déploiement de l’armée.

Il doit aussi détailler les options possibles, peser le pour et les contre des différentes options et, enfin, prendre une décision. « Et c’est précisément pour cette raison que le Comité de sécurité nationale (CSN) a été fondé », a déclaré Amidror.

Etabli en 1999, à la fin du premier mandat du Premier minsitre Benjamin Netanyahu, et ensuite inscrit dans la loi en 2008, le CSN doit informer les ministres du cabinet régulièrement afin que le cabinet de sécurité puisse fonctionner comme un groupe décisionnaire qualifié lorsqu’une escalade est en cours.

Amidror et l’ancien ministre de la Défense Moshe Arens ont tous les deux affirmé que c’est précisément ce qui se passe. Arens explique qu’ « il y a eu des améliorations importantes au fil des années » et que le CSN fait un travail d’équipe pour préparer le cabinet de sécurité à des décisions de guerre, qui sont souvent prises sous pression.

En juillet 2014 pourtant, à la veille de la guerre de Gaza, le cabinet des ministres est arrivé à la table sans aucune idée sur la guerre souterraine du Hamas et aucune appréhension des capacités de l’armée pour s’opposer au Hamas, a affirmé le député Ofer Shelah (Yesh Atid) dans un entretien avec Amos Harel pour Haaretz, en avril.

Accusant Netanyahu de traiter son cabinet de sécurité « comme un ennemi » et de le priver d’information afin de le neutraliser, Shelah affirme que la situation n’a pas changé après la guerre de 50 jours.

Après que le Hezbollah a préparé une embuscade contre des soldats israéliens dans la région de Har Dov, en octobre 2014, une opération qui a blessé deux soldats israéliens mais a montré la volonté du Hezbollah d’en tuer beaucoup plus, Shelah a demandé à plusieurs membres du cabinet, y compris certainement à son ami et chef de parti Yair Lapid, si quelqu’un avait convoqué une réunion de préparation intitulée « Aujourd’hui 10 soldats ont été tués à Har Dov. Que fait-on maintenant ? »

La réponse, d’après lui, est :  « bien sur que non ».

Le problème avec le cabinet de sécurité, que l’on perçoive Netanyahu comme un dominateur néfaste ou comme un défenseur en chef du CNS, est inhérent à sa composition.

Il est composé par des personnes nommées pour des raisons politiques plutôt que pour leurs compétences et il est trop grand, a déclaré Chuck Freilich, un ancien conseiller assistant en Sécurité nationale et membre expérimenté du Centre Belfer pour les Affaires internationales et la Science de l’Ecole Kennedy.

Freilich, d’origine américaine, auteur du livre paru en 2012 « Les dilemmes de Sion : Comment Israël construit une politique de sécurité nationale », a étudié le processus de prise de décision d’Israël pendant une bonne partie de la décennie.

En 2006, il a écrit dans le Journal du Moyen Orient :  » ‘Le Seigneur est notre berger’ dit le Livre de Psaumes, et c’est une chance, parce que personne en Israël n’a l’autorité ni la capacité structurelle nécessaire pour prendre des décisions efficaces. »

Depuis lors, il y a eu des améliorations, explique Freilich, mais les problèmes sont endémiques. Il est trop large pour des prises de décisions efficaces, il a suggéré qu’un groupe optimal doit compter 6-8 ministres et pas 10, « parfois, il y a des gens sans aucune expérience du tout ». De plus, des informations fuient souvent dans la presse immédiatement après une session.

C’est pour cette raison, a-t-il déclaré, que le cabinet de sécurité, « n’est pas un comité réellement efficace ».

Au lieu de cela, en temps de guerre, l’armée présente un plan au ministre de la défense, qui le partage avec le Premier ministre et, une fois que les deux sont d’accord, il est présenté pour « un débat de forme » devant le comité de sécurité.

Shelah a suggéré un régime de préparation rigoureux où les membres du cabinet de sécurité devraient quitter leur ministère un jour par semaine et se rassembler pour travailler ensemble sur les plans. Le groupe devrait être autorisé à convoquer d’anciens officiels qui ont un niveau d’accès sécurité approprié et qui sont en désaccord avec les chefs actuels de la défense.

Ofer Shelah à la Knesset en février 2013. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Ofer Shelah à la Knesset, en février 2013 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Arens, lorsqu’on lui a demandé s’il pouvait citer une décision prise en temps de guerre où le cabinet de sécurité l’a emporté sur le Premier ministre, a évoqué la Guerre d’Indépendance. Ben Gurion, vers la fin de la guerre, dit-il, a voulu conquérir la Cisjordanie et s’est vu refuser l’autorisation.

Freilich se souvient du deuxième cabinet que Menahem Begin a refusé à Begin et Ariel Sharon, cinq fois avant d’autoriser finalement l’invasion du Liban en juin 1982. Par contre, a-t-il concédé, une fois que la guerre avait commencé, le cabinet avait peu de capacité à diriger le cours des événements.

En théorie, c’est « la raison d’être du CSN », a déclaré Freilich. Mais lorsque le chef d’état-major de Tsahal se présente devant les décideurs, « il a 20 généraux [avec lui]. Ils accrochent des cartes sur tout le mur. Viennent ensuite toutes sortes de presentations power point prétentieuses, et tout cela semble très bon et convaincant », explique-t-il. « Il est difficile de défendre un autre avis. »

Les nouveaux visages autour de la table du cabinet de sécurité 2015 de Netanyahu – la ministre de la Justice Ayelet Shaked et le ministre des Finances Moshe Kahlon, entre autres – auront probablement du mal à changer cette dynamique.

(Le nouveau cabinet de sécurité comprend le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre de la Défense Moshe Yaalon, le ministre des Finances Moshe Kahlon, le ministre de la Sécurité publique Gilad Erdan et la ministre de la Justice Ayelet Shaked (qui doivent tous être membres en vertu de leurs postes ministériels), aux côtés des ministres Naftali Bennett, Aryeh Deri, Yisrael Katz, Silvan Shalom et Yuval Steinitz (qui sera remplacé le 1er décembre par Zeev Elkin)

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