Sauvée de la rue, une ex-soldate seule veut aider « les prochaines dirigeantes d’Israël »
S'appuyant sur sa propre expérience, Moriya Azulay a créé Lone Front afin de combler les lacunes auxquelles sont confrontées les combattantes qui n'ont aucun soutien familial pendant et après leur service
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Il y a quelques mois, Moriya Azulay, âgée de 23 ans, avait accepté l’idée qu’elle allait devoir abandonner ses études et renoncer à son rêve : devenir la première de sa famille à obtenir un diplôme universitaire.
Malgré l’instabilité familiale et les difficultés économiques, Azulay était parvenue à intégrer l’université Reichman pour y étudier les sciences politiques et la diplomatie. Avant d’intégrer l’université, elle avait servi dans une unité de combat au sein de l’armée israélienne. Tsahal l’avait reconnue comme soldate seule, même si elle était née dans l’État juif, reconnaissant ainsi les difficultés liées à l’absence de soutien familial dont souffrent la plupart des autres soldats nés en Israël.
Les structures de soutien mises en place par l’armée pour les soldats seuls lui ont permis de surmonter les obstacles bureaucratiques et financiers liés à sa solitude.
Un soutien précieux qui a toutefois disparu une fois son service terminé, laissant place à des pressions qu’elle avait jusque-là réussi à repousser, mais qui sont devenues insurmontables.
À la fin de sa première année d’enseignement supérieur, Azulay a réalisé qu’elle ne pouvait plus se permettre de vivre en tant qu’étudiante à temps plein, ni même d’avoir la garantie de garder un toit.
Elle a alors passé un coup de fil.
À Reichman, elle avait en effet trouvé un mentor en la personne de Micky Aharonson, qui avait occupé le poste de directrice principale du secrétariat diplomatique au Conseil de sécurité nationale (NSC) du cabinet du Premier ministre pendant près de dix ans.
« Un jour, je l’ai appelée et je lui ai dit : ‘Écoutez, je pense que je vais devoir quitter l’école et abandonner la diplomatie. Je n’en ai pas les moyens. Dans dix jours, je vais me retrouver sans domicile.’ Je ne sais pas quoi faire », raconte Azulay lors d’un entretien avec le Times of Israel.
Et loin de se résigner à la perspective du départ d’Azulay, Aharonson a décidé d’agir. Elle a mis la jeune étudiante en relation avec des philanthropes qui étaient prêts à l’aider, elle et d’autres personnes qui se trouvaient dans la même situation.
Des donateurs ont aidé Azulay à payer son loyer pour qu’elle ne se retrouve pas à la rue et qu’elle puisse poursuivre ses études. Ils ont également fourni le financement nécessaire pour créer « Lone Front », un projet à but non lucratif qui vise à aider les femmes ayant servi dans des rôles de combat en tant que soldates seules, mais qui ne bénéficient souvent pas de la même reconnaissance que leurs homologues masculins.
Une vie sans soutien
Il y a environ 7 000 soldats seuls en Israël, ces jeunes hommes et ces jeunes femmes qui servent au sein de l’armée israélienne sans le soutien de leurs parents et qui doivent relever le défi de se construire une vie sans le filet de sécurité que beaucoup de leurs pairs considèrent comme acquis. Selon les chiffres de Tsahal, 46 % de ces soldats sont des femmes.
Environ la moitié d’entre eux sont des olim hadashim – nouveaux immigrants en Israël – dont les parents vivent toujours à l’étranger, tandis que les autres, comme Azulay, sont des soldats nés en Israël qui sont orphelins, éloignés de leur famille ou dont la famille a déménagé à l’étranger.
Azulay est née dans une famille ultra-orthodoxe, mais son père est parti lorsqu’elle avait un an, laissant sa mère élever seule ses trois jeunes enfants.
Le poids de cette responsabilité a eu des répercussions sur la santé mentale de sa mère. Lorsqu’elle n’a plus été en mesure de faire face, Azulay et ses frères et sœurs ont été recueillis par leur grand-mère âgée, qui souffrait elle-même d’un mauvais état de santé.
