Saint-Louis Jazz : Abate Berihun a transformé la controverse anti-Israël en succès
Abate Berihun se produira notamment le 2 juin avec The Addis Ken Project au Sacré Sound Festival de Paris
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Le Quotidien, journal sénégalais, rapporte que le Festival international de jazz de Saint-Louis s’est achevé sur la Place Baya avec une performance remarquée d’Abate Berihun et son Addis Ken Project en dépit des menaces qui planaient sur eux.
Le rendez-vous était à la fois très attendu et très redouté par les organisateurs et les pouvoirs publics sénégalais car, avant même son arrivée, la venue de l’artiste éthiopien était entourée d’une vive controverse géopolitique. Des rumeurs persistantes faisaient état d’une implication de l’ambassade d’Israël dans le financement du festival, ce qui avait suscité de violentes réactions au sein d’une partie du public sénégalais sensible aux tensions internationales actuelles.
Face à ces critiques et à cette atmosphère délétère, Abate Berihun a choisi d’adopter le « silence des grands ».
Stoïque, il n’a répondu à aucune provocation et n’a fait aucun commentaire sur les faits dénoncés, préférant laisser son art s’exprimer. Sur scène, il a transformé la pression médiatique et politique en un véritable carburant créatif, balayant les tensions pour laisser place à la magie des notes.
La musique de l’Addis Ken Project, imprégnée de rythmes ancestraux et d’harmonies envoûtantes venues des hauts plateaux d’Éthiopie, a fait taire les contempteurs. Le public, dont certains membres étaient très réservés au départ, a rapidement succombé à l’intensité du spectacle, voyant ses visages se détendre et les corps s’animer dans une ambiance festive et joyeuse.
En refusant de se laisser entraîner sur le terrain glissant de la discorde, Abate Berihun a, selon Le Quotidien, offert une véritable expérience thérapeutique au public. Et le journal sénégalais de conclure : « Il aurait été dommage de priver Saint-Louis d’un tel spectacle. Car au-delà de la performance musicale, Abate Berihun aura offert une leçon de dignité : celle de laisser l’art parler là où les mots divisent. La musique n’a pas de passeport. Elle n’a pas de visa. Elle traverse les frontières que les hommes dressent et celles que les polémiques fabriquent. »
A noter qu’actuellement en tournée Abate Berihun se produira notamment le 2 juin avec The Addis Ken Project au Sacré Sound Festival de Paris (La Bellevilloise), le 16 juin à Jaffa-Mashkit (Tel Aviv-Jaffa) et le 17 juin à Haïfa (Offbeat).
Qui est Abate Berihun ?
Saxophoniste, chanteur, compositeur et chef d’orchestre d’origine éthiopienne, Abate Berihun est aujourd’hui installé en Israël. Il est considéré comme l’une des figures majeures du jazz éthiopien contemporain (éthio-jazz).
Né à Addis-Abeba en 1967 dans une famille juive, il mêle dans sa musique traditions spirituelles éthiopiennes, chants liturgiques juifs, improvisation jazz et influences africaines. Son parcours personnel est particulièrement romanesque. Enfant, il découvre le saxophone au contact des fanfares militaires d’Addis-Abeba. Très jeune, il rejoint l’orchestre militaire éthiopien sous le régime du Derg, tourne dans plusieurs pays et accompagne ensuite des artistes majeurs de la musique éthiopienne comme Mahmoud Ahmed ou Mulatu Astatke. Un épisode tragique marque sa vie : un convoi de son orchestre est attaqué durant la guerre civile éthiopienne, plusieurs musiciens sont tués et lui-même est blessé par balle. À la fin des années 1990, il fait son alyah et rejoint Israël, où les débuts sont difficiles : il travaille comme plongeur et agent de sécurité tout en essayant de reconstruire une carrière musicale. Peu à peu, il s’impose dans la scène jazz israélienne grâce à des collaborations et à des projets fusionnant jazz et héritage musical éthiopien.
Musicalement, il est adepte de la fusion entre les modes traditionnels éthiopiens (tezeta, bati, ambassel, etc.), le jazz modal et spirituel digne de John Coltrane, qu’il cite souvent comme influence majeure, et les prières et chants des juifs éthiopiens en amharique ou en guèze. Ces dernières années, il a développé le projet musical Addis Ken Project (« nouveau jour » en amharique) qui mélange prières ancestrales, groove jazz moderne et spiritualité. L’album Addis Ken a notamment été présenté comme un dialogue entre mémoire juive éthiopienne et jazz contemporain.
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