Santé mentale en Israël : les jeunes frappés de plein fouet par les effets de la guerre
Un rapport de Clalit révèle une hausse de 121,3 % des urgences psychiatriques chez les jeunes. Les diagnostics de TSPT ont doublé après le 7-Octobre et continuent d'augmenter
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Selon un rapport publié dimanche par la Caisse de santé Clalit, la plus importante caisse de santé d’Israël, le nombre de nouveaux cas de troubles de stress post-traumatique (TSPT) a doublé au cours de l’année suivant le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 et a continué d’augmenter lors des trois années de guerre.
Cette étude globale, adossée aux informations de près de 5 millions d’affiliés, laisse entrevoir les effets de la guerre sur la santé mentale des enfants et adolescents, ainsi que sur des milliers d’Israéliens évacués du sud et du nord du pays depuis que des terroristes se sont introduits par la force en Israël pour y tuer 1 200 personnes et enlever 251 personnes pour les séquestrer à Gaza.
« Ces trois années sont très cher payées en Israël », explique le Pr Eytan Wirtheim, directeur de la Caisse de santé Clalit, dans un communiqué.
Le rapport met en évidence le besoin de recruter davantage de personnel qualifié, notamment des psychiatres, psychologues et thérapeutes, et de développer les structures d’accueil spécialisées partout dans le pays.
Ses conclusions portent sur l’évolution de la santé et du recours aux soins de santé entre octobre 2023 et septembre 2026, rapportée aux deux années précédant la guerre, et montrent non seulement l’impact immédiat de la guerre, mais aussi ses conséquences sanitaires à long terme.
Il apparaît ainsi que le nombre de diagnostics de TSPT chez les personnes évacuées du sud d’Israël demeure aussi élevé la troisième année que durant la première année de guerre.
Le lourd tribut payé par les enfants et les évacués du Sud et du Nord
Ces informations ont permis d’identifier plusieurs populations particulièrement affectées par la guerre, à savoir les habitants du sud et du nord d’Israël évacués, les enfants et les adolescents. De surcroît, la santé mentale est, à titre général, l’un des défis sanitaires centraux de cette période.
Cette étude porte également sur l’état de santé général de la population, de la prise en charge des maladies chroniques aux indicateurs métaboliques en passant par la fréquentation des urgencse et les pathologies aiguës.
« Au-delà des blessures physiques et psychologiques subies par les soldats et autres forces de sécurité, qui payent un lourd tribut du fait de la guerre et méritent une attention médicale et une rééducation sur le long terme, nos données nous permettent également de voir l’impact cumulé sur la société civile », ajoute Wirtheim. « La guerre ne s’arrête pas lorsque l’événement sécuritaire prend fin. »
Le rapport constate qu’à partir des événements traumatiques du 7-Octobre, il y a eu une nette augmentation des diagnostics de santé mentale, en particulier ceux associés à l’anxiété et au stress.
La première année de guerre a vu une augmentation de 45,5 % des nouveaux cas d’anxiété, tandis que les orientations et visites vers les services de santé mentale communautaires ont augmenté de 20 % à 28 % sur cette période. Chez les personnes évacuées des communautés proches de Gaza et du sud d’Israël, la situation est encore plus grave.
Les nouveaux cas de TSPT chez les habitants évacués du Sud se sont multipliés par 18 au cours de la première année par rapport à l’année précédant la guerre. La deuxième année, ils sont demeurés 11 fois plus élevés qu’avant la guerre et la troisième année, ils étaient encore 6 fois plus élevés que du temps de la période de référence.
Les cas d’anxiété chez les personnes évacuées du Sud se sont multipliés par dix au cours de la première année, tandis que les orientations et visites vers les services de santé mentale ont été multipliées par 2 à 4,5 selon les cas. En outre, les troubles du sommeil ont explosé, augmentant de près de 358 % au cours de la première année au sein de cette population.
Les effets de la guerre et du stress prolongé sont visibles partout dans la société israélienne, y compris chez les personnes qui n’ont pas été directement exposées aux événements.
« Les données montrent que les conséquences psychologiques de la guerre et du pogrom du 7-Octobre constituent une crise profonde et durable difficile à gérer par le système de santé mentale d’Israël », souligne le Pr Amir Krivoy, directeur du centre de santé mentale Clalit-Geha et directeur du Centre de recherche sur la résilience et la santé mentale de Clalit.