« Je n’ai pas grandi avec mes deux parents, » explique Azulay.
« Je n’ai vraiment pas eu une enfance idéale. Mais malgré tout, j’ai toujours voulu servir dans l’armée. »
Après avoir terminé ses études secondaires, elle s’est enrôlée dans le bataillon des Lions du Jourdain, une unité de combat mixte. Pendant son service, Azulay a jonglé entre les exigences de l’entraînement au combat et les missions opérationnelles et sa responsabilité d’aider sa mère, qui connaissait des difficultés financières.
Pendant son service, la jeune femme a vécu dans un appartement loué par Tsahal, une bouée de sauvetage temporaire qu’elle a dû abandonner dès la fin de son service.
« Le jour où vous quittez l’armée, vous devez abandonner l’appartement », indique-t-elle.
« Je ne savais même pas quel emploi j’allais avoir, où je travaillerais, comment louer un appartement… C’était le chaos total. »
Les systèmes d’aide publique destinés aux soldats seuls sont, dans leur majorité, limités après le départ de l’armée. Ils comprennent notamment une aide au logement de 1 000 shekels par mois, versée par le ministère de la Défense, pendant un an, la possibilité de séjourner dans une auberge de l’association Beit HaChayal pendant trois mois maximum, ainsi que des appartements subventionnés destinés aux soldats seuls et aux militaires récemment démobilisés.
Azulay souligne que l’accès à cette aide implique souvent des démarches administratives complexes, ce qui représente un défi particulier pour les soldats seuls qui ont immigré en Israël et maîtrisent moins bien l’hébreu.
Le ministère de la Défense et Tsahal ont tous les deux confirmé l’existence de programmes d’aide auprès du Times of Israel, mais ont chacun rejeté la responsabilité de leur mise en œuvre sur l’autre, sans donner de réponse directe aux allégations de difficultés bureaucratiques.
Après sa démobilisation, Azulay a réussi à obtenir une chambre dans l’un des appartements subventionnés réservés aux anciens combattants. Cependant, cette solution s’est également avérée de courte durée. Lorsqu’elle a reçu un avis d’expulsion, Azulay s’est retrouvée confrontée à la crise qui l’a incitée à passer cet appel décisif à Aharonson.
Passer entre les mailles du filet
Aharonson, qui a elle-même servi comme soldate, est parfaitement consciente des obstacles auxquels les jeunes femmes sont confrontées et qu’elle s’efforce aujourd’hui de soutenir.
Elle souligne que si de nombreux soldats seuls sont confrontés à l’instabilité économique, aux obstacles bureaucratiques et à la pression psychologique pendant et après leur service, les femmes occupant des postes de combat rencontrent des difficultés supplémentaires, souvent méconnues.
« Il y a encore des gens qui disent : ‘Je ne pense pas que les femmes aient leur place au combat’ », déplore Azulay, estimant que cette mentalité contribue à marginaliser systématiquement les femmes dans l’armée et à minimiser leur rôle.
Cette disparité, explique-t-elle, se reflète non seulement dans les attitudes des citoyens, mais aussi dans les structures de soutien disponibles après le service.
De nombreuses unités de combat exclusivement masculines, notamment les parachutistes et la Brigade Golani, bénéficient du soutien d’organisations à but non lucratif indépendantes créées par des vétérans qui préservent le patrimoine de l’unité, commémorent les soldats tombés au combat, soutiennent les familles endeuillées et entretiennent des réseaux d’anciens combattants et de bénévoles à long-terme.
En revanche, les unités mixtes telles que la brigade de recherche et de sauvetage et le bataillon des Lions du Jourdain d’Azulay ne disposent pas de structures comparables pour assurer un soutien à long-terme.
Et bien qu’il existe des organisations qui viennent en aide aux soldats seuls pendant et après leur service, notamment Friends of the IDF et Nefesh BNefesh, aucune n’est spécifiquement dédiée aux soldates seules, ou plus précisément, aux femmes qui ont servi en tant que soldates de combat seules.
