Slovénie: l’ex-Premier ministre Janez Jansa, partisan d’Israël, de retour à la tête du pays
Le positionnement de Jansa sur Israël et l'UE pourrait marquer une rupture avec les politiques du président sortant Robert Golob, résolument pro-palestinien
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Vendredi, le Parlement slovène a réélu l’ancien Premier ministre nationaliste Janez Jansa, un choix qui pourrait éloigner ce pays membre de l’UE de Bruxelles.
Jansa, qui est un admirateur du président américain Donald Trump et un partisan d’Israël, a déjà occupé trois fois le poste de Premier ministre. Il s’est heurté à l’Union européenne à plusieurs reprises lors de son dernier mandat, qui s’est achevé en 2022.
Mais cette semaine, il est parvenu à former une coalition pour constituer un nouveau gouvernement, après que le Premier ministre libéral sortant, Robert Golob, a échoué à conclure un accord dans le sillage des élections législatives de mars.
Vendredi, ce sont 51 députés qui ont voté pour le retour au pouvoir de Jansa, tandis que 36 se sont prononcés contre, selon les résultats qui ont été annoncés par le président de l’Assemblée nationale.
« Le développement et la prospérité de la Slovénie sont les priorités absolues de cette coalition », a affirmé Jansa devant le Parlement en présentant sa candidature.
Golob, qui était arrivé au pouvoir en 2022 suite à une vague de manifestations contre la restriction des libertés civiles par Jansa, a fait savoir le mois dernier qu’il n’était pas en mesure de former un gouvernement.
Le gouvernement de Golob avait reconnu un État palestinien en mai 2024. La Slovénie est l’un des rares pays de l’UE à avoir qualifié la guerre menée par Israël contre le groupe terroriste du Hamas à Gaza de « génocide » – une affirmation que l’Etat juif a fermement rejetée.
La chaîne publique slovène RTV avait également été la première en Europe à exiger l’exclusion d’Israël du Concours de l’Eurovision de la chanson 2025 et à le boycotter en 2026, invoquant la guerre en cours à Gaza.
L’administration de Golob avait en outre interdit les importations en provenance des implantations juives de Cisjordanie en 2025, une semaine seulement après avoir interdit tout commerce d’armes avec Israël, devenant ainsi le premier État membre de l’UE à prendre une telle mesure. Cette décision avait fait suite à une autre disposition qui avait déclaré le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, et le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, persona non grata.
La Slovénie avait été par ailleurs le premier État membre de l’UE à avoir imposé, en septembre dernier, une interdiction de séjour au Premier ministre Benjamin Netanyahu.
Jansa, quant à lui, avait précédemment fait savoir que s’il était réélu, il transférerait l’ambassade de Slovénie de Tel Aviv à Jérusalem, et qu’il annulerait la reconnaissance d’un État palestinien par Ljubljana.
En 2021, Jansa s’était attiré des critiques pour avoir publié un tweet antisémite, dans lequel il avait accusé plusieurs députés européens d’être les « marionnettes » de George Soros. Cet investisseur milliardaire américano-hongrois, qui est juif, fait depuis des décennies l’objet d’attaques antisémites et de théories du complot.
À l’époque, l’Union européenne avait affirmé que l’antisémitisme « n’avait pas sa place » au sein du bloc des 27.
Une stabilité remise en question
Jansa a rapidement engagé des négociations de coalition, qui se sont soldées lundi par un accord entre son Parti démocratique slovène (SDS) et deux formations de centre-droit : le parti démocrate-chrétien Nova Slovenija et les Démocrates d’Anze Logar, son ancien proche allié.
À eux trois, ils détiennent 43 sièges au Parlement.
Jansa s’est assuré une majorité grâce aux voix de cinq députés du parti anti-establishment et pro-russe Resnica, lequel avait été fondé en 2021 par des opposants aux mesures prises par l’État pour endiguer la pandémie de Covid-19.
Au programme de la coalition figurent notamment la réduction des impôts et la mise en place d’un appareil d’État plus efficace via la décentralisation et la simplification administrative.
« Nous ferons en sorte que l’État dépense moins, mais qu’il soit plus efficace », a déclaré Jansa aux journalistes au début du mois.
Jansa a maintes fois critiqué les politiques budgétaires du gouvernement de coalition de centre-gauche de Golob, promettant de renouer avec les « valeurs slovènes », telles que la « famille traditionnelle ».
Dans son allocution, Jansa a également annoncé que son gouvernement prônerait « un contrôle rigoureux de l’immigration légale, ainsi que la prévention de l’immigration clandestine aux frontières extérieures de l’UE ».
S’il partage de nombreuses positions avec le programme de la coalition, Resnica a toutefois fait part de sa décision de rester dans l’opposition – un choix de nature à fragiliser la stabilité du gouvernement, d’après le commentateur politique Aljaz Bitenc Pengov.
« Sur le plan de la majorité parlementaire, ils manqueront de stabilité, et en interne aussi, notamment à cause de Resnica… et de Logar », a expliqué Bitenc Pengov à l’AFP.
Les derniers jours de la campagne électorale précédant le scrutin du 22 mars ont été assombris par des accusations d’ingérence étrangère. Les autorités tentent de déterminer si la société israélienne Black Cube a été à l’origine de vidéos confidentielles dénonçant des actes de corruption au sein du gouvernement de Golob.
Jansa, dont le parti a été accusé d’être lié à ces vidéos, a reconnu avoir rencontré un responsable de Black Cube. Il a toutefois nié être à l’origine de ces enregistrements.
Sur ces vidéos, des responsables semblaient proposer des moyens permettant d’influencer les décideurs du gouvernement de Golob, afin d’accélérer des procédures ou de remporter des contrats.
Durant son troisième mandat à la tête du gouvernement, de 2020 à 2022, Jansa s’était souvent heurté à l’Union européenne et il avait dû faire face à des manifestations dans son pays, ses adversaires l’accusant de s’en prendre à la liberté de la presse et au pouvoir judiciaire, ainsi que de porter atteinte à l’État de droit.
Le nouveau Premier ministre devrait prendre ses fonctions en juin, une fois que la composition de son gouvernement aura été approuvée par le Parlement dans le cadre d’une nouvelle session qui devra être convoquée dans les 15 prochains jours.
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