Ronen Bar impliqué dans un nouvel institut politique ; colère des proches de victimes du 7-Octobre
"Ceux qui étaient aux commandes le 7-Octobre ne peuvent rien nous apprendre en matière de leadership", a déclaré la mère d'une victime
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Les familles des victimes du pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, ont exprimé jeudi leur indignation après avoir appris que Ronen Bar, qui était à la tête des services de sécurité du Shin Bet au moment de l’attaque sanglante, prenait activement part à la création d’une nouvelle école de leadership politique au sein d’une université israélienne.
Les familles ont insisté sur le fait que tous ceux qui ont échoué, d’une manière ou d’autre, à prévenir le massacre ne pouvaient être chargés de former les futurs dirigeants du pays.
Lors du pogrom du 7 octobre, des milliers de terroristes du Hamas avaient pris d’assaut le territoire israélien depuis la bande de Gaza, semant la désolation dans le sud du pays. Ils avaient tué plus de 1 200 personnes, des civils en majorité, et ils avaient kidnappé 251 personnes qui avaient été prises en otage au sein de l’enclave côtière. L’attaque avait été la journée la plus meurtrière pour les Juifs depuis la Shoah – et la pire catastrophe de l’Histoire moderne d’Israël. Elle avait été à l’origine d’une guerre qui aura duré deux ans.
Les familles ont réagi au lendemain de la diffusion, par la chaîne publique Kan, d’un premier reportage qui était consacré au projet de Bar de cofonder l’école en coopération avec l’université Reichman, un établissement privé qui se trouve à Herzliya.
Dans un autre reportage qui a été diffusé jeudi, Kan a indiqué que Bar souhaitait s’associer à d’anciens hauts responsables de la Défense, ainsi qu’à l’ancien ministre Shai Piron et à l’ancien député Roy Folkman.
Les personnes qui sont à l’origine du projet veulent créer une école similaire à d’autres écoles de leadership à travers le monde, formant des partenariats et établissant des coopérations avec les meilleures universités. Ceux qui termineront le programme obtiendront un diplôme universitaire, a noté le reportage.
Shelly Meshel-Yogev, la mère de Libby Cohen Meguri, âgée de 22 ans, qui avait été assassinée par des terroristes du Hamas alors qu’elle tentait de fuir le festival de musique électronique Nova, le 7 octobre, a dénoncé la décision.
« Ronen Bar peut-il seulement ouvrir un programme sur le leadership ? De quel type de leadership et de quel type leader peut-il se revendiquer pour diriger un établissement et pour enseigner ? », a-t-elle dit à Kan. « Et c’est la même chose pour le Premier ministre et pour [Aharon] Haliva », a-t-elle ajouté, faisant référence à l’ancien chef des renseignements de l’armée israélienne.
« Ce que j’attends de Haliva, c’est qu’il vienne nous voir chez nous… et qu’il nous dise : ‘Mon sentiment de honte m’étouffe’ ; j’attends de Ronen Bar qu’il fasse de même », a-t-elle ajouté.
Elle a précisé qu’elle apporterait son soutien à tout processus qui entraînerait la création d’une commission d’enquête nationale et la destitution des responsables des échecs ayant ouvert la porte au 7-Octobre – faisant référence à Benjamin Netanyahu et à sa coalition.
Le Conseil d’octobre, un groupe anti-gouvernemental qui milite en faveur de l’établissement d’une commission d’enquête nationale, a envoyé une lettre au nom de certaines familles de victimes au président de l’université Reichman, à ses administrateurs et aux membres de son conseil d’administration, leur demandant de ne pas travailler avec Bar.
« La décision que vous avez prise de confier à l’ancien chef du Shin Bet, Ronen Bar, la mise en place d’un programme de formation au leadership politique franchit une ligne rouge et porte un coup fatal à la valeur fondamentale du leadership public en Israël », est-il écrit dans la lettre, selon Kan. « La première chose à faire est d’assumer ses responsabilités ».
« Nous ne permettrons pas à des personnes qui ont été responsables de la débâcle qui a conduit au massacre de nos proches de façonner le caractère des futurs dirigeants israéliens », a fait savoir le groupe.
Yigal Cohen, qui avait perdu sa fille Hadar Miriam Cohen alors qu’elle se trouvait à la base militaire de Nahal Oz, prise d’assaut par les terroristes, a dit : « C’est terrible ».
« Toutes les personnes qui étaient en fonction le 7-Octobre, que ce soit dans l’armée ou à un poste gouvernemental quelconque, toutes les personnes qui ont eu une part de responsabilité dans les événements du 7-Octobre doivent partir » et quitter la vie publique, a-t-il déclaré.
Citant des sources proches du dossier, Kan a rapporté mercredi que Bar avait rencontré des personnalités publiques et qu’il avait organisé des discussions sur ce programme, dont l’objectif est de préparer la prochaine génération de responsables politiques.
Bar serait membre du conseil d’administration de l’école. La chaîne a noté qu’il n’occupe actuellement aucun poste officiel et qu’il n’est pas prévu qu’il donne des cours, soulignant qu’il participe plutôt à la mise en place du programme, qui en est encore à ses balbutiements.
Dans le sillage du premier reportage, Meshel-Yogev a écrit dans un message qui a été diffusé sur le réseau social X que « ma fille n’ira pas à l’université ».
« Tous ceux qui étaient aux commandes le 7-Octobre ne peuvent rien nous apprendre en matière de leadership« , a-t-elle ajouté dans son post.
Au mois de décembre, Bar avait appelé le gouvernement à créer une commission d’enquête nationale sur les défaillances qui ont entouré le pogrom, critiquant implicitement Netanyahu lors de sa toute première prise de parole publique depuis sa démission.
Le véritable leadership « ne se limite pas à assumer la responsabilité de l’échec », avait-il affirmé. « Il consiste à assumer la responsabilité de réparer les choses ».
Bar avait reconnu sa responsabilité et la responsabilité de l’agence – qui avaient été dans l’incapacité de prévenir le massacre – dans les premières semaines de la guerre menées contre le Hamas. Il avait annoncé, au mois d’avril dernier, qu’il démissionnerait en date du 15 juin en raison du rôle joué par son agence dans cet échec. Le cabinet de Netanyahu avait déjà, à ce moment-là, voté en faveur de son renvoi, ce qui avait provoqué une bataille juridique devant la Haute Cour de justice.
Bar avait fait partie d’une série de hauts responsables qui avaient choisi de quitter leurs fonctions après les atrocités du 7-Octobre. Parmi eux, Haliva, l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne Herzi Halevi, l’ancien chef du commandement du sud de Tsahal, le général de division Yaron Finkelman, et l’ancien commandant de la division de Gaza, le général de brigade Avi Rosenfeld.
Netanyahu, qui refuse obstinément d’assumer la responsabilité de ces échecs, s’est fermement opposé à la création d’une commission d’État qui serait chargée d’enquêter sur les défaillances qui ont entouré le 7-Octobre, tout en tentant de rejeter la faute sur les chefs de la sécurité.
Les politiciens de l’opposition, les groupes de veille gouverrnementale et les familles des otages ont tous exigé la création d’une commission d’enquête d’État, certains se tournant vers les tribunaux pour obliger le gouvernement à en établir une.
Mais ce dernier s’efforce actuellement de lancer ses propres investigations, qui seraient menées par un panel dont les membres seraient nommés par les responsables politiques. Il affirme, pour justifier cette initiative, qu’une partie importante de la population n’accepterait pas les conclusions d’une enquête d’État traditionnelle, qui se déroulerait sous les auspices du système judiciaire.
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