Saar rompt tout contact avec Kaja Kallas, de l’UE, suite à une comparaison présumée avec « l’apartheid »
Le ministre des Affaires étrangères a dit que les propos attribués à Kaja Kallas s'apparentaient à une accusation de "meurtre rituel" ; cette dernière a répondu qu'elle restait disposée à dialoguer avec Israël
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Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a annoncé jeudi qu’il suspendait tout contact avec la cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas – cette dernière aurait, selon certaines informations, comparé Israël au régime d’apartheid sud-africain.
Une décision qui a donné lieu à une querelle publique entre les deux personnalités, qui ont débattu de la question sur les réseaux sociaux.
Dans un message qui a été posté sur le réseau social X, Saar a accusé Kallas « d’agir, depuis un certain temps déjà, de manière obsessionnelle et avec une injustice flagrante à l’égard de l’État d’Israël », et il a fait référence à un article qui a affirmé qu’elle avait tenu ces propos sur l’apartheid au mois de mai, pendant des discussions de haut niveau, au Mexique, avec des représentants gouvernementaux.
Des responsables et diplomates dont l’identité n’a pas été révélée auraient ainsi affirmé au site Euractiv, la semaine dernière, que Kallas avait comparé le traitement réservé par Israël aux Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie au système d’apartheid qui existait en Afrique du Sud jusqu’au début des années 1990. Des paroles qui auraient été critiquées par plusieurs représentants européens.
Saar a ajouté : « A ce jour, elle n’a émis aucun démenti, aucune clarification ni aucune réponse concernant cette déclaration grave » – ce qui n’a laissé au ministre des Affaires étrangères israélien « d’autre choix que de rompre tout contact avec Kallas jusqu’à ce qu’elle revienne sur l’accusation de meurtre rituelle qu’elle a lancée contre le seul État juif au monde, et qui est également la seule démocratie du Moyen-Orient ».
Il s’est dit « reconnaissant à l’égard des nombreux élus européens qui ont condamné cette déclaration grave », avant de partager sur X certaines de ces prises de position.
Ms. @kajakallas, the EU High Rep. for Foreign Affairs and Security Policy, has for some time now been acting obsessively and with blatant unfairness toward the State of Israel.
Recently, it was published that during her visit to Mexico, she compared Israel to the racist…
— Gideon Sa'ar | גדעון סער (@gidonsaar) June 18, 2026
En réponse à Saar, Kallas a souligné que l’UE était « attachée à une relation constructive » avec Israël mais elle n’a pas abordé la question des propos rapportés sur l’apartheid.
« Cher Gideon, comme vous le savez, l’UE et Israël sont liés par de nombreux liens. J’attache une grande importance à notre dialogue et à notre engagement, et je suis disposée à poursuivre dans cet esprit, de manière respectueuse et constructive. Le dialogue est le fondement de la diplomatie, en particulier lorsque des divergences apparaissent. L’UE est toujours attachée à une relation constructive avec Israël », a écrit Kallas sur son compte X.
Rejetant apparemment l’accusation de Saar – qui a affirmé qu’elle avait agi de manière inéquitable dans son approche vis-à-vis d’Israël – la cheffe de la politique étrangère de l’Union européenne a répété la position de l’UE, pour qui la solution à deux États est « la seule voie viable » qui permettra « d’apporter la paix au Moyen-Orient ». Elle a noté que l’Union a donc « condamné les colonies israéliennes illégales en Cisjordanie qui rendent cet objectif de plus en plus difficile à atteindre ».
Dear Gideon, as you know, the EU and Israel have a lot that binds us. I value our dialogue and engagement, and I’m open to continue in that spirit, respectfully and constructively. Dialogue is the foundation of diplomacy, especially when differences arise. The EU is always…
— Kaja Kallas (@kajakallas) June 18, 2026
Toutefois, un diplomate européen qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat a déclaré à Euractiv, dans son article, que « la comparaison avec l’apartheid est inacceptable et elle ne reflète pas la politique de l’UE. C’est un grave problème si elle tient ce genre de propos alors qu’elle représente officiellement l’UE sur la scène internationale ».
Israël rejette toute accusation d’apartheid, affirmant que ses propres citoyens arabes jouissent de l’égalité des droits. Israël souligne également que le pays a accordé une autonomie limitée à l’Autorité palestinienne au plus fort du processus de paix dans les années 1990, lui conférant le contrôle de zones de Cisjordanie où vit la majorité des Palestiniens du territoire.
Malgré la rupture des contacts, Saar a répondu à Kallas dans un message qui a été écrit en hébreu sur X, lui disant : « Même dans ce que vous dites ici, vous évitez de nier ou de condamner » les propos qui ont été signalés. Il a ajouté que « cela dit tout ».
« À ma connaissance », a-t-il poursuivi, les propos qui ont été rapportés « ne reflètent pas la position de l’Union européenne ».
« La question est simple : si vous avez effectivement tenu ces propos honteux et diffamatoires, alors assumez-les. Si vous ne les avez pas tenus, démentissez-les. Tant que cette affaire restera en suspens, ma décision restera inchangée », a-t-il déclaré.
Un porte-parole de l’UE chargé des affaires étrangères a refusé de préciser si Bruxelles démentait ou rétractait officiellement les propos qui auraient été tenus par Kallas sur l’apartheid.
Alors qu’il lui était demandé, lors d’un point-presse, si un démenti avait été officiellement émis par l’Union, Anouar El Anouni a réitéré la réponse donnée à une question précédente qui concernait la rupture des contacts décidée par Saar, affirmant qu’il avait « déjà épuisé [le] sujet et [qu’il] n’avait rien d’autre à ajouter ».
Il a noté que Kallas resterait ouverte à la poursuite du dialogue avec Israël.
Il est difficile de dire exactement ce qu’impliquera la rupture des contacts avec Kallas, et si cette dernière s’appliquera uniquement à Kallas elle-même ou également à son bureau et aux autres instances placées sous sa supervision — même si, compte tenu de l’importance de son rôle, il s’agira très probablement de la première hypothèse.
Les termes avaient été tout aussi vagues lorsque Saar avait décidé de rompre tout contact avec le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le mois dernier, après que ce dernier a inscrit l’armée israélienne sur sa liste noire des entités faisant l’objet d’accusations crédibles de violences sexuelles dans des zones de guerre.
Selon Euractiv, Kallas fait l’objet de critiques pour des propos controversés qu’elle a pu tenir dans d’autres dossiers, un responsable de la Commission européenne chargé des affaires étrangères déplorant, sous couvert d’anonymat, ses « propos imprudents à de multiples reprises ».
L’attitude très critique de l’UE à l’égard d’Israël concernant sa conduite de la guerre à Gaza a atteint de nouveaux sommets après l’invasion du Liban par Israël au mois de mars — en réponse aux attaques menées contre Israël par le groupe terroriste du Hezbollah, soutenu par l’Iran — et après l’adoption par la Knesset d’une nouvelle loi prévoyant la peine de mort pour les terroristes palestiniens condamnés en Cisjordanie.
Au mois d’avril dernier, plusieurs États membres de l’UE ont rejeté une initiative de l’Espagne, de la Slovénie et de l’Irlande qui visait à suspendre l’accord de coopération du bloc avec Israël.
Le mois dernier, l’UE a approuvé des sanctions contre des organisations de partisans du mouvement pro-implantations israéliens « extrémistes et violentes » et contre leurs dirigeants, ainsi que contre les chefs du groupe terroriste du Hamas.
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