« C’est un problème parce que vous ne vous sentez pas apprécié », explique Azulay.
« Ce n’est pas une question d’ego. C’est le fait de donner tout ce que l’on a sans que personne ne le sache. »
Les conséquences de cette invisibilité peuvent être profondément personnelles, ajoute-t-elle.
Azulay parle notamment du cas d’une amie proche, une soldate née en Israël, qui a été grièvement blessée par des tirs ennemis lors d’une opération dans le village de Tubas, en Cisjordanie.
« Personne ne parle des femmes blessées », regrette-t-elle.
« Et puis, les gens disent : ‘Oh, tu ne fais rien… Tu ne risques pas ta vie. Tu ne sais pas ce que signifie le combat.’ »
Selon Azulay, ces attitudes ne se limitent pas à la société israélienne. Elle explique avoir rencontré un scepticisme similaire à l’étranger lors de collectes de fonds pour Lone Front, des moments qui, selon elle, lui ont rappelé de manière frappante que le service militaire féminin exige souvent non seulement une résistance physique, mais aussi un effort constant pour justifier sa légitimité.
En quête de stabilité
Aujourd’hui, Lone Front en est encore à ses prémices et soutient une cinquantaine de jeunes femmes en leur proposant des conseils administratifs, des soins de santé mentale et des programmes communautaires qui rassemblent des soldates seules, un groupe pour lequel il existe peu d’espaces dédiés, afin qu’elles puissent partager leurs expériences et se soutenir mutuellement.
L’organisation fournit également une aide au loyer à une petite partie des participantes.
Garantir un logement stable à ces jeunes femmes est devenu l’un des piliers principaux de la mission de son organisation.
« Pour des gens comme moi, un foyer est quelque chose qui nous manque toute notre vie », explique-t-elle.
« Si vous n’avez pas d’endroit où vivre… vous ne pouvez pas réaliser votre potentiel. Vous ne pouvez pas réfléchir à ce que vous voulez vraiment faire. Vous êtes coincé dans un mode de survie. »
Outre l’aide au logement, Azulay et son équipe de 17 membres, pour la plupart bénévoles, proposent d’autres formes d’assistance. Ils ont récemment préparé des corbeilles cadeaux remplies de produits d’hygiène personnelle et de beauté, qui seront distribuées lors d’un événement prévu pour quelque 500 soldates seules.
Azulay considère que consacrer des ressources aux soldates seules est un investissement dans l’avenir d’Israël.
« Elles brisent tant de plafonds de verre dans leur propre vie sans recevoir aucune aide », ajoute-t-elle.
« Je pense que si nous investissons en elles, si nous leur donnons tout ce dont elles ont besoin pour réussir… nous aurons les prochaines dirigeantes d’Israël. »
Confrontée à une expulsion imminente, Azulay aurait pu abandonner ses études et chercher un emploi ; concilier les deux aurait été impossible en raison de la charge de travail exigée par ses études et des obligations de bénévolat liées à sa bourse.
Sans diplôme, ses perspectives auraient été très limitées. Au lieu de cela, elle a pu rester à l’université et a récemment été nommée parmi les 30 leaders prometteurs de la défense israélienne âgés de moins de 30 ans.
Ironiquement, si Lone Front lui a permis de rester inscrite à Reichman, le fait de gérer ce projet et de multiplier les voyages à l’étranger pour collecter des fonds l’a en réalité empêchée de suivre ses cours.
« Je n’ai pas mis les pieds à l’université ce semestre, pas même une seule fois, pas même un seul cours », avoue Azulay.
Alors que Lone Front continue de se développer, elle espère que quelqu’un d’autre pourra prendre les rênes afin qu’elle puisse reprendre ses études.
« Je recherche actuellement un PDG, car je veux quelqu’un qui ait de l’expérience », explique-t-elle.
« Toute ma vie, je n’ai pas pu vivre mon âge. Toute mon enfance, j’ai dû être [une adulte] », dit-elle.
« Je ne me plains pas. Je dis simplement que je pense que je devrais avoir [la vie d’une jeune femme de] 23 ans. »
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