La fréquentation des urgences psychiatriques par les adultes n’a pas changé mais celle des enfants et adolescents a enregistré une hausse importante. Lors de la deuxième année de guerre, la fréquentation des urgences psychiatriques par les enfants et adolescents affiliés à Clalit a augmenté de 78,3 %, et la troisième année, de 121,3 %, soit plus du double du niveau de référence d’avant-guerre.
Dans le même temps, le nombre de dérivations par les pédiatres vers les services de santé mentale a augmenté de 52,1 %, tandis que les cas d’anxiété chez les enfants en Israël ont augmenté de 40 % à 70 %.
Chez les enfants évacués du sud d’Israël, la détresse se traduit également par des symptômes physiologiques. Au cours de la troisième année, on a ainsi constaté une hausse de 47,8 % des prescriptions de Minirin, un médicament utilisé pour traiter l’énurésie (le pipi au lit), par rapport au niveau d’avant-guerre.
Hausse des troubles du déficit de l’attention et de l’hyperactivité
L’étude met par ailleurs en exergue des changements dans la prise de médicaments. Le recours à des traitements pour le déficit de l’attention et les troubles de l’hyperactivité a augmenté de 25 %, contre une hausse plus modérée de 20,5 % chez les personnes évacuées du Sud et de 5 % chez les populations évacuées du Nord.
« Nous constatons une hausse du recours aux médicaments pour les troubles de l’attention et de la concentration dans tout le pays », analyse le Dr Jordan Lewinski, directeur des services de santé mentale chez Clalit.
D’après lui, ces résultats montrent que « nous faisons face à des conséquences psychologiques et physiques durables qui requièrent des traitements et une prise en charge de longue durée – de l’ordre de plusieurs années ».
Les données montrent que l’impact sur les populations évacuées dans le Nord et le Sud ne se limite pas à la santé mentale ; des changements dans les indicateurs de santé chronique et métabolique ont également été observés.
Chez les personnes évacuées du Sud, il y a eu une détérioration significative et persistante du contrôle de la pression artérielle, allant de 30 % à 53,7 % par rapport au niveau de référence d’avant-guerre. Au cours de la première année, une détérioration du contrôle du diabète a également été constatée.
Les données révèlent que si une tendance relativement stable a été enregistrée au sein de la population générale, avec une augmentation de seulement 2,5 %, la hausse chez les évacués du Sud a atteint 53,7 %.
Une hausse d’environ 20 % a été observée dans l’ensemble de la population concernant les nouveaux cas de cholestérol et de troubles sanguins lipidiques, tandis que chez les personnes évacuées du Nord, l’augmentation atteint près de 60 %. Cependant, chez les patients déjà diagnostiqués, une amélioration des taux de contrôle de la maladie a été constatée.
« La plupart des évacués ont connu des changements importants de mode de vie et d’alimentation », explique la Dre Avital Margalit, directrice de l’administration de la Galilée dans le district Nord de Clalit. « Ils ont passé des mois à l’hôtel, avec plusieurs gros repas chaque jour, la tentation de trouver du réconfort dans la nourriture, une moindre activité physique, parfois l’interruption de leur activité professionnelle et de l’oisiveté. »
« Ces changements peuvent avoir un effet important sur la prise en charge des maladies chroniques, même lorsque les patients ont poursuivi leur traitement médicamenteux », poursuit Margalit. « En revanche, la détérioration du contrôle de la maladie a été plus faible que prévu. »
Les équipes médicales ont maintenu le contact avec les patients même déplacés, précise-t-elle, ce qui a été une « sécurité pour les personnes évacuées », à grand renfort de consultations et d’examens dans des cliniques éphémères voire mobiles.
Dans le Sud, le Dr Assi Cicurel, directeur de la médecine de famille dans le district Sud de Clalit et médecin à la clinique du kibboutz Nir Oz, explique que « dans les zones touchées par l’évacuation et la reconstruction, la médecine de famille est compliquée ».
« Une visite apparemment simple pour un mal de gorge ou un contrôle de la tension artérielle se déroule sur fond de guerre et donne lieu à une conversation, une histoire et un processus de prise en charge », explique Cicurel.
« Nous craignons que les personnes exposées au stress fassent moins d’efforts pour prendre soin de leur santé globale et avoir une routine saine. »
« Il ne s’agit pas seulement du résumé de ce que nous avons vécu », conclut Wirtheim. « C’est aussi une feuille de route qui nous montre de quelle manière Israël et son système de santé peuvent répondre au besoin afin que les vulnérabilités actuelles n’engendrent pas les crises sanitaires de demain. »
la Communauté du Times of Israël !







