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Silwan : Nouvelle vague d’expulsions de Palestiniens après le rejet de leur recours

32 foyers du quartier de Jérusalem-Est sont menacés d’éviction, ouvrant la voie à l’installation de locataires juifs dans le cadre d’un litige immobilier très controversé

Vue de Batn al-Hawa, une partie du quartier de Silwan à Jérusalem-Est, le 19 décembre 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)
Vue de Batn al-Hawa, une partie du quartier de Silwan à Jérusalem-Est, le 19 décembre 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Des dizaines de familles palestiniennes de Silwan vont être contraintes de faire leurs valises et de quitter leur domicile dans les semaines à venir, la Cour suprême ayant confirmé une nouvelle série d’ordonnances d’expulsion dans ce quartier de Jérusalem-Est.

À la fin du mois dernier, le juge Alex Stein de la Haute Cour a rejeté un recours déposé par les habitants contre l’expulsion de 32 foyers à Batn al-Hawa, un quartier de Silwan situé au sommet d’une colline, juste au sud de la Vieille Ville de Jérusalem.

Ces familles, qui comptent au total plus de 130 personnes, attendent désormais la délivrance des ordonnances d’expulsion définitives. Elles se préparent à être expulsées de force par les autorités d’ici la mi-mars, voire plus tôt.

« C’est définitif, absolument définitif », a confié jeudi Zuhair Rajabi, l’un des résidents menacés d’expulsion, au Times of Israel. « Il n’existe plus de recours possible. Nous essayons encore de faire quelque chose [pour empêcher les expulsions], mais cela sera probablement difficile, surtout avec ce gouvernement. »

Il s’agit du dernier coup dur pour les Palestiniens de ce quartier, dont les habitants sont progressivement expulsés par des moyens légaux afin de laisser place à des locataires juifs liés à l’organisation de droite Ateret Cohanim, qui cherche à renforcer la présence juive dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est.

Daniel Luria, directeur exécutif de l’organisation, a qualifié les Palestiniens de Silwan de « squatteurs illégaux » et il a affirmé œuvrer à la correction d’une injustice historique.

Des déménageurs transportent des meubles et d’autres effets personnels après l’expulsion de deux familles palestiniennes de leurs maisons dans le quartier de Silwan, à Jérusalem-Est, le 9 novembre 2025. (Crédit : Capture d’écran/X, utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Rajabi, père de quatre enfants, dirige le comité de quartier de Batn al-Hawa et il gère des programmes pour les jeunes dans un centre communautaire local. Il précise que son recours fait partie des nombreux appels rejetés par les tribunaux ces dernières semaines, alors que les expulsions s’intensifient dans la zone.

Plusieurs enclaves juives existent désormais dans ce quartier majoritairement arabe de Silwan, une situation que les habitants dénoncent comme le résultat d’un effort soutenu par le gouvernement pour les déposséder. Israël affirme pour sa part que Jérusalem-Est fait partie intégrante de sa capitale unifiée et souligne que les Juifs qui s’installent dans les maisons évacuées le font en toute légalité.

« Ils veulent me forcer à quitter la maison où je suis né, où j’ai ouvert les yeux sur la vie pour la première fois », a déclaré Kayed Rajabi à Reuters, après avoir reçu mercredi son dernier ordre d’expulsion. Il a expliqué que sa famille vivait dans cette maison depuis avant 1967, année où Israël a repris Jérusalem-Est lors de la guerre des Six Jours, ajoutant que le terrain avait été acheté à un officier jordanien.

Palestiniens et Israéliens protestent contre la démolition de maisons et les expulsions par les autorités israéliennes dans le quartier de Silwan, à Jérusalem-Est, le 8 novembre 2025. (Crédit : Jamal Awad/Flash90)

Avant l’indépendance d’Israël, le terrain sur lequel se trouve Batn al-Hawa abritait des immigrants juifs yéménites hébergés par la fondation Benvenisti, une fiducie remontant à la fin de l’ère ottomane.

Le « village yéménite » a existé jusqu’à la révolte arabe de 1936–1939, période durant laquelle il a été démoli par les autorités britanniques, lassées d’assurer la protection de ses résidents juifs. Le terrain est resté la propriété de la fondation avant de passer sous contrôle jordanien en 1948, lorsque le royaume a occupé Jérusalem-Est à l’issue de la guerre d’indépendance d’Israël, déclenchée par l’attaque des États arabes voisins refusant de reconnaître le nouvel État. C’est alors que les biens ont été loués à des familles palestiniennes.

Israël a pris le contrôle de ces terres après avoir annexé la partie orientale de la ville à l’issue de la guerre des Six Jours. Trois ans plus tard, la Knesset a adopté une loi permettant aux anciens propriétaires de récupérer les biens perdus pendant la guerre d’indépendance.

Des organisations de défense des droits humains affirment que cette loi instaure un double standard, les Palestiniens n’étant pas autorisés à réclamer les propriétés que leurs familles ont perdues à Jérusalem-Ouest à la même période.

Les expulsions ont commencé récemment, après qu’Ateret Cohanim a obtenu la tutelle de la fondation Benvenisti au début des années 2000.

Kayed Rajabi a déclaré à Reuters qu’Ateret Cohanim lui avait proposé un chèque en blanc pour quitter les lieux, une offre qu’il a refusée. « Je ne leur vendrais pas même un grain de terre. Ils m’ont dit : ‘Mettez le prix que vous voulez, nous sommes prêts à payer’ », a-t-il raconté.

Un drapeau israélien flotte sur le toit d’une maison du quartier de Silwan, à Jérusalem-Est, le 6 septembre 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Il a ajouté que plusieurs habitants du quartier avaient accepté de vendre leur maison, mais que la majorité des familles avaient refusé.

Luria a indiqué qu’Ateret Cohanim avait proposé une compensation financière aux habitants afin qu’ils quittent les lieux. « Cela fait partie d’un rêve sioniste en cours de réalisation », a-t-il déclaré à propos de l’achat de maisons à Silwan.

Rajabi, de son côté, a expliqué qu’en raison du niveau élevé des loyers à Jérusalem, il ne savait pas où sa famille pourrait se reloger. « Les gens vont se retrouver à la rue », a-t-il averti.